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L'avenir est aux centenaires Société - Le décès d'Anne Marie Adam fait de Louis Marion (110 ans ce vendredi) le nouveau doyen des Belges En 2100, les centenaires courront les rues Louis Marion n'a jamais quitté la ferme familiale

Temps de lecture: 6 min

L'avenir est aux centenaires

* Louis Marion, le nouveau doyen des Belges, a 110 ans. Avant lui, aucun homme n'avait franchi ce cap. Les centenaires courront bientôt les rues...

Anne-Marie Adam, la doyenne des Belges, s'est éteinte, ce mercredi 8 octobre, dans un centre gériatrique de Jette : elle aurait eu 111 ans le 14 décembre. Son décès vaut à Louis Marion de devenir le nouveau doyen du royaume. Coïncidence : Louis Marion fête aujourd'hui son 110e anniversaire dans la localité de Petite-Hour (Houyet) où il a passé toute sa vie. Il devient aussi le premier homme de ce pays à atteindre cet âge exceptionnel : un cap que six femmes avaient déjà doublé avant lui.

Derrière ce « supercentenaire », ainsi que les démographes qualifient désormais ceux dont la longévité a dépassé allégrement le siècle, se presse le peloton toujours plus populeux des grands marathoniens de la vie : en Belgique, le nombre de centenaires - ils étaient 1.154 en 2002 - a plus que doublé au cours de la dernière décennie.

Et leur population ne cessera d'augmenter : Selon nos projections, explique Michel Poulain, démographe à l'UCL, leur nombre avoisinera les deux mille en 2010. Il est même probable qu'à l'aube du prochain siècle, les centenaires courront les rues : en effet, 50 % des filles nées en 2002 peuvent raisonnablement espérer atteindre l'âge de 100 ans. C'était le cas de trois filles sur mille, seulement, dans la génération née au début du XXe siècle.

Né en 1893, Louis Marion lui-même n'avait qu'une chance sur un million de fêter son 110e anniversaire ce vendredi.·

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Société - Le décès d'Anne Marie Adam fait de Louis Marion (110 ans ce vendredi) le nouveau doyen des Belges

En 2100, les centenaires courront les rues

* Depuis dix ans, leur nombre explose. Chaque jour un Belge passe le cap des 100 ans. 50 % des filles nées en 2002 peuvent espérer en faire autant.

STÉPHANE DETAILLE

Anne-Marie Adam, la doyenne des Belges, est décédée ce mercredi 8 octobre à Jette : elle aurait eu 111 ans, le 14 décembre prochain. Son décès fait de Louis Marion, domicilié à Petite-Hour (Houyet), le nouveau doyen des Belges. Un titre qu'il aura étrenné deux jours avant son anniversaire : Louis Marion fête en effet ses 110 ans ce vendredi 10 octobre.

Cette soudaine promotion n'est du reste pas l'unique titre de gloire qui vient d'échoir au nouveau doyen : que l'on sache, Louis Marion est également devenu ce matin - selon les documents officiels, il est né à 8 heures - le premier Belge de sexe masculin à atteindre l'âge exceptionnel de 110 ans. Du moins si l'on écarte de cette statistique le cas particulier de Jan Michiel Reyskens qui, né à Genk, vécut toute sa vie - 111 ans et 241 jours ! - aux Pays-Bas.

En Belgique, six femmes avaient déjà doublé ce cap improbable avant Louis Marion. Au nombre desquelles Anne-Marie Adam qui était devenue la doyenne des Belges depuis la mort, en décembre 2002, de Joanna Turcksin, décédée à l'âge de 112 ans et 186 jours. Louis Marion est du reste l'un des trois seuls hommes - et le seul d'entre eux qui soit encore vivant - à s'être immiscé dans un cercle très confidentiel qui, pour le reste, ne compte que des femmes : celui des 33 Belges qui, depuis 1900, ont atteint les 108 ans.

Dans un pays qui, désormais, enregistre chaque jour l'avènement d'un néocentenaire - et, plus généralement, d'une centenaire puisqu'il existe six fois plus de chances qu'il s'agisse d'une femme que d'un homme -, Louis Marion reste donc un authentique phénomène statistique. Il fait partie d'une génération dont les hommes n'avaient guère qu'une chance sur mille de devenir centenaire, explique le démographe Michel Poulain, professeur au Centre d'étude de gestion démographique pour les administrations publiques (Gedap, UCL). Et, devenu centenaire, il n'avait statistiquement qu'une autre chance sur mille de franchir le cap des 110 ans. Ce qui revient à dire qu'à sa naissance, Louis Marion n'avait qu'une chance sur un million de fêter son 110e anniversaire ce vendredi.

