Cinéma - Analyse du succès des « Choristes », de Christophe Barratier, à l'occasion de la sortie DVD Un air d'autrefois dans l'air du temps « Le sujet est tombé à un bon moment » TEXTO Sol, fa, mi, ré... mots d'enfants

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 7 min

Cinéma - Analyse du succès des « Choristes », de Christophe Barratier, à l'occasion de la sortie DVD

Un air d'autrefois dans l'air du temps

* Après 8 millions d'entrées en France, « Les choristes » vont cartonner en DVD.

Regard sur un phénomène. Qui mit du temps à prendre en Belgique.

ANALYSE

FABIENNE BRADFER

Cerf-volant volant au vent ne s'arrête pas : les paroles de la chanson tube des « Choristes » étaient prémonitoires. Tel « Amélie Poulain », le premier long de Christophe Barratier vit un fabuleux destin : plus de 8 millions d'entrées dans l'Hexagone, 60 territoires vendus, représentation de la France aux Oscars, le CD du film parti à 830.000 exemplaires. Et le DVD, qui sort ce mercredi, s'annonce comme LE cadeau de fin d'année.

En Belgique, le film, sorti le 17 mars, quelques jours après l'attentat de Madrid, ne connaît pas d'emblée la folie française. Le bouche-à-oreille opère lentement. Au fil des mois, pourtant, le film résiste, glane de plus en plus de terrain, pour totaliser à ce jour 150.000 spectateurs et tenir encore sur 12 copies, sept mois après sa sortie. Solide succès pour un film d'auteur français, affirme le distributeur belge, car la Wallonie préfère les grosses comédies.

A contre-courant des modes, de Taiwan au Québec, de Paris à Bruxelles, « Les choristes » font parler d'eux. A tel point que toute l'équipe du film s'est retrouvée, samedi dernier, au Walt Disney Studio de Marne-la-Vallée pour le lancement prestige du DVD. Chose rarissime pour une production non disneyenne. Défilé au sein de la parade. Chorale géante avec 250 enfants. Présence des principaux acteurs du film. Empreintes. Dédicaces. Cote maximale pour Clément Mathieu, Pépinot et Pierre Morhange (alias Gérard Jugnot, Maxence Perrin et Jean-Baptiste Maunier).

On est bien loin de la Star Ac ! Or, ça marche d'enfer. Peut-être tout simplement parce que ce film, racontant comment un petit pion fédère par la musique les mômes d'un internat de rééducation, repose, emmène loin des préoccupations actuelles. Pas de violence, pas de sexe, pas d'images speedées. Du cinéma classique avec une jolie histoire. La France profonde. Des mômes craquants. Une voix cristalline. Un gentil, un méchant. Mixte habile entre musique, comédie et émotion. Décoction de « Cinema Paradiso », « Le cercle des poètes disparus », « Les disparus de Saint Agil », « La guerre des boutons ».

Christophe Barratier, adepte de films tels « Les virtuoses » ou « Billy Elliot », est décidé à cultiver le style imposé par « Les choristes ». Son prochain film, « Faubourg 36 », sera une comédie musicale : sur fond de front populaire, quatre chômeurs rêvent de faire revivre un music-hall abandonné. Affaire à suivre.·

« Les choristes », édition collector 2 DVD, Pathé !

« Le sujet est tombé à un bon moment » ENTRETIEN

FABIENNE BRADFER,

envoyée spéciale à Montréal

C'est l'histoire d'un rêve devenu réalité. Il y a deux ans, Christophe Barratier était seul avec son envie d'un remake de « La cage aux rossignols », de Jean Dréville, un film d'après guerre très vieille France. On connaît la suite : succès phénoménal dans tout l'Hexagone. Nous avons rencontré Christophe Barratier, début septembre à Montréal, avant qu'il présente son film en clôture du Festival des films du monde, pour décortiquer l'aventure et le phénomène de société.

Le public semblait en attente d'un film comme le vôtre...

Le plaisir du cinéma que j'ai en tant que spectateur rejoint le plaisir du plus grand nombre. J'aime être ému mais je n'aime pas les machines à pleurer, ni les films avec une idée préconçue de vos goûts. A l'époque des « Choristes », il y avait « Jet set 2 ». On avait tendance à dire que le public aimerait « Jet set 2 ». Le film s'est fracassé. Moi, je vise non pas ce que le public aime mais ce qu'il pourrait aimer sans le savoir. On a vécu ça avec « Amadeus ».

Au début, on m'a dit que le chant choral n'était pas à la mode, qu'un pensionnat des années 50 ne parlerait pas aux mômes d'aujourd'hui - quand je vois la nouvelle émission de téléréalité de M6, « Le pensionnat de Chavagnes », ça me fait sourire ! -, que ce film ne serait qu'une nostalgie pour les plus âgés.

