Cosmétiques : chassez le naturel...

Preuve que l'argument « nature » est aussi prisé en cosmétique qu'en alimentation, beaucoup de cosmétiques se drapent depuis quelques années dans de grands manteaux verts, à coups de pubs dans la jungle équatoriale, d'actifs « bio-machin », de slogans vantant le pouvoir des plantes ou de jolis coquelicots peints sur des bouteilles transparentes... Attention cependant à ne pas se laisser berner : sous leurs dehors écologiquement corrects, beaucoup de produits n'ont souvent que des apparences naturelles et font appel à des procédés et ingrédients de l'industrie chimique classique. Où est le problème ? Si ces produits sont sur le marché, raisonne la grande majorité d'entre nous, c'est qu'ils ne sont pas nocifs pour nous !

Tempête dans un flacon

Voilà pourtant au moins deux ans qu'une tempête souffle sur les rayons cosmétiques de nos drogueries. En 2005, l'industrie cosmétique a subi plusieurs attaques de la part d'associations de consommateurs telles que l'Union Fédérale de la consommation - Que Choisir (équivalent français de Test-Achats) et de groupes de défense de l'environnement tels que Greenpeace... Une émission Envoyé Spécial de France 2 relayait cette année-là les mêmes griefs à l'encontre de l'industrie cosmétique que ceux réunis par la journaliste allemande Rita Stiens dans son livre « La vérité sur les cosmétiques » : non seulement ces cosmétiques ne tiendraient pas leurs promesses et seraient souvent de qualité médiocre, mais ceux-ci contiendraient nombre de substances nocives pour notre santé et notre environnement.

Sur le banc des accusés, des ingrédients issus de la pétrochimie tels que les éthers de glycol ou parabens (mais la liste est bien plus longue...), soupçonnés d'être responsables de nombreux maux contemporains tels que les dérèglements hormonaux, l'infertilité, les cancers du sein. Sans entrer dans les détails des effets de certains antioxydants, des formaldéhydes, des composés musqués et autres sels d'aluminium, la lecture de la longue liste des substances potentiellement cancérigènes ou irritantes donne froid dans le dos et pousse à se poser quelques questions face aux étiquettes de notre panoplie de beauté.

Pour défendre ses produits contre des attaques qu'elle estime violentes et répétées, la FIPAR (Fédération des industries de la Parfumerie) publiait fin 2006 un livre blanc. Intitulé « Cosmétiques ? Confiance ! », le fascicule de douze pages, répond à quinze questions pour rappeler en substance que depuis plus de trente ans, aucun produit cosmétique n'a été mis en cause dans un quelconque problème sanitaire. Non, le phénoxyéthanol - classé indésirable par les travaux de l'UFC-Que Choisir ? (qui lui ont trouvé des effets délétères sur les plans neurologique et hématologique ainsi que sur la reproduction) - ne serait pas nocif : les experts ont confirmé que son utilisation, telle qu'elle est réglementairement fixée pour les cosmétiques, est dépourvue de risques. Réponse de l'UFC-Que Choisir ? : si selon les autorités sanitaires, la concentration autorisée de 1 % de cet éther de glycol ne pose pas de problème, il n'est pas acceptable de faire prendre un risque, même faible, pour des produits de grande consommation, d'autant que ce conservateur n'est pas indispensable...

Comment faire la part des choses ?

La polémique qui resurgit régulièrement autour du lien entre le cancer du sein et l'utilisation de déodorants antiperspirants à base de sels d'aluminium, est symbolique : les agences publiques de sécurité sanitaire et les associations de lutte contre le cancer publient régulièrement des communiqués rassurants par rapport à l'utilisation de ces produits, alors que les travaux des scientifiques sur le lien entre aluminium et cancer du sein sont contradictoires.

Alors, les adeptes de la cosmétique naturelle seraient-ils de nature parano ? Non, simple principe de précaution !, nous explique Raffa. Puisqu'on a la possibilité de recourir à des alternatives sûres, pourquoi s'en priver ? La blogueuse belge, biologiste de formation et journaliste indépendante, nous propose de faire le grand ménage dans notre pharmacie, notre armoire de salle de bain et notre placard à produits d'entretien. Elle fait partie de ces nouvelles consommatrices averties, de plus en plus nombreuses, qui décryptent les étiquettes de leurs produits d'usage quotidien, testent, lisent, cherchent et critiquent... Et partagent leurs découvertes et avis dans la blogosphère. Chassez de vos têtes les stéréotypes des babas en peau de mouton : ces techno-écolos dotées d'un sens critique aigu et dépourvues (jusqu'à ce jour) de tout lien avec le monde commercial pourraient bien nous aider à trouver notre chemin dans la jungle des soins cosmétiques.

