EN CYCLISME, BON SANG NE VEUT PLUS MENTIR UNE ANNEE DE CONTROLES SANGUINS MAIS AUSSI DE FAITS TROUBLANTS EPO, COMME ENCORE...

En cyclisme, bon sang ne veut plus mentir

En 1997, l'UCI a brisé un tabou en pratiquant des prises de sang pour tenter d'enrayer le fléau du dopage. Bilan.

UN DOSSIER

de Jérôme Claessens,

Bruno Deblander,

Jean-François Lauwens

et Fabrice Voogt

C'était un dimanche matin comme les autres. Un de ces matins parisiens, clairs et frais comme se doit de l'être celui qui préside au départ vernal de Paris-Nice. Parti pour une saison dont il ne sait pas encore bien de quoi elle sera faite, le peloton cycliste a, ce matin-là et peut-être sans vraiment bien s'en rendre compte, tourné une page de l'histoire de son sport.

Montré du doigt avec obstination dès qu'était prononcé le mot «dopage», le cyclisme a décidé de prendre les devants et de briser un tabou auquel, dans un touchant ensemble, les autres fédérations sportives refusent de toucher, officiellement pour des raisons juridiques (secret professionnel,...). A la demande des coureurs, soucieux depuis des années de modifier leur image, mais aussi des sponsors, l'Union cycliste internationale a, grande première, fait, en 1997, procéder à 749 contrôles sanguins (1) par le département de Médecine légale de l'université de Lausanne. L'enjeu : intercepter les coureurs qui, au moyen de la terrible érythropoïétine (EPO), auraient fait monter le taux de globules rouges dans leur sang (ou valeur hématocrite) à plus de 50 %. Les coureurs dans ce cas sont déclarés inaptes à la pratique du cyclisme professionnel et se voient privés de leur licence pour 15 jours. «Pincé»à deux reprises (une fois officiellement et une fois officieusement), Claudio Chiappucci est la plus célèbre «victime» de ces tests sanguins.

A l'issue de la première saison de l'ère des contrôles sanguins, le bilan réjouit chacun. A commencer par l'UCI : Nous tendons à améliorer la méthode, mais, en l'état actuel, nous avons toutes les raisons de penser que le système tient la route, affirme Léon Schattenberg, président de la commission Sécurité et Conditions du Sport à Lausanne.

Sur 749 prises de sang effectuées, seuls 14 coureurs (soit 1,87 % du total) ont, toutes catégories et disciplines confondues, été privés de licence : 10 pour la route, mais pas un seul depuis le mois de mai, et 4 pour le VTT. Faut-il voir dans ce chiffre si peu élevé la preuve de l'«inefficacité» de ces tests ?

Personne n'a d'indication scientifique concernant l'abus de l'EPO avant les contrôles sanguins, se contente de dire le président de la CSCS de l'UCI. On ne peut partir du principe que l'utilisation de l'EPO était fort répandue et expliquer le faible pourcentage de déclarations d'inaptitude par la «peur du gendarme» ou d'éventuelles manipulations.

Malgré le caractère peut-être parfois agressif de la démarche (réveil matutinal), les contrôles sanguins n'ont jamais provoqué de tension entre l'UCI et les coureurs. Sauf quand l'équipe Batik a disparu au Tour de Suisse, tout s'est toujours bien passé, dit Schattenberg. Les coureurs savent qu'il faut être à jeun et ne pas avoir effectué d'effort physique qui peut augmenter la valeur hématocrite. Ils acceptent la méthode mais souhaitent simplement que l'heure du contrôle soit mieux adaptée à celle du départ de la course.

L'AFFAIRE ABDOUJAPAROV

NE LAISSE DE TROUBLER

Si l'hématocrite ne représente qu'un seul parmi 17 paramètres sanguins, l'initiative de l'UCI ne peut être considérée que comme positive. Le CIO, par la voix d'Alexandre de Mérode, l'a applaudie et en est informée en permanence.

Mais l'attitude de l'Union cycliste internationale a provoqué certaines critiques. A ceux qui s'étonnent que ni les Festina ni les Telekom n'aient été contrôlés au Tour de France, elle répond par l'argument du hasard.

L'«affaire Abdoujaparov» est plus troublante : elle met en lumière certains manquements dans le traitement du dossier par l'UCI tout en illustrant à merveille que le dopage ne peut être limité à l'usage de l'EPO.

