PHILIPPE MOUREAUX RECLAME UN SURSAUT

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Philippe Moureaux réclame un sursaut

Philippe Moureaux est ministre d'État, bourgmestre de Molenbeek, président de la fédération bruxelloise du PS et donc vice-président du PS. Il nous a adressé une lettre, forte, dont nous reproduisons des extraits ci-dessous.

L'État dans les sociétés civilisées est un ensemble complexe qui ne tient pas en équilibre sur un seul pilier mais sur un enchevêtrement d'institutions. Celles-ci doivent s'équilibrer, elles doivent s'appuyer les unes les autres, et, le cas échéant, combler la faiblesse de l'une par le renforcement passager de l'autre. Cet ensemble souple résiste assez bien au grand vent et ne donne, en principe, des signes de délitement que lors de crises sociales majeures ou de crises internationales pouvant déboucher sur un conflit armé.

Or, aujourd'hui, l'État belge ne répond plus à cette logique. Il nous apparaît comme un amalgame d'institutions soit opposées dans une haine farouche, soit totalement impuissantes à faire face à des dossiers judiciaires difficiles et à leurs conséquences politiques.

Débandade du pouvoir judiciaire qui, à travers sa plus haute hiérarchie, explique que «tout va bien, madame la marquise» tandis que le procureur Bourlet, symbole de ces nombreux magistrats qui travaillent sans relâche à la recherche de la vérité, est montré du doigt pour avoir osé s'exprimer sur les dysfonctionnements de l'enquête sur l'enquête. (...)

Débandade des services de police à travers des accusations croisées aussi excessives que futiles. (...)

Débandade du Parlement qui n'ose pas aborder les vraies questions et oscille entre des propos de circonstance lénifiants et des initiatives législatives intempestives qui risquent de renforcer le pouvoir de ceux qui ont commis le plus d'erreurs.

Débandade du gouvernement qui n'a pas été en mesure de s'adresser de façon crédible à la population, qui a perdu une grande partie de son autorité sur les autres corps de l'État (police, gendarmerie et parquet). (...)

Tout cela, je l'écris pour demander un sursaut à tous les responsables de notre pays. Je suis convaincu que nous avons des institutions qui sont loin de mériter l'opprobre actuel. Je suis convaincu que les corps dont j'ai évoqué le rôle dans ce texte sont constitués, très majoritairement, de gens honnêtes et compétents. Une certaine dose d'autocritique, un peu de modestie chez chacun d'entre nous et un peu de confiance à l'égard des gens dévoués (...) devraient être une règle d'or pour tous. Mais il faut aussi parler en termes de personnes. Plutôt que de mobiliser tout son temps à chercher des lampistes, pourquoi ne pas, quitte à bousculer les habitudes, mettre aux commandes des dossiers difficiles des gens qui ont prouvé leur compétence, leur lucidité et leur capacité de travail. Certes, en Belgique, il est plus facile de changer une loi que de mettre sur le côté un incompétent notoire. (...)

J'avoue aujourd'hui mon grand désarroi. J'ose à peine écrire qu'il faut séparer le bon grain de l'ivraie. (...) Et pourtant, un sursaut est possible. Il ne faut pas être nombreux pour le provoquer. Il faut cependant que ceux qui croient à la possibilité de rétablir le crédibilité de l'État et de la démocratie se lèvent et agissent sans crainte.

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