Festival Deux jours très animés, à Bruxelles : Cet obscur objet du délire

Noël est passé, avec son lot de cadeaux bien emballés. Que faire à présent de cette figurine de dentellière offerte par la tante Martha, ou de cette collection de boutons de manchette reçue de marraine ? Surtout, ne jetez rien. Vous rateriez peut-être votre vocation dans le théâtre d'objet.

Depuis une vingtaine d'années, une bande d'artistes à l'imagination délirante se saisit des objets de la vie quotidienne pour en faire les héros de spectacles étonnants. Chez nous, l'ambassadrice de cet art s'appelle Agnès Limbos. En 1984, sac au dos, elle lançait sur les routes sa compagnie Gare Centrale, qui multiplie les créations réussies, où le tragique se mêle au comique. Petrouchka, Princesse, Petites fables ou Dégage, petit ! sont à chaque fois des leçons d'humour et des trésors d'inventivité, pour tout public.

Pour la troisième fois, cette globe-trotteuse pose ses valises au Théâtre de la Balsamine, à Bruxelles, le temps d'un festival qui vaut bien une brocante. Ces 29 et 30 décembre, « Le grand comptoir des objets perdus » dévoilera un bestiaire mouvementé. On découvrira les amours râpées d'une carotte, les métamorphoses d'un journal ou encore la révolte d'un homme en plastique.

Après l'art du conte, né le jour où un type s'est levé pour narrer quelque chose à d'autres, le théâtre d'objet est peut-être la forme dramatique la plus ancienne. Ce n'est pas de la marionnette : « Le théâtre d'objet relève des arts visuels, précise Agnès Limbos. L'art de la marionnette implique que des manipulateurs se cachent derrière leur castelet. Ici, il s'agit de comédiens qui développent leur sujet avec un outil. Il faut aimer l'objet que l'on utilise, parce qu'il va aider à écrire un poème. L'objet est un outil qui prolonge ce que l'on ne sait pas dire avec les mots ou le corps. »

Sur les étals du « Grand comptoir des objets perdus », on trouvera largement de quoi se familiariser avec un art en plein essor : de grandes pointures joueront aux côtés de jeunes espoirs et de découvertes belges. L'idée est de constituer des soirées panachées. Le public choisira lui-même son menu de 19 heures jusqu'aux petites heures, avec la possibilité de se restaurer grâce au buffet du désormais légendaire Jérôme Sikivie.

En matière d'art culinaire, le théâtre de cuisine est un expert. Il invite 49 spectateurs (sans manteaux) sous une yourte mongole pour croquer toute l'histoire de l'humanité en miniature. Scopitone & Cie lance pour sa part deux spectacles courts : Le petit chaperon rouge, performance télévisuelle pour marionnettes décalées, et La Belle et la Bête, qui orchestre la rencontre entre un amateur de 45-tours et une jeune poupée qui rêve d'une vie de château. Parmi les créations des artistes chevronnés, citons encore Ô, de la compagnie Gare Centrale, rythmé par la trompette de Gregory Houben.

Du côté des jeunes pousses, la relève semble assurée. Depuis deux ans, Agnès Limbos mène un laboratoire avec quelques acteurs auxquels elle ouvre son atelier de Rhode-Saint-Genèse. Parmi les jeunes à suivre de près, Isabelle Darras et Vincent Cahay présenteront The Power of Love, un petit conte érotico-culinaire où la cuisine se transforme en boîte de nuit, où les princes ne sont pas charmants et les princesses pas vraiment innocentes.

Enfants non admis ? Ça dépend. « C'est après que l'on se demande si le spectacle peut être vu par des enfants. On ne formate pas d'avance, ça n'aurait pas de sens. On mise beaucoup sur l'esprit critique de chacun », précise l'animatrice de Gare Centrale.

Pour oxygéner l'imagination, Agnès Limbos a décidé d'ouvrir la scène aux intrépides qui voudraient essayer des formes nouvelles, en fin de soirée. « Seul le thème est imposé : il s'agit des amours improbables, note l'artiste. Le spectacle peut durer entre une seconde et six minutes. La scène est de trois mètres sur trois. Et il faut un objet, bien sûr. »

Il est peut-être temps de répéter votre guerre des boutons de manchette.

Le grand comptoir des objets perdus, les 29 et 30 décembre, dès 19 h, au Théâtre de la Balsamine, 1, avenue Félix Marchal, 1030 Bruxelles. Tél. : 02-735.64.68.