Bruxelles Immo Laeken veut rénover la façade classée du Marché-aux-Poulets Les fresques Art nouveau espèrent un nouvel écrin retroactes

Bruxelles Immo Laeken veut rénover la façade classée du Marché-aux-Poulets

Les fresques Art nouveau espèrent un nouvel écrin

Le projet de restauration de la façade de l'ancienne « Grande Maison de blanc », 32-34 rue du Marché-aux-Poulets, a franchi le cap de la commission de concertation. Le permis d'urbanisme devrait suivre. Mais il lui reste aussi à décrocher le permis patrimoine.

MARTINE DUPREZ

L'enseigne tricolore de la « Family Games Gallery » surmonte le numéro 32 de la rue du Marché-aux-Poulets. Châssis bleus au rez et rambarde métallique qui couvre le premier étage témoignent d'un passé pas si lointain où l'urbanisation chaotique régnait sur Bruxelles.

Pour le piéton distrait, le bas de l'immeuble n'est rien d'autre qu'un banal rez commercial. Mais celui qui lève les yeux vers les étages découvre les vestiges souillés de poussière et de pollution de la prestigieuse façade de l'ancienne « Grande Maison de blanc » et des fresques de céramique signées Privat-Livémont. En 1991, les toitures et les façades ont d'ailleurs été classées.

Après avoir abrité un Sarma, puis une galerie de petits snacks, l'immeuble conçu par l'architecte Oscar François est aujourd'hui divisé et occupé par trois locataires : une salle de jeux (au rez), un snooker au premier étage et un hôtel aux étages supérieurs.

La société Immo Laeken a racheté le bâtiment dans les années 90. Il était passablement dégradé, constate Thierry Hofmans, directeur de projets. Aujourd'hui, notre souhait est de restaurer la façade et de retrouver l'aspect le plus proche de l'origine.

Immo Laeken a choisi de confier le projet, estimé entre 2,5 et 3,5 millions d'euros, à l'architecte Barbara Van Der Wee, spécialiste des restaurations Art nouveau. Nous allons retirer la rambarde métallique qui cache toute la partie inférieure de la façade, explique Thierry Hofmans. Retrouver les ouvertures d'origine, remettre en valeur les colonnes, recréer le balcon et replacer un auvent comme il en existait un autrefois. Les céramiques seront nettoyées et les carreaux manquants remplacés.

La commission de concertation de la Ville de Bruxelles, qui a examiné récemment le dossier, a rendu un avis favorable, sous réserve de l'obtention du permis patrimoine délivré par la Commission royale des Monuments et Sites et à condition de ne pas installer de double vitrage mais un vitrage acoustique. Nous avons introduit le dossier auprès des Monuments et Sites, ajoute Thierry Hofmans. Et nous attendons leur feu vert.

Un élément extérieur risque cependant de compromettre le projet. Nous pouvons le financer grâce aux loyers qui nous sont payés par la salle de jeux. Mais celle-ci est sérieusement menacée, ajoute Thierry Hofmans. Si elle fermait, nous devrions geler le projet. A la suite de la loi du 7 mai 1999 sur les jeux de hasard et de divertissement, qui fixe notamment des quotas pour les salles, la Ville de Bruxelles a accordé trois conventions d'exploitation sur les dix dossiers introduits. La salle de jeux de la rue du Marché-aux-Poulets n'a pas été reprise dans la liste.

Nous avons appliqué comme critère de reconnaissance d'une salle de jeux, l'obtention immédiate d'un permis d'urbanisme et d'un permis d'environnement délivré directement par le collège, précise la juriste du service urbanisme de la Ville. Seules trois salles de jeux entraient dans cette catégorie.

La salle de jeux de la rue du Marché-aux-Poulets, comme d'autres, a introduit une série de recours. La commission des jeux a autorisé une réouverture, provisoire. Reste donc cette épée de Damoclès dont les allégories féminines de Privat-Livémont se seraient bien passées.·

RÉtroactes

1850. La famille Waucomont-Billen crée « La Grande Maison de blanc », qui s'installe aux 48 et 50 de la rue du Marché-aux-Poulets. Mais, selon d'autres sources, l'affaire aurait été plutôt fondée en 1864.

1870. Le Français Lefebvre rachète l'entreprise, qui connaît sous sa direction une remarquable extension. Au tournant du siècle, la panoplie des produits textiles s'élargit : nappes, rideaux, couvre-lits, étoffes, tissus d'ameublement, lingerie, dentelles...

1895. Lefebvre estime que les bâtiments ne correspondent plus à l'importance de son commerce. Il voudrait un immeuble plus esthétique et prestigieux. Le 19 octobre 1895, il introduit donc une première demande de permis, mais le projet n'aboutit pas.

1896. De nouveaux plans sont réalisés par l'architecte Oscar François et la nouvelle demande de permis de bâtir est introduite le 3 juin 1896. Il s'agit de reconstruire le commerce, selon une architecture de style éclectique, mais aussi des entrepôts et des ateliers. Ces annexes s'implantent à l'arrière du magasin, dans la cour du 24 de la rue des Fripiers. L'entrepreneur Louis De Waele est désigné pour exécuter les travaux. La façade de la rue du Marché-aux-Poulets, au 32-34, comporte à l'origine 14 travées. La décoration céramique en est l'élément le plus remarquable : une succession de tableaux allégoriques présentant des figures féminines de style Art nouveau , réalisés par la firme Boch de La Louvière d'après les dessins de Privat-Livémont.

1922. L'immeuble est étendu sur sa droite par une construction de trois travées dessinée par l'architecte Georges Servais.

1985. En janvier, la société Sarma qui occupe le bâtiment ferme ses portes. La transformation du lieu en grande surface dans la deuxième partie du XXe siècle a sérieusement dégradé l'architecture originelle : cohérence de la façade rompue, verrières intérieures éliminées, ouvertures inférieures obturées, revêtements des parois, des colonnes ou du sol abîmés, faux-plafonds dissimulant les plafonds originaux ornés de stuc.

M.Dz.

Les éléments historiques sont tirés de l'étude réalisée par le Sint-Lukasarchief pour le compte d'Immo Laeken, dans le cadre du projet de restauration de la façade du 32-34, rue du Marché-aux-Poulets.