Charmes et mystères du château d'Hassonville Le bâtiment très ancien a été adapté à l'hôtellerie, parfois au détriment du patrimoine PRATIQUE

Charmes et mystères du château d'Hassonville Le bâtiment très ancien a été adapté à l'hôtellerie, parfois au détriment du patrimoine

BARBARA CORNEZ

Voilà une mystérieuse demeure sans cesse remaniée, mise aujourd'hui au goût de l'hôtellerie et de la gastronomie. Une halte de faste et de charme au seuil de la forêt ardennaise.

C'est que le lieu a son aura. Relais gastronomique réputé, établi au coeur de 55 hectares de verdure, le château d'Hassonville a ses légendes, sa part de secret et de fascination. Des tourelles, d'épais murs de pierre calcaire, quelques créneaux, un millésime, un parc immense planté d'arbres centenaires, des sources et des étangs à profusion, une glacière même, et l'espace, la nature à l'infini... L'endroit a ce côté magique des grandes demeures d'antan, d'autant que réalité et fiction s'y mêlent au fil d'une histoire tumultueuse dont les origines remontent à l'époque du Roi Soleil. Louis XIV en personne aurait en effet présidé aux destinées d'Hassonville. L'histoire raconte que le château aurait été aménagé comme pavillon de chasse conformément aux désirs du souverain tandis que le parc aurait été dessiné par un élève de Le Nôtre, créateur de Versailles et de prestigieux jardins historiques.

De ces très riches heures d'Hassonville - dont seules celles du Duc de Berry sont reprises en guise de menu - les traces sont peu nombreuses, les écrits et documents absents ou en tout cas méconnus.

Il semble (1) qu ' Hassonville fut jadis le siège d'une cour de justice de la cour féodale. Le chevalier de Waha , premier titulaire de la cour d'Hassonville, est mentionné en 1356. Le XVe siècle voit le rattachement de cette terre à la seigneurie de Humain. Le domaine voit différents propriétaires se succéder avant de passer en 1686 dans les mains de Messire Charles Gauthier de la Veranderie, Gouverneur de Marche, celui-là même qui aurait été chargé par Louis XIV d'y édifier un élégant pavillon de chasse. Le Roi n'y séjourna pas et le domaine fut rapidement vendu à Jean François Remacle de Belhoste avant de passer dans les mains des Henry (1857) puis des Drion du Chapois (1911) et des Rodrigues-Van Eyck (1986), une famille anversoise qui effectua d'importants travaux en vue d'y établir un hôtel-restaurant.

L'endroit est désormais celui de la table et de la gastronomie avec aux commandes Christophe Poard, un jeune Normand éduqué chez quelques grands maîtres étoilés. Les plaisirs des yeux et du palais - de la gelée d'agneau et sa crème de choux-fleur au caviar d'osciètre, à la dorade royale braisée sur sa tombée de rhubarbe confite en passant par la poularde à la crème au vin jaune et morilles pour terminer par la bonbonnière de parfums glacés - sont inséparables de ceux d'un site exceptionnel, tant du point de vue patrimonial que botanique.

Les « gens » y viennent et y reviennent volontiers pour y retrouver « leur» chambre, « leur » table et «leurs » petites habitudes... Il n'est pas rare qu'un client téléphone et demande, sans se présenter, si « sa » chambre est libre... , sourit Rodrigues junior dont tout l'art consiste à faire de son hôte le châtelain d'un jour, d'un soir ou d'un week-end. Les clients viennent chez eux, renchérit-il.

De la route, rien ou presque ne laisse présager du charme de l'endroit. L'environnement est tout entier dévolu à l'exploitation du bois: des scieries, des hangars, des bâtiments de bric et de broc. Pas âme qui vive, pas de bistrot, ni de commerce. Nous sommes à mi-chemin entre Aye et Marloie, un petit groupement de bâtiments se resserre à la lisière d'une vaste propriété boisée composée d'une importante ferme et d'un gros château formant aujourd'hui deux entités distinctes. La ferme qui conserve quelques riches témoins des siècles passés poursuit ses activités tandis que le château, profondément remanié, s'est lancé dans la belle aventure de l'Horeca, parfois au détriment du patrimoine. L'ancien jouxte le nouveau, le confort et le luxe réconfortent ce bâti manié et remanié, plusieurs fois séculaire, mis aux normes de l'hôtellerie d'aujourd'hui: la moquette remplace les vieux planchers, les feux ouverts continuent de ronronner et les chambres de porter des appellations du cru: « Basse Goninry », « Sur les Marchants », « A Cherenne »...