L'Ouzbek de la formation Lotto a été exclu du Tour à Marennes après avoir été contrôlé positif au bromantan et au clenbutérol. Le premier est un produit interdit par le CIO, mais depuis le 1er mai seulement par l'UCI. Ce qui explique qu'«Abdou» ait pu « être contrôlé» trois fois au moins (La Panne, Côte Picarde, GP de Rennes) sans être sanctionné par les autorités du cyclisme mondial. En outre, l'UCI a mis le temps à prévenir la Fédération ouzbeke qui, elle-même à peine embryonnaire, a mis du temps à avertir son coureur.

Le deuxième produit est une hormone synthétique, utilisée chez les bovins pour qu'ils s'enrichissent en eau et en muscle. Elle est destinée prioritairement aux vétérinaires. L'usage, par l'homme, peut se révéler périlleux. Il est établi que le clenbutérol est un facteur favorisant l'apparition du cancer des testicules. Utilisé surtout par des body-builders, le clenbutérol s'acquiert, essentiellement, dans les circuits parallèles comme ceux de la mafia des hormones. Le Parquet enquête sur ce dossier (des coureurs de Lotto ont d'ailleurs subi des perquisitions) et l'affaire intervient dans un contexte où les « révélations» ou les pseudo-révélations se succèdent. Un tel affirme que Dhaenens a été champion du monde grâce à l'EPO, un tel autre qu'un grand coureur a été contrôlé positif, mais que l'affaire a été étouffée... La clarté totale n'est pas encore pour demain mais, en instituant les prises de sang, l'UCI a sans doute fait un pas dans ce sens.

Br. D. et J.-F. Lws

(1) Ces 749 contrôles se répartissent comme suit entre les différentes disciplines chapeautées par l'UCI : 611 pour la route, 69 pour la piste, 60 pour le VTT et 9 pour le cyclo-cross.

Ne pas condamner sur une ambiguïté

L'instauration des contrôles sanguins n'a manifestement pas suffi à dissiper l'énorme malaise qui, dès qu'il s'agit de dopage, entoure le cyclisme. La suspicion est partout. Et les prises de sang l'ont même renforcée. Parce qu'il est plus facile, sans doute, de stigmatiser la maladresse d'un tireur loupant sa cible que l'hypocrisie de celui qui, par complaisance, n'a jamais cherché à viser juste. Quoi qu'il se passe, l'impression prévaut que le sport cycliste et, à travers lui, les coureurs, bien sûr, sont condamnés à évoluer dans l'aire du soupçon. C'est dommage pour ceux qui, envers et contre toutes les tentations, souhaitent s'en écarter. Mais c'est inévitable aussi. Car le monde du vélo manque de cohérence dans la manière dont il lutte contre le dopage...

Il y a, d'abord, la maladresse avec laquelle certains l'abordent. Evoquer le sujet en compagnie de quelques dirigeants de fédérations, c'est la meilleure façon de mettre en péril la communication. En la circonstance, le dopage relèverait des fantasmes du journaliste, égaré dans un monde dont il ne veut pas admettre la pureté.

D'autres, ensuite, ne veulent rien voir ou entendre. Ce sont des organisateurs d'épreuves ou des patrons d'équipe qui ont parfois poussé la mauvaise foi jusqu'à ignorer les contrôles sanguins effectués en leur sein. Ils redoutent tellement qu'une affaire ne vienne rompre les bonnes relations avec leurs parraineurs qu'ils sont plus soucieux d'étouffer une affaire, que d'empêcher qu'elle existe. L'été dernier, des événements bien trop troublants, se sont ainsi succédé. Ce ne pouvait être le fait du hasard.

Les coureurs, enfin, n'ont pas un comportement dénué de tout reproche. Puisque la loi du plus fort est toujours la meilleure, ils ont acquis la conviction qu'une bonne préparation médicale est la condition première à leur réussite. Mais, dans un univers où les uns se font de l'argent sur le dos d'autres, espérant en gagner, la légèreté est la compagne des apprentis sorciers. Ou, quand des athlètes pensent n'avaler que de la vitamine B, l'ignorance est la mère de tous les vices. D'ailleurs, certains médecins ne sont pas les seuls à en profiter. Pire, s'ils ne le font pas, quelques soigneurs agiront à leur place, avec la bénédiction du coureur qui ne veut rien savoir, mais tout pouvoir.

