CROMBEZ : DU TOURNAISIS AU COEUR DU BERRY

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Crombez: du Tournaisis au coeur du Berry

Une place porte son nom, mais ce grand Tournaisien, qui s'illustra aussi en France, mériterait sans doute d'être mieux connu...

Louis, Alexandre, Joseph Crombez (1818-1895) appartient sans contexte à cette race de riches aristocrates touche-à-tout, idéalistes et philantropes - de la veine libérale parternaliste, certes - dont le XIXe siècle fut si prodigue. La fée qui se pencha sur son berceau n'était pas, c'est vrai, du genre Carabosse: Louis Crombez naquit à Tournai dans le cocon d'une dynastie entreprenante de bourgeois industrieux anoblis à la fin du XVIIIe siècle. Mais le jeune homme eut du moins l'immense mérite de ne point se reposer sur les lauriers tressés à ses aïeuls.

C'est ainsi notamment qu'il allait mener de front une brillante carrière politique nationale - il fut membre de la Chambre des Représentants durant trente ans - et communale: devenu bourgmestre de Tournai en octobre 1872, ses onze années de mayorat (il cède son écharpe en novembre 1883 pour raison de santé) lui permirent de mener à bien un programme qui semblait devoir réclamer plusieurs décennies de labeur:

En moins de douze ans, note à ce propos Lucien Pontu, secrétaire de la Société d'histoire de Tournai, l'oeuvre était réalisée ou tracée dans des conditions telles qu'il ne restait à ses successeurs qu'à la compléter. De cette féconde magistrature date l'ouverture des grandes voies menant à la nouvelle gare avec les multiples travaux de voiries qu'elles comportent, l'amélioration des conditions d'hygiène des quartiers ouvriers et des abords de la ville, la restauration du beffroi et le commencement de celle de la halle aux Draps, la réfection et l'agrandissement de l'athénée, la construction d'un entrepôt public, de l'école d'arboriculture, de l'école des filles, de l'école de la porte de Lille, d'heureuses négociations avec l'État permettant de mener à bonne fin la construction des égouts collecteurs, le redressement de l'aménagement de la petite rivière et l'acquisition des terrains de la Citadelle.

L'oeuvre paraît d'autant plus remarquable que Louis Crombez - les Tournaisiens le savent moins - s'est attelé dans le même temps à une tâche tout aussi titanesque... dans le Berry, en plein centre de la France: en 1854, il a hérité de son père, Benoît Crombez, du «château Robert» - une propriété sise à Vandoeuvres, dans l'Indre - du château voisin de Lancosme, de son domaine de 3.750 hectares de terres ingrates, et de ses dépendances: 34 fermes et une usine de fonte au charbon de bois.

UN R EVE DÉÇU

D'emblée, Louis Crombez reprend à son compte le projet de son père: faire de cette vaste étendue de landes et de bruyères l'un des plus beaux domaines du pays: le projet ambitieux de transformer et de rénover totalement une propriété de près de 6.000 hectares s'étendant sur plusieurs communes constitue un pari gigantesque, écrit l'historien Marcel Moreau (voir par ailleurs). Homme de progrès, Louis Crombez a aussi pour but de contribuer au développement économique de la Brenne et de donner l'exemple aux propriétaires voisins. Soucieux du bien-être des populations, il veut assainir les terres marécageuses, sources de fièvres et de maladies. Il espère aussi favoriser le sort des familles locales en leur procurant des emplois dans la culture, l'exploitation forestière et les forges.

Trois ans plus tard, il a déjà mené à bien un nombre sidérant de projets: une grande partie des marécages est asséchée, les terrains amendés, les zones incultes défrichées, les landes reboisées, les exploitations forestières rationalisées, les fermes modernisées, l'élevage développé, les cultures améliorées et diversifiées. Louis Crombez, poursuit Michel Moreau, introduit les plantes industrielles comme la betterave à sucre. Et il fait construire une distillerie. Il favorisera également l'extension de l'usine de fonte et financera de ses deniers la construction d'une école et de la nouvelle mairie de Vandoeuvres bâtie dans le plus pur style flamand: Homme de devoir et de progrès, sa devise personnelle est d'être utile à tous.

Juste retour des choses: dès 1857, un décret de Napoléon III lui décerne le titre de Chevalier de l'Ordre d'Honneur avant celui de Commandeur. En 1860, Louis Crombez est élu président de la Société du Berry à Paris, ce qui est tout à fait exceptionnel pour un ressortissant étranger. Des prix aux concours agricoles récompensent son oeuvre. A l'Expositon universelle de 1855, son usine modernisée sert d'exemple par sa présentation.

Les années qui suivent seront, hélas, celles de la désillusion: au bout du compte, les terres argilo-silicieuses du domaine fournissent des rendements sans communes mesures avec les investissements colossaux consentis par Crombez. Et dans les années 1870, son usine ne peut plus concurrencer les grands centres métallurgiques qui ont substitué la houille au charbon de bois: Louis Crombez, note Marcel Moreau, est le seul propriétaire à maintenir en activité son usine pendant une dizaine d'années et cela en pure perte.

A sa mort, en 1895, il sera enterré, selon son voeu, dans cette terre qui avait pourtant déçu ses espoirs. Le domaine de Lancosme ira à sa fille Ghislaine, épouse du vicomte de Lestrange, et restera bien familial jusqu'en 1945, date à laquelle il sera morcelé et mis en vente: le château racheté par l'archevêché de Bourges, sera transformé en école d'agriculture avant d'être revendu, en 1985, à une société immobilière.

S. D.

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