UCCLE RECOUD LES "BOUCHES DECOUSUES"

Uccle recoud les «Bouches décousues»

Uccle est la seule commune où ça coince !

Le directeur de production de «Bouches décousues», Olivier Blin, le metteur en scène Roland Mahauden et toute la troupe en veulent au «pouvoir organisateur» ucclois, qui a déconseillé aux écoles communales d'assister à la représentation de la pièce. Ce spectacle, destiné aux enfants entre 6 et 12 ans, se veut un outil de prévention des abus sexuels, il tente de dédramatiser le problème et de pousser les enfants à parler du «tonton tripoteur» ou du «pépé profiteur».

Les 134 enfants de l'école communale du Val fleuri n'iront pas voir le spectacle ce vendredi alors qu'ils y étaient inscrits.

- C'est de la censure, s'exclame Olivier Blin. Et pourtant, nous présentons notre spectacle aux échevins et aux directions d'écoles en présence de psychologues et de pédo-psychiatres, nous proposons un manuel pour informer les parents. Nous sommes prudents !

La plupart des communes ont accepté avec joie ce spectacle du Théâtre de Poche, jugé bienvenu en ces temps troublés. Le Poche étant en réfection, la pièce est jouée pendant deux mois et demi dans diverses salles d'une douzaine de communes bruxelloises. Il y aura neuf représentations à Molenbeek, sept à Watermael-Boitsfort, six à Ixelles... A Uccle, Saint-Pierre, Saint-Vincent-de-Paul, Decroly, la Petite école de la Prairie, Beith Aviv et d'autres envoient leurs enfants au spectacle, qui a lieu au centre culturel ce vendredi et mardi prochain (à 11 heures et à 14 h 30). Tandis que les écoles communales s'abstiennent, sauf celle du Homborch. Mais que s'est-il passé ?

- Nous avons vu la pièce en présence notamment de pédo-psychiatres, de pédagogues et de directeurs d'écoles, explique une personne qui travaille avec l'échevine de l'Enseignement Marianne Gustot. Une grosse majorité a estimé qu'il valait mieux ne pas y envoyer les enfants. Faut-il leur parler à tout bout de champ de maltraitances sexuelles ? On ne connaît pas les éventuels dégâts que peut causer un discours excessif sur le sujet. Par ailleurs, la pièce passe à côté de l'aspect essentiel des maltraitances : celles qui ont lieu dans les familles, les plus nombreuses.

Il ne s'agirait cependant pas d'une interdiction formelle et militaire : ainsi, la direction de l'école du Homborch n'étant pas du même avis que le pouvoir organisateur, les enfants de l'école sont allés voir « Bouches décousues». Mais quand direction et pouvoir sont sur la même longueur d'ondes... Aussi avance-t-on que les places «décommandées» avaient sans doute été retenues par un instituteur un peu téméraire, sans autorisation de sa direction.

- Cela dit, conclut un opposant ucclois à la pièce, je pense que le spectacle est assez anodin et inoffensif, mais, du coup, il perd de son efficacité !

JANINE CLAEYS