Ainsi donc, ils seraient tous coupables, les acteurs d'un sport cycliste qui mériterait bien d'avoir une mauvaise image quand on parle du dopage. Pourtant, ce n'est pas aussi simple que cela. Il y a les bons et les méchants. Et le malaise ressurgit quand, avec ou sans contrôle sanguin, les premiers ne sont pas encore forcément les meilleurs.

Br. D.

EPO, comme Encore Plus d'Oxygène

L'érythropoïétine (EPO) est une hormone sécrétée par le rein. Elle stimule la maturation de nouveaux globules rouges dans la moelle osseuse. Depuis une dizaine d'années, on trouve de l'érythropoïétine de synthèse. Au départ, il s'agissait d'un médicament destiné à combattre l'insuffisance rénale. Délivrée d'abord sur prescription médicale, l'EPO est aujourd'hui en vente libre dans certains pays d'Europe (Pays-Bas, Suisse et Italie).

Le principe physiologique de base est le suivant : l'EPO augmente le taux de globules rouges dans le sang et donc la quantité d'oxygène que le sang peut utiliser.

Les premières traces de son utilisation à des fins dopantes remontent à la fin des années 80 par les skieurs de fond scandinaves. Ce fut ensuite le tour des cyclistes. Sans jeter la suspicion sur l'une ou l'autre nation, force est de constater que, parmi les cyclistes déjà interdits de courir parce qu'affichant un hématocrite au-delà de la norme (50 %), figurent bon nombre d'Italiens. Claudio Chiappucci n'était pas le moins célèbre. Or, comme Maurizio Fondriest ou Gianni Bugno, «il Diablo» est, en son temps, passé entre les mains du professeur Conconi, de l'université de Ferrare, que l'on soupçonne d'avoir pratiqué des transfusions sanguines sur ses athlètes au début des années 80. Il serait aussi à l'origine des premières techniques sérieuses pour doser l'EPO.

Sa carrière prit un sérieux envol avec le record de l'heure battu par Francesco Moser, dont il avait assuré tout le suivi physiologique durant la préparation de sa tentative. Récemment, le même Conconi a présidé, à l'UCI, une commission d'enquête sur... le dopage. Dans la foulée de Conconi, un de ses anciens collaborateurs, Michele Ferrari - médecin, entre autres, de Moreno Argentin ou Tony Rominger - fut à son tour accusé par certains coureurs italiens de faire commerce d'EPO.

AUGMENTER LE NOMBRE

DE GLOBULES ROUGES

Qu'ils se nomment Dupont ou Dupond, les coureurs qui s'injectent de l'EPO poursuivent le même but : augmenter leur hématocrite, soit le rapport entre le volume occupé par les globules rouges et le volume sanguin, pour obtenir une polyglobulie, c'est-à-dire une augmentation du nombre de globules rouges.

L'hématocrite s'exprime en pourcentage. Parler de « taux d'hématocrite», comme on l'entend parfois, est donc pléonastique. Chez l'adulte, sa valeur normale est de 40 %. Cette proportion diminue en cas d'hémorragies ou d'anémie. Elle augmente, par contre, au cours de polyglobulies ou en cas de déshydratation. On a ainsi pu mesurer des hématocrites de 55 % chez des marathoniens en fin de course.

Lorsque le 24 janvier dernier, l'Union cycliste internationale (UCI) décidait de pratiquer des contrôles sanguins, il était question d'examen médical plus que de contrôle antidopage. Mais la décision de l'UCI, d'interdire le départ d'une course aux coureurs dont l'hématocrite dépasse 50 %, n'a pas manqué d'alimenter la polémique. Une augmentation de l'hématocrite est, en fait, délicate à interpréter. La prise d'EPO peut être une des causes, mais ce n'est pas la seule. Un séjour en altitude provoque aussi une augmentation du nombre de globules rouges, en raison de la baisse de la saturation en oxygène du sang artériel. C'est d'ailleurs un des procédés légaux classiques qui permettent d'augmenter l'hématocrite. Très prisés des sportifs, les stages en altitude activent la sécrétion endogène (formée à l'intérieur) d'EPO qui provoque une hausse de la consommation maximale d'oxygène (VO2 Max) (1).

