Revue Le Poche redemande à Degotte d'assurer les «Premières Rencontres» Ici, on peut tout faire! Autant en profiter quand il est encore temps Cami, c'est qui, c'est qui?

Revue Le Poche redemande à Degotte d'assurer les «Premières Rencontres» Ici, on peut tout faire! Autant en profiter quand il est encore temps CHRISTELLE PROUVOST

Sur la patinoire, dans les couloirs, sur la scène du Théâtre de Poche, de jeunes comédiens répètent depuis lundi. Pas de travail à la table. On s'est initié au chant, à la musique de Baudouin De Jaer, à la danse avec Nina. Hier, une trentaine de comédiens sont entrés dans le monde de Charlie Degotte. Dans deux jours, le public sera là. C'est le principe des revues telles que Degotte les pratique depuis quelques années. Faire du rapide, de l'humour, du pertinent. Notamment...

L'an dernier, le Théâtre de Poche a demandé à Charlie Degotte d'imaginer une revue pour ses «Premières Rencontres», rassemblant les étudiants sortant des trois conservatoires, de l'Insas et de l'IAD. Ce fut Topor. Cette fois, c'est au tour de Cami. C'est la «Revue camique».

Alors que pour les premières éditions, une soirée était consacrée à une école avec les spectacles de fin d'année, désormais les futurs acteurs se rencontrent sur scène, toutes écoles confondues, le temps des revues. Un principe qui réjouit Degotte et les comédiens, qui luttent contre la manie des «familles», des étiquettes, des poulains de tel metteur en scène enseignant dans telle école. C'est bien simple, au Poche, personne, sauf les étudiants eux-mêmes, ne sait qui vient d'où et ne cherche vraiment à le savoir. Dans le foyer du Poche, on a placé les grandes tables du repas, parce qu'il pleuvait. Autour d'une salade et de boudin blanc, Pierre, Zoé et Elisabeth se racontent. Ils savent bien que le théâtre, c'est pas l'avenir, qu'il y a peu d'élus pour le vaste nombre de candidats, qu'il n'y a pas beaucoup de rôles une fois la «mode» éventuelle passée, quand ils vieillissent, quand ils coûtent trop cher. Mais ils y croient malgré tout, fouettés par la plus belle des certitudes: le désir. Et tant pis, si on ne leur propose pas de rôle. Ils créeront leurs projets, n'attendront pas à côté du téléphone. Ils ont 22 ou 25 ans et des dents souhaitant se planter dans de multiples planches. Elisabeth se voyait mal dans un auditoire avec un syllabus, l'autre veut faire exploser les choses, mais sans dynamite.

Si je peux faire réfléchir une personne, je serai très content, dit Pierre. Quand je vois des gens heureux, je suis heureux. Ici, je me permets de «dire», dès que ce n'est pas gratuit. C'est ça qui fait notre liberté, ici. Si, ça crée des contacts, tant mieux. Mais il faut que ça se fasse naturellement. Si on doit faire ce métier, on le fait.

Concernant Cami, les avis divergent. L'une dit qu'elle n'en fera pas son livre de chevet, l'autre que c'est génial. En tous cas, Cami permet aux «Premières Rencontres» de donner pleinement sens à son appellation!

Cami, c'est qui, c'est qui?

Au début, il rêvait d'être matador. A-t-il eu peur du taureau? En tous cas, Pierre Cami s'est finalement lancé dans une autre arène: la littérature. Né à Pau en 1884, Cami a été comédien muet à l'Odéon puis a sévi dans les journaux où il se délie la langue et publie des textes humoristiques. Puis Cami écrit des chansons, des opérettes (que Le Poche a recherchées en vain), des scénarios de film, des romans, des revues, des dessins humoristiques, des émissions radio et même quelques préfaces.

Trente-neuf ans d'écriture et plus de quarante ouvrages répertoriés, des tirages spectaculaires. Parallèment à un immense succès populaire, il est admiré par Chaplin, Topor, Prévert, Ionesco ou Forlani. Mais celui que l'on surnommait le Dumas de la fantaisie, mourut à 74 ans, oublié, méconnu. On lui doit le «Voyage inouï de M. Rikiki», le «Fils des trois mousquetaires», «Pour lire sous la douche» ou «L'homme à la tête d'épingle». On le dit conteur, maître du calembour, virtuose du second degré, transmutateur de l'image verbale en réalité concrète, rebaptiseur de métier. On trouve ainsi un chef-de-la-sécurité-relative ou une tailleuse-de-bavettes.

Ça a un peu vieilli, avoue Charlie Degotte, metteur en scène de cette «Revue camique». Mais j'avais envie d'offrir ça à la sagacité de ces futurs comédiens. Ce que je veux surtout communiquer, c'est que dans les revues, chaque acteur est son auteur. Il a fallu beaucoup réécrire la langue de Cami pour qu'elle tienne dans la grammaire de la revue. Pour Degotte, Cami est un pasticheur assez verbeux, inventeur d'un absurde merveilleux proche des Monty Python. J'ai l'impression d'un mec qui a écrit plein de trucs mais qui ne s'est pas relu. Mais il était le précurseur de toute une littérature rigolote. Il osait!

Et vu sa prolixité, il y en a pour tout le monde!

C. P.