Cosmétique pas toc

La première chose à garder à l'oeil quand on achète un cosmétique, nous dit Raffa, c'est l'excipient, c'est-à-dire la base dans laquelle on ajoute des principes actifs. On oublie souvent que c'est l'excipient qui fait la qualité d'un produit, plus que les actifs qu'on lui ajoute et qui ne représentent en général qu'un faible pourcentage de sa composition. Dans les produits cosmétiques classiques, il est composé de 65 à 90 % d'eau et de produits issus de la pétrochimie. Or, ces produits inertes, souvent irritants et potentiellement dangereux, sont remplacés, dans les alternatives naturelles, par des huiles bio de première pression à froid, des beurres végétaux et des cires, soit des produits qui apportent réellement quelque chose à votre peau. Les autres ingrédients sont en général des hydrolats, des huiles essentielles, des algues, des extraits de plantes, de l'argile : les principes actifs atteignent souvent 35 % du produit (contre moins de 1 % dans les produits classiques) !

Reste à faire la part des choses entre les produits que l'on peut réellement qualifier de naturels, les pseudo-naturels (des faux, surfant sans remords sur la vague verte), et les semi-naturels (contenant une part d'ingrédients naturels, mais non dépourvus d'ingrédients synthétiques)... Pour cela, on peut partir faire ses courses avec, en poche, la liste des ingrédients à éviter sous leur nom INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). Depuis 1998 en effet, une décision de la Commission européenne oblige les laboratoires à mentionner sur les emballages tous les ingrédients (ou presque) selon les règles précises de cette nomenclature. Première difficulté : cette réglementation n'empêche pas de placer un extrait de fruit à 0,001 % bien avant un conservateur toxique à 0,1 %... Seuls les premiers ingrédients sont classés par ordre décroissant de concentration. De plus, ces formules INCI ne nous informent pas sur la concentration des substances et ne détaillent pas plus les procédés de fabrication ni la partie de la plante utilisée. Seconde difficulté, et non des moindres : à moins d'avoir fait un doctorat en chimie, difficile de se servir de cette liste pour déterminer le degré de nocivité potentielle d'un produit !

Suivez le guide

En raison de ces difficultés, il est préférable de n'acheter que des cosmétiques labellisés, conseille Raffa. Mais attention, une nouvelle fois : l'appellation bio n'est réglementée que pour les produits alimentaires, elle peut donc être utilisée en cosmétique sans que cela fasse référence à l'agriculture biologique. Pour être sûr de ne pas faire fausse route, on peut se diriger vers des produits qui répondent aux cahiers des charges développés par diverses associations telles que la BDIH en Allemagne, Nature et Progrès, Qualité France ou Ecocert en France... Chez nous, le label Ecogarantie, attribué par des organismes de contrôle tels que Certisys sprl (anciennement Ecocert Belgium) recouvre les produits cosmétiques et nettoyants ménagers.

Et pourquoi ne pas préparer ses cosmétiques chez soi, ainsi que nous y invitent de nombreux livres et sites web ? Pourquoi pas, répond Raffa, c'est une bonne idée, à condition de respecter quelques règles : se renseigner sur tous les ingrédients que l'on utilise, éviter les surdosages, en particulier avec les huiles essentielles, ne pas offrir des cosmétiques à ses proches si on ne connaît pas leur sensibilité et leurs éventuelles allergies, et garder en tête que la conservation sera moindre ! Et puis, surtout, ne pas oublier que jamais un cosmétique ne remplacera une hygiène simple, une alimentation saine et de l'exercice en plein air !

En savoir plus

La vérité sur les cosmétiques, Rita Stiens, éd.Leduc, 2005.

Le guide des cosmétiques bio, Eve Demange et Anne Ghesquière, éd.Vigot, 2006, www.leguidedescosmetiquesbio.com

Le blog de Raffa : http://raffa.over-blog.com/