Des études ont ainsi montré que la concentration en hémoglobine pouvait atteindre 140 % de la normale à la suite d'un séjour de 8 semaines à plus de 5.000 m d'altitude. Il est cependant impossible de reproduire à cette altitude des performances réalisées au niveau de la mer. Habituellement, les sportifs choisissent d'ailleurs plutôt des altitudes proches de 2.000 m. Toutefois, là aussi, la baisse de la pression atmosphérique limite l'exploitation des capacités cardio-vasculaires du sportif. D'aucuns n'hésitent d'ailleurs pas à avancer que l'entraînement en altitude permet surtout de mieux courir... en altitude.

Un apport exogène (extérieur) d'EPO, via la prise d'EPO de synthèse et les transfusions sanguines, offre les mêmes avantages que ce genre de stage, sans en comporter les inconvénients. Et, dans ce cas, une fois de plus, l'important, c'est la dose. L'hématocrite idéal, pour la performance, tourne autour des 55 %. Au-delà, le débit cardiaque est limité par la viscosité (l'épaisseur) du sang. Or, la viscosité du sang augmente plus vite que l'hématocrite. Le sportif qui se charge de manière inconsidérée d'EPO voit donc non seulement ses performances diminuer, mais il s'expose, en outre, à de sérieux ennuis de santé : thromboses artérielle et veineuse pouvant conduire à un accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde, etc. C'est ce genre d'accidents que les coureurs tentent, dit-on, d'éviter, en ingurgitant de l'aspirine pour fluidifier leur sang ou, la nuit, en faisant des «pompes», lorsque leur cardio-fréquence se met à sonner parce que leur fréquence cardiaque est trop faible. Pour ces champions, les nuits sont moins belles que les jours...

F. V.

(1) Tous les sportifs le savent : la consommation maximale d'oxygène (VO2 Max) intervient dans la qualité de la performance. Si sa signification reste entourée d'incertitudes, on la définit schématiquement comme la capacité maximale d'un individu à utiliser musculairement l'oxygène qu'il respire. Elle s'exprime en millilitres par minute et par kilo. L'entraînement permet de l'augmenter, dans certaines proportions (15 % max.).

Le «passeport médical» à l'étude

Quand on demande aux acteurs du monde cycliste comment ils jugent la première saison de l'ère « contrôles sanguins», on croirait entendre Georges Marchais : le bilan est globalement positif, assure-t-on de toutes parts. S'ils ont tous deux prononcé le serment d'Hippocrate, Yvan Vanmol et Paul Ponnet n'épousent pas nécessairement les mêmes intérêts puisque l'un est le médecin de la première équipe du monde, Mapei-GB, et l'autre officie au sein de la commission médicale de Ligue vélocipédique belge.

L'avantage de ces contrôles est que leur sérieux ne peut être remis en doute, dit Vanmol. Il y a toujours moyen de faire mieux, renchérit Ponnet, mais ces tests sont efficaces puisqu'il est prouvé scientifiquement qu'un hématocrite élevé comporte de véritables avantages du point de vue de l'endurance.

Le taux relativement bas de mises hors course (14 sur 749 contrôles) étonne. Faut-il en déduire que les laboratoires des équipes ont, comme on a coutume de le dire, une guerre d'avance sur les labos officiels ? La possibilité existe évidemment, estime Yvan Vanmol, puisqu'il y a des tas de produits expérimentaux qui ne sont pas sur le marché. Mais les médecins des équipes ne sont pas fous : nous nous sommes tous prononcés pour fixer le taux limite autorisé de globules rouges dans le sang à 50 %. Ce n'est pas pour tenter de le contourner. Sinon, nous l'aurions, comme en ski de fond, fixé à 55 %, ce qui ne sert à rien.

Quand on sait que la moyenne est de 44-45 chez les sportifs, on peut s'interroger sur la possibilité de faire monter artificiellement le taux d'un coureur à 49 (1). C'est idiot, rétorque Vanmol, car l'hématocrite n'est pas stable et le risque est grand de voir un taux de 49 monter le lendemain à 53.

Paul Ponnet ne croit pas à l'hypothèse du «tous dopés». On n'attrapera évidemment jamais tout le monde, mais, en discutant avec eux, il me semble que les coureurs sont vraiment heureux de pouvoir s'affronter désormais à armes égales. De plus, je crois qu'il est très difficile pour les meilleurs coureurs du peloton de se doper car ils sont soumis quasiment tous les jours au contrôle.

