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Moureaux : « Négocions une nouvelle Belgique ! » : Moureaux : « Oser le confédéralisme »

Le socialiste évoque pour « Le Soir » ce que beaucoup de francophones envisagent désormais : une nouvelle Belgique.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 6 min

Le Bruxellois Philippe Moureaux semble s’être fait une raison. Dans un entretien au Soir, le vice-président du PS déclare : « Essayons de négocier une nouvelle Belgique, sur une base confédérale. »

Et quand il s’attarde sur ce dernier mot, il enchaîne : « Il n’y a plus un seul domaine où les Flamands n’envisagent pas soit de régionaliser totalement, soit de le faire partiellement. Il faut donc leur dire que nous sommes prêts à faire des pas dans le sens d’une défédéralisation forte de certaines matières. Mais qu’eux doivent faire des pas vers nous et nos revendications. »

Moureaux y va d’une formule forte : « Seul le confédéralisme peut encore sauver la Belgique ! » Les francophones partageraient-ils tous ce point de vue alors que le climat de crise s’éternise ? « L’idée a fait son chemin », dit-on au Sud. « Il faudrait être fou pour ne pas envisager ce scénario, l’étudier. »

Avant de s’y résoudre ?

Entretien

Blocages Nord-Sud à tous les étages de la maison Belgique ? Philippe Moureaux, vice-président du PS et patron des socialistes bruxellois, secoue l’édifice un bon coup. Accrochez-vous.

L’imbroglio belgo-belge. Quid ?

Je sonne le tocsin pour les francophones. Car maintenant, la menace est multiforme. Je vois une radicalisation flamingante de l’appareil d’Etat : une Région flamande qui ne respecte pas réellement les facilités ; un Conseil d’Etat qui, dans ses chambres flamandes, depuis plusieurs années, ne décide plus en fonction de la loi mais des intérêts militants flamands lorsqu’il s’agit de contentieux linguistiques ; une cour d’appel de Bruxelles qui blanchit les personnes qui ont refusé de siéger comme assesseurs aux élections – on parle de magistrats assis de très haut niveau !

On voit donc se créer un Etat flamand à l’intérieur de l’Etat belge, s’appuyant, je l’ai dit, sur la Région-Communauté flamande, le Conseil d’Etat, les tribunaux…

Pourtant, il y a comme une valse-hésitation au Nord : Marianne Thyssen, présidente du CD&V, menace les francophones, puis se rétracte…

C’est la procession d’Echternach : on avance de trois pas, on recule de deux… Reste un pas. Vous citez le cas de Mme Thyssen, qui s’est lancée dans la menace, avant de remettre son maquillage et son rouge à lèvre pour dire que ce n’était pas méchant. Même chose pour la scission des soins de santé (Le Soir de mardi, NDLR) : le CD&V attaque, puis dément à moitié. Egalement : on apprend que CD&V et VLD préparent un programme de scission de la fiscalité… mais ce n’est pas grave, disent-ils. Overijse : la commune organise la dénonciation de ceux qui écrivent ou qui parlent français, le gouvernement flamand prend une position apaisante mais ne met pas en cause les politiques menées par ailleurs dans cette municipalité, comme dans d’autres dans les environs de Bruxelles, comme la vente de terrains à bâtir aux seuls Flamands.

Comment cohabiter dans ces conditions ?

Je ne sombre pas dans le pessimisme absolu. Je lance un appel à ce que chacun essaie de comprendre l’autre, malgré tout.

« Comprendre » ?

Essayons de négocier une nouvelle Belgique, sur une base confédérale.

« Confédérale ? »

Il n’y a plus un seul domaine où les Flamands n’envisagent pas soit de régionaliser totalement, soit de le faire partiellement. Il faut donc leur dire que nous sommes prêts à faire des pas dans le sens d’une défédéralisation forte de certaines matières. Mais qu’eux doivent faire des pas vers nous et nos revendications. A commencer par ceci : la Belgique ne nous intéresse plus si on supprime la solidarité interpersonnelle. Mais je reviens à mon ouverture : si on maintient cette solidarité, et que l’on garantit, sur les bases actuelles, le financement des matières sociales et de santé, ouvrons-nous alors à la discussion pour l’utilisation de ces moyens. Je peux imaginer des fenêtres d’autonomie dans ce domaine. Par exemple pour les allocations familiales, à condition que les sommes dévolues aux entités fédérées soient toujours calculées de la même manière qu’aujourd’hui. Même chose pour l’Emploi : on peut imaginer qu’en fonction des problèmes de chaque Région, il y ait aussi des fenêtres d’autonomie. Je pense à d’autres matières, dont la justice de paix.

Je brise un tabou, je sais. Mais je pense qu’il faut s’ouvrir aux revendications flamandes. Et qu’eux doivent s’ouvrir à nos exigences : tout transfert de matière doit s’accompagner de l’argent afférent à cette matière ; et la Belgique confédérale que nous bâtirions le serait au départ des trois Régions, dont la bruxelloise.

Globalement, la grande négociation communautaire débuterait sur ce large donnant-donnant. Cela signifie que les francophones doivent bouger de leur ligne.

Cette négociation est possible avant le 15 juillet ?

On peut avancer pour le 15 juillet, montrer qu’il y a une volonté de négocier. Même si c’est difficile : beaucoup d’acteurs sont constipés, ils pensent aux urnes. On peut tout renvoyer à 2009, mais je crains qu’alors il soit trop tard pour la Belgique, ou que ce sera beaucoup plus difficile de trouver une entente.

Seul le confédéralisme peut encore sauver la Belgique. Il faut un sursaut d’effort de chaque côté. D’où ce cadre possible pour une négociation, proposé ici.

Et BHV ?

Même principe… Les francophones doivent faire le pas, dire que l’on peut aboutir à une scission de l’arrondissement électoral si l’on obtient des garanties fondamentales pour la gestion de Bruxelles (revoir les lois linguistiques qui permettent à la minorité flamande de bloquer toute décision), un lien territorial entre la Wallonie et Bruxelles, et la préservation des majorités francophones de la périphérie.

Je ne pense pas qu’on puisse développer à long terme l’idée que nous allons protéger les francophones jusqu’à 50 km – je cite cette distance pour la compréhension des choses – de Bruxelles. C’est sympathique, mais ce n’est pas réel.

J’ajoute que si nous souhaitons vivement redessiner les frontières des Régions, il faut pouvoir rassurer les Flamands sur la « tache d’huile ». Cette crainte historique les mine. Il faut trouver un moyen de les rassurer à ce sujet. En leur disant : au-delà d’une limite fixée en négociation, nous demanderons aux francophones de s’adapter à la Région dans laquelle ils vivent.

Un lien territorial Wallonie-Bruxelles, est-ce réaliste ?

Il s’impose dans la mesure où l’on ne peut pas exclure le scénario de la fin de la Belgique : on n’est pas loin en Flandre d’une majorité de partis qui demandent la scission.

Un « couloir » ?

Pourquoi les Flamands veulent-ils conserver des communes qui ne représentent qu’une infime partie de leur territoire et qui ne leur créent que des problèmes ?

A côté d’Yves Leterme, les ministres des Réformes institutionnelles, Jo Vandeurzen et Didier Reynders, ont-ils un rôle à tenir ?

Il ne faudrait pas qu’ils soient les derniers à se mouiller.

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