Moi, j'étais convaincu du pouvoir d'identification très moderne. Je voulais parler des blessures d'enfance. Et ça, on le ressent qu'on soit de n'importe quelle époque, n'importe quel lieu, n'importe quelle classe sociale. L'intérêt de transporter des choses dans le passé permet de se concentrer sur les sentiments sans être parasité par les phénomènes sociaux. Je ne voulais pas parler de nos quartiers, du racisme.

Votre secret de fabrication ?

Beaucoup de travail et un refus de s'inscrire dans le marché actuel. Je suis très discipliné par rapport à la dramaturgie. J'ai étudié le théâtre, comment optimiser ce qu'on veut dire. Le défaut, en France, est de croire que l'univers sympa ou intéressant d'un auteur suffit à une transcription littérale pour plaire. Faux. Il faut trouver comment raconter son histoire.

D'où vient l'alchimie ?

Un scénario qui tient la route, le bon choix des acteurs enfants et adultes, mon travail avec Bruno Coulais sur la musique, un montage retravaillé pour trouver les bonnes longueurs. Un film, c'est 90 % de travail, 5 % d'inspiration, 5 % de chance. Le sujet est tombé à un bon moment.

Avec 8 millions d'entrées en France, ce n'est plus un succès, c'est un phénomène. Comment s'exprime-t-il ?

Les gens revoient le film plusieurs fois. Tout ce qui paraissait ringard avant devient top. Le chant choral est redevenu à la mode. Le CD du film s'est vendu à plus de 800.000 exemplaires. Les gamins l'écoutent en boucle ! Il y a dix fois plus de monde à la messe quand les enfants de choeur de Saint-Marc chantent. Jean-Baptiste Maunier reçoit énormément de courrier. J'ai beaucoup de témoignages de profs qui me remercient car, dans un monde où l'on va au plus efficace, ils trouvent que le film revalorise l'enseignement artistique. Le film a quitté les pages cinéma des médias pour être traité en page société. Le château de Ravel, qui servit de décor, a multiplié son taux de fréquentation par 10. Des sites internet se sont créés. Et on sait déjà que le DVD sera LE cadeau de fin d'année.

Des propositions ?

« Les choristes 2 », mais je refuse. Une comédie musicale... Pourquoi pas, mais je dois faire d'autres choses avant. Dans cinq ans, peut-être. Un film comme « Les choristes » ne change pas le monde. Mais il donne le courage d'essayer.·

TEXTO

Sol, fa, mi, ré... mots d'enfants Ils ont entre 8 et 12 ans, tournent un film pour la première fois et sont la force vive des « Choristes ». Sur le tournage, lors des répétitions de chants, en récréation, ils s'expriment. Mots d'enfants savoureux, extraits du DVD bonus.

« Moi, dans la vie, je suis content. Mais là, dans le film, je suis un peu triste. »

« Deuxième jour que je tourne. Hop, au cachot. C'est sympa, quoi ! Ben oui, c'est la première fois de ma vie que je vais dans un cachot. C'est le cachot. Mais c'est le bonheur aussi car je suis content de tourner. »

« Il y a un défaut dans les armoires. Les habits sont tellement bien pliés qu'on pourrait croire que c'est pas nous. »

« Il y a Le Querrec qui passe et puis qui me décoiffe les cheveux. Et moi je dis Eeeh. Ça m'fait une réplique de plus. Je vais arriver à 14. C'est une bonne journée. »

« Au début, ça m'a fait bizarre. Ensuite, je me suis habitué. Je me suis dit : je vais tourner avec Gérard Jugnot ; c'est bon. »

« Jugnot est vraiment super sympa. Il est marrant. Il nous détend pendant les prises. Mais ça peut lui apporter aussi du plaisir d'être avec des enfants car il tourne quand même avec des adultes tout le temps. Peut-être que ça le repose d'être avec des enfants. »

« Le plus impressionnant, c'est quand tu vois les acteurs de près. Y en a certains, tu les imaginais pas comme ça. Avant, Jugnot, il avait les cheveux noirs. Pas gris ! »

« Vu leur tête, ils sont bien dans leur rôle. »

« Je leur ai dit bonjour. Ils m'ont répondu Comment ça va ? Ils me considèrent sans doute comme un comédien. »

« Evidemment que c'est un travail. Il faut apprendre. Il faut jouer très longtemps. Il faut attendre. Il faut s'habiller, se maquiller. »

« C'est un métier avec pas que du sérieux. Il y a un peu de rigolade. »

« Pour jouer ? Qu'est-ce qu'il faut faire pour jouer ? Je ne me souviens plus très bien. »

« Je me suis loupé à cette scène et j'étais vraiment déçu. »

« C'est chiant d'être habillé en hiver alors qu'on est en été. »

« J'aime bien la coupe de cheveux. Ça fait moderne. (...) Moi, c'est la même chose sauf qu'ils m'ont fait la coupe que je n'aimais pas. »

« Je pleure pour du vrai ou pas. Je peux pleurer pour du vrai si tu veux ?! Tu me dis. »

« Dans le film, je me prends une baffe mais c'est de la comédie. Car si là, je me prends une baffe, ça va faire mal ! »

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