S'il appert que les principaux intéressés, les coureurs, sont satisfaits de la mise en place de ces contrôles, la procédure entraîne un certain nombre de contestations mais très différentes selon les points de vue. Impliqué au sein d'une équipe, Yvan Vanmol parle surtout de la forme : Les coureurs sont réveillés à 5 h et, de plus, les contrôles ne s'effectuent pas toujours dans la discrétion souhaitée : aux championnats du monde, des coureurs ont été contrôlés dans la salle à manger de l'hôtel, au Tour de France en présence de caméras de télé.

Pour sa part, Paul Ponnet souhaiterait assister à quelques aménagements quant au fond de la question : Il serait bon que, dans le futur, l'UCI envisage de confier ces contrôles à plusieurs laboratoires d'analyse car les résultats varient souvent d'un labo à l'autre. Il faut aussi que soit écartée toute possibilité de manipulation entre le moment du réveil et la prise de sang (2). Pour vraiment améliorer la qualité des contrôles, il faudrait en fait disposer d'un instrument de mesure dont la validité ne soit pas contestable. Je crois que cela n'existe pas.

Plusieurs idées sont actuellement à l'étude pour assurer un suivi médical plus complet encore. Yvan Vanmol plaide ainsi pour un plus grand suivi au niveau des tests EEGou ECG, la principale initiative concerne l'établissement d'un «passeport médical», un dossier biologique qui suivrait le coureur durant toute sa carrière et serait à la disposition de l'UCI. Nous mettons actuellement sur pied un groupe de travail relatif à ce projet et souhaitons sa réalisation le plus vite possible, affirme Léon Schattenberg, à l'UCI.

J.-F. Lws

(1) Un coureur possédant un taux normal de 40 % peut être dopé à 49 % tandis qu'un autre peut être déclaré inapte alors que son taux naturel est de 51 %. C'est pourquoi les coureurs dans ce cas, des Colombiens essentiellement, peuvent introduire un dossier à l'UCI.

(2) Il est possible, en 45 minutes, de faire baisser le taux de globules rouges d'environ 6 % en ponctionnant de 300 à 500 ml de sang.

Une année de contrôles sanguins mais aussi de faits troublants

9 mars. Au matin du départ de Paris-Nice, 20 coureurs appartenant à 5 équipes (Batik, Cofidis, La Française des Jeux, Once et la Mutuelle de Seine-et-Marne) sont soumis au premier contrôle sanguin. Erwan Menthéour (La Française des Jeux) et Luca Colombo (Batik) sont mis en «arrêt de travail».

1er avril. Contrôles sanguins aux 3 Jours de La Panne pour Rabobank et Vlaanderen 2002 : Wim Van Sevenant doit descendre de vélo.

8 mai. Tour de Romandie : contrôles sanguins pour les équipes Saeco, Asics et La Française des Jeux. Claudio Chiappucci (Asics) a un taux trop élevé. Il n'ira pas au Giro ni au Tour.

28 mai. Tour d'Italie : contrôles sanguins pour les équipes Scrigno, Festina et Kross, sous l'oeil indiscret des caméras de télévision de «La Marche du Siècle». Les coureurs Thierry Laurent (Festina), Vladimir Poulnikov, Marco Gili et Roberto Moretti (Kross) quittent la course.

5 juin. Tour d'Italie toujours : la NAS (Nucleo Anti-Sofisticazioni), brigade des stupéfiants italienne, perquisitionne à l'hôtel des MG-Technogym, sur base de dénonciations de trafiquants sous les verrous. Vingt boîtes d'anabolisants et trois d'hormones de croissance sont saisies.

22 juin. Tour de Suisse : la formation Batik, devant normalement se soumettre à un contrôle sanguin, déserte son hôtel avant l'arrivée des inspecteurs, sans prévenir ni les organisateurs ni l'UCI.

8 juillet. Tour de France : Djamolidine Abdoujaparov (Lotto) est déclaré positif à l'issue d'un test d'urine. Les produits en cause sont le clenbutérol et le bromantan. Quelques jours plus tard, le coureur ouzbek est licencié.

18 septembre. Championnats du monde de VTT. Divers contrôles sanguins sont effectués. Quatre coureurs sont interdits de participation dont le Belge Filip Meirhaeghe.