Ces estimations, le Pr Poulain et le Dr Dany Chambre les ont faites à partir d'une base de données dans laquelle sont actuellement répertoriés 7.453 centenaires belges appartenant aux générations nées à partir de 1870. La mise à jour de cet outil s'est singulièrement compliquée avec la récente explosion de la population des centenaires : en Belgique, leur nombre a plus que doublé au cours des dix dernières années, passant de 527 en 1991 à 1.154 au 31 décembre 2002 (voir infographie). Selon nos projections, leur nombre devrait avoisiner les deux mille en 2010, poursuit Michel Poulain. Et, passé un fléchissement dans la décennie suivante imputable à l'importante baisse des naissances dans les années 1914-18 - on enregistra 80.000 naissances en 1916 contre 200.000 en 1901 -, leur population continuera d'augmenter.

A telle enseigne que les centenaires courront sans doute les rues à l'aube du prochain siècle : on estime en effet que, dans une société où l'espérance de vie ne cesse de s'accroître, 50 pour cent des filles nées en 2002 peuvent raisonnablement prétendre devenir centenaires.

Ce boom démographique des centenaires incite désormais les chercheurs à pousser plus loin leurs investigations. La question, désormais, n'est plus tant de savoir combien de personnes atteignent l'âge de 100 ans que de déterminer comment elles survivent au delà. L'analyse de la base de données montre ainsi qu'un centenaire a une chance sur vingt d'atteindre 105 ans, une sur mille d'arriver à 110 ans.

Le calcul de l'espérance de vie permet d'estimer à 722 le nombre moyen de jours encore à vivre à l'âge de 100 ans pour une femme, contre 615 pour les hommes. Cette espérance de vie résiduelle passe respectivement à 520 et 430 jours à 105 ans puis, étonnamment, paraît se stabiliser autour de 400 jours vers l'âge de 108 ans. Les analyses semblent en effet indiquer qu'il y a une stabilisation du risque de mourir à partir de cet âge-là, explique Michel Poulain. Mais il ne s'agit encore que d'une hypothèse de travail : seuls les effectifs plus fournis des centenaires à venir permettront d'éclairer cette question à l'aide de données plus fiables.

L'analyse statistique des données relatives aux « supercentenaires » - Rabelais, lui, parlait de « macrobes » - ne permet pas de préciser s'il existe des limites biologiques à la longévité humaine : elle permet tout juste de constater qu'actuellement, cette limite se situe au-delà de 115 ans. Mais la Française Jeanne Calment, morte à 122 ans, reste une exception planétaire.

La question des traits communs que présenteraient les centenaires n'est pas davantage tranchée : L'hypothèse d'une prédisposition génétique - il y a des gènes candidats - va faire l'objet, en 2004, d'une étude qui sera menée dans dix pays européens, dont la Belgique, annonce Michel Poulain : elle analysera les caryotypes de 1.500 fratries de nonagénaires.

La littérature évoque aussi l'interaction de divers facteurs périphériques au nombre desquels l'alimentation, l'environnement comme vecteur de stress - En ce compris l'environnement familial, précise Michel Poulain : la plupart des centenaires ont en commun de vivre très entourés au sein de leur famille -, voire le tempérament des centenaires dont le « positivisme » confinerait parfois à l'égoïsme. A cent ans, on ne se refait pas·

Louis Marion n'a jamais quitté la ferme familiale

Louis Marion a passé toute sa vie à Petite-Hour (Houyet), où il a vu le jour le 10 octobre 1893. A vrai dire, il n'a jamais cessé de vivre dans la ferme familiale où il a travaillé dès l'âge de 12 ans. Retraité depuis des temps immémoriaux, Louis Marion a été agriculteur durant plus d'un demi-siècle sans avoir jamais conduit un tracteur. Son épouse, Céline Lotin, est décédée en 1981. Le couple a eu sept enfants, 18 petits-enfants et 38 arrière-petits-enfants. La pneumonie dont Louis a été victime au printemps dernier n'a, paraît-il, entamé ni son appétit - il en est toujours à quatre repas par jour - ni l'assiduité avec laquelle il jardine ses menus plaisirs : il fume toujours la pipe, ne refuse jamais un verre - surtout s'il s'agit d'un vieux genièvre - et continue de s'intéresser à l'actualité. (S.D.)

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