CREATION DE LA SOCIETE PUBLICHEQUE LA MANNE DES CHEQUES REPAS OCTROYES AU SECTEUR PUBLIC SUSCITE DES APPETITS

Création de la société «Publichèque»

La manne des chèques-repas publics

Après la Région wallonne, les Communautés française et flamande ainsi que la Région bruxelloise ont décidé d'octroyer des chèques-repas à leurs fonctionnaires. Une distribution de «biscuits» qui a fait germer des idées dans la tête des dirigeants du Crédit communal et de la Smap.

Les affaires ont été menées rondement. Mercredi dernier, le Conseil d'administration du Crédit communal donnait son accord de principe pour créer une filiale ayant pour objet social la mise en circulation de chèques-repas et de chèques-cadeaux à l'intention des institutions publiques et, vendredi, les statuts de la société «Publichèque» (qui disposera d'un capital de dix millions de FB) étaient déposés au Moniteur.

C'est Louis Malvoz, 48 ans, ancien chef de cabinet du ministre libéral André Damseaux (quand celui-ci, au sein de l'exécutif régional wallon, avait la tutelle des communes) et actuellement directeur au Crédit communal qui assurera la présidence de la nouvelle société. A ses côtés, comme administrateur, il trouvera, entre autres, Léon Lewalle, directeur général de la Smap.

Le siège central du Crédit communal abritera «Publichèque», explique-t-on au Crédit communal, sans avancer de date précise pour le démarrage opérationnel de la société, mais en affirmant que tous les clients potentiels ont d'ores et déjà été avertis par courrier.

Comme il fallait s'y attendre, la naissance de «Publichèque» n'est pas vue d'un très bon oeil par les sociétés concurrentes émettrices de chèques. Frans Tiebout, directeur commercial de «Chèque-repas» et administrateur de l'association professionnelle des émetteurs de titres repas (qui compte les deux seules sociétés présentes sur le marché, «Le Chèque-repas» du groupe Sodexho et «Ticket-Restaurant» du groupe Accor), grince des dents. C'est une atteinte à la libre-concurrence. Le Crédit communal est le banquier privilégié des communes. Sa filiale emportera facilement le marché. Un marché potentiel évalué en volume à 12 milliards de FB, puisque les deux sociétés («Lunch-Check», «Cheque-restaurant» ou «Restocheque» ont été absorbées soit par «Le chèque-restaurant», soit par «Ticket restaurant») qui, ensemble, s'adressent à 10.000 entreprises-clientes pour 360.000 utilisateurs, globalisent environ 14 milliards de FB (soit la valeur d'un chèque multipliée par les 83 millions de chèques émis chaque année).

Pour Alexi Van Oostende, contrôleur de gestion chez «Chèque-repas», le métier d'émetteur de chèques ne s'improvise pas. D'autres banques qui avaient voulu s'y frotter, n'ont finalement pas commercialisé des chèques-repas, estimant l'opération non suffisamment rentable. L'activité nécessite une solide infrastructure et du matériel coûteux. Elle oblige aussi à implanter un réseau commercial costaud et à recruter des professionnels attentifs aux besoins des clients et des utilisateurs.

Si le marché s'ouvre avec l'arrivée de la nouvelle clientèle publique et des dizaines de milliers d'utilisateurs potentiels, il risque aussi de connaître des évolutions entre sociétés. Pas de doute, «Le chèque-repas» et «Ticket Restaurant» craignent de voir filer certains de leurs clients institutionnels comme la Région wallonne, la Sabena ou la SNCB...

CHRISTINE SIMON