10 octobre. A l'avant-veille des championnats du monde de Saint-Sébastien, la Fédération italienne soumet ses coureurs à un test sanguin : Claudio Chiappucci est renvoyé chez lui...

29 novembre. Danny De Bie «oublie» de se présenter au contrôle après le cyclo-cross de Kalmthout. Son cas est entre les mains de la LVB.

2 décembre. Un pharmacien de la région gantoise affirme avoir acheté de l'EPO aux Pays-Bas et en avoir approvisionné le médecin des Festina.

3 décembre. Le Parquet de Tournai perquisitionne chez plusieurs coureurs de la formation Lotto dans le cadre de l'enquête sur l'affaire Abdoujaparov.

15 décembre. Pour ne pas s'être présenté au contrôle antidopage après la kermesse de Lede, Robbie Vandaele (Ipso) est condamné à 2 ans de suspension par la commission de discipline de la Communauté flamande.

Je. C. (st.)

MODE D'EMPLOI

Le mot «dopage» vient d'une liqueur appelée «dope», que les kaffirs africains consommaient comme stimulant. Il désigne aujourd'hui l'utilisation de substances destinées à améliorer artificiellement les performances au mépris des règles d'éthique sportive.

On distingue cinq grandes catégories de dopants.

Les stimulants du système central. Il en existe trois sous-catégories : les amphétamines, la caféine et la cocaïne. Les amphétamines activent le système nerveux central. Elles développent l'agressivité et la confiance en soi, maintiennent le sujet éveillé plus longtemps et l'aident à supprimer la sensation de fatigue et de douleur. Un cas bien connu est celui du cycliste Tom Simpson qui en mourut dans le mont Ventoux en 1967. La caféine agit sur le rythme cardiaque, la tension artérielle et la température corporelle. Ses effets (diminution de la sensation de fatigue, augmentation de l'éveil,...) culminent après une demi-heure. La cocaïne produit ses effets après quelques minutes. L'individu se sent plus puissant et euphorique. Le footballeur Diego Maradona fut contrôlé positif à la cocaïne à plusieurs reprises.

Les déprimants du système central. On distingue les opiacés (codéïne, héroïne, morphine,...) et les sédatifs. Ces substances permettent de lutter contre la nervosité et facilitent l'endormissement.

Les hormones. Les plus connus sont les anabolisants. En parallèle avec une alimentation et un entraînement appropriés, les anabolisants développent la masse musculaire et améliorent le métabolisme. Il peut s'agir de produits naturels (testostérone) ou de synthèse (stanozolol). Leur usage abusif et inapproprié n'est pas sans effets secondaires : masculinisation des caractères féminins, tumeurs hépatiques, atrophie testiculaire,... Un cas célèbre d'athlète dopé aux anabolisants de synthèse est le sprinter canadien Ben Johnson (1). Les hormones hypophysaires permettent d'agir sur le système endocrinien (glande thyroïde, hypophyse, testicules,...). L'hormone de croissance et l'érythropoïétine (EPO) figurent dans cette catégorie. Ces hormones sont produites naturellement par l'organisme et donc difficiles à détecter. Sauf pour les peuples vivant en altitude, à l'instar des Colombiens, un hématocrite supérieur à 50 %, pour des sportifs vivant sous nos latitudes, peut être considéré comme le résultat d'un séjour en altitude, d'une transfusion sanguine ou d'une prise d'EPO. Enfin, les corticoïdes sont utilisés pour leurs effets défatigants et euphorisants.

Les béta-bloquants. Destinées à combattre l'hypertension artérielle et certaines arythmies, ces substances permettent un meilleur contrôle des gestes. Ils sont susceptibles d'être utilisés par des athlètes qui pratiquent le tir.

Les diurétiques. Utilisées dans le traitement de l'hypertension et de l'insuffisance cardiaque, ces substances permettent de perdre rapidement du poids - ce qui les rend intéressant dans les sports ou le poids est un critère de catégorie - et de masquer la présence d'autres substances dopantes.

F. V.

(1) Plus récemment, six sportifs français (les footballeurs Sibierski, Guérin et Arribagé, le judoka Bouras et le handballeur Zuniga) ont été convaincus de dopage à la nandralone. Vendredi dernier, le Dr Garnier, attaché au ministre des Sports, a déclaré qu'il ne saurait être question d'une sécrétion endogène dans le plasma, comme l'avaient suggéré les sportifs suspendus.