Une pointe d'ostentation se glisse dans les nouveaux aménagements tels cette salle de bain en teck venue d'une autre époque ou le brillant Grand Pavillon de la salle de restaurant sans aucune attache avec le bâti existant ou l'antre de dégustation, un espace souterrain aux vagues réminiscences romaines.

Pourtant, le charme d'antan continue d'imprégner les lieux. Le château domine, ses annexes ne se découvrent que petit à petit mais son évolution architecturale n'en est pas pour autant évidente. Du bâtiment en carré du XVIIe siècle, il ne reste que peu de traces. L'aile castrale datée par ancres de 1687 avait déjà subi dès le milieu du XIXe siècle d'importantes modifications: épaississement du volume, adjonction de tours d'angle, de frontons et d'éléments décoratifs sur le mode éclectique. Les vestiges originels se cantonnent pour l'essentiel à quelques ouvertures de la façade du château sur cour, à une tour carrée englobée dans une annexe contemporaine, à une dalle de remploi insérée dans le portail moderne et à l'ancien puits en moellons daté de 1711, comme le note Etienne Guillaume dans le Patrimoine Monumental de la Belgique (à paraître).

L'atmosphère se veut familiale et cosy. La clientèle est essentiellement familiale, histoire de recharger les batteries le temps d'un week-end. Discrétion, intimisme sont les maîtres mots d'un château qui ne dispose pas de la télévision - priorité à la vraie communication et à la nature - mais qui s'enorgueillit d'un cadre et d'une nourriture exceptionnels, d'une cave à vins impressionnante (avec quelque 850 étiquettes différentes dont un Petrus «pour la beauté de la carte ») et d'équipements tout à fait pointus, en cuisines par exemple (et bientôt en matière d'hydrothérapie avec piscine, hammam, sauna et autres bains en cours d'aménagement dans les anciennes cuisines).

L'hôtel compte 20 chambres avec salle de bains. Elles ont chacune leur personnalité, leur taille et leurs couleurs de prédilection. Le ton est volontiers aux froufrous, aux couleurs franches et aux dentelles. Tantôt spacieuses, tantôt plus intimes, orthogonales ou biscornues, elles sont le havre de calme et de repos pour des hôtes qui se prêtent volontiers à la vie de château.·

(1) Voir « L'Histoire du château d'Hassonville » par Paul de Borman et Emile Tandel, « Les Communes luxembourgeoises », Tome V, Marche, 1892, pp. 97 à 99.

PRATIQUE

Adresse. Château d'Hassonville, hôtel-restaurant, route d'Hassonville, 105, 6900 Marche-en-Famenne (Aye). Tél. : 32 (0)84-31.10. 25, fax : 32 (0) 84- 31.60. 27, e-mail : info@hassonville.be, internet : www.hassonville.be E411 sortie 18 - Marche N4 - Aye km 98. Hélistation : N 50o 13' E 05o 18'. Fermé mardi et mercredi midi.

Les prix. Les prix des chambres : 20 chambres doubles, 130 euros (côté cour) et 180 euros (côté annexe ou parc), petit déjeuner buffet compris servi au jardin d'hiver.

Dîner : repas à la carte (plats à partir de 41 euros) ou menu Châtelaine (55 euros) ou menu Clé d'Or (85 euros).

Les formules de séjour.

- Week-end gastronomique : 265 euros par personne (chambre côté cour) ; 315 euros par personne (chambre côté parc ou annexe). Ces week-ends comprennent : le menu Châtelaine, la nuitée et le petit déjeuner buffet, le menu Clé d'Or, la nuitée et le petit déjeuner buffet.

- Séjour en semaine : 540 euros pour deux personnes (chambre côté cour) ; 590 euros pour deux personnes (chambre côté parc ou annexe). Cette formule comprend un apéritif au champagne, un menu Châtelaine et un menu du Chef, les vins, l'eau à table et le moka.

Séminaires, banquets, réceptions : sur demande.

Activités. Pêche, snooker, promenades à pied ou en bicyclette et visites des environs (Marche-en-Famenne, Redu, Saint-Hubert...).

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