L’affiche, art de la rue

En sortant de ses études de communication graphique à la Cambre au tout début des années 80, Olivier Wiame a choisi de s’orienter vers la création d’affiches culturelles, plutôt que d’exercer le graphisme dans ses applications commerciales. « De toute façon, ça correspondait mieux à ma façon de travailler, se rappelle-t-il. On reprochait à mes dessins trop de violence, d’agressivité… Comme si le monde était d’une grande tendresse… » Le ton est donné.

Presque trente ans plus tard, Olivier Wiame crée toujours des affiches, pour des spectacles jeunes publics