Le souci de la Flandre ou l'intérêt des Wallons ?

Cette histoire de la vignette automobile - l'annonce lundi, le retrait hier - a donné lieu à un malentendu, du même ordre que celui qui avait entouré le lancement du plan Marshall il y a quelques jours. Dans l'un et l'autre cas, il s'agit de savoir si c'est bon pour la... Flandre. On exagère, mais à peine.

Pour ce qui concerne le plan Marshall : le souci que ce programme de relance puisse satisfaire les Flamands apparaît au moins aussi important que celui qu'il puisse redonner un avenir aux Wallons ! Un comble. Légitimement imprégné de son devoir de « vendre » sa Région à l'extérieur, Jean-Claude Van Cauwenberghe a entrepris aussitôt un tour de Flandre pour expliquer aux « décideurs » politiques et autres que « oui, les Wallons se retrousseront les manches ; oui, ils s'appliqueront désormais à la tâche ; oui, les investisseurs seront accueillis à des conditions fiscales et sociales optimales... » Mais, bon sang, que le ministre-président n'oublie pas au passage que c'est les siens qu'il doit convaincre avant tout - pensez notamment aux organisations syndicales, demandeuses d'une concertation - de la justesse et de la gravité du diagnostic qui sous-tend le plan Marshall, de la nécessité de regarder enfin devant soi, du devoir de se projeter dans le futur.

L'essentiel est là, aujourd'hui : rassembler son camp, comme on dit. Et cela vaut même pour l'« image » de la Wallonie à l'extérieur, primordiale pour attirer les investisseurs : cette image sera bonne si et seulement si le gouvernement wallon pourra témoigner de sa capacité à capter l'attention de sa population (de son peuple), à susciter l'intérêt autour de soi, à faire bouger sa société.

En (très) résumé : si les Wallons s'en sortent, ce sera certes par eux-mêmes (on l'a assez dit), mais aussi pour eux-mêmes, pour leurs enfants. Ils n'ont pas à faire plaisir à la Flandre, pas davantage à sauver la Belgique au passage.

Le même type de malentendu, disions-nous, a percé à propos de la vignette automobile. Très vite cette semaine, lorsqu'il est apparu que l'idée de Michel Daerden, annoncée dans un journal (la « DH »), d'imposer dès janvier d'une vignette sur le réseau autoroutier, on s'est perdu en conjectures sur le mauvais signal envoyé à la Flandre eu égard à la crédibilité des « gouvernants » wallons - la vignette se négocie en coulisse, mais la sortie de Daerden a brûlé les étapes -, cela en pleine opération promotionnelle du plan Marshall. Pertinente interrogation. L'essentiel, pourtant, n'est pas là. Mais bien de savoir si l'idée du ministre de l'Equipement était bonne pour la Wallonie, et si son annonce, prématurée et à contre-temps, est mauvaise pour elle. Ou encore : si Michel Daerden est un bon ou un mauvais ministre pour la Wallonie, si son crédit est atteint aux yeux des Wallons. Question à laquelle l'on serait d'ailleurs tenté de répondre à la Daerden : « Une fois mais pas deux. » La Région ne peut pas se payer le luxe de se séparer de son génial argentier sur un (mauvais) coup pareil, mais Di Rupo, son président de parti, qui a le pouvoir de remanier son équipe ministérielle, a le devoir de ne plus lui concéder le moindre faux pas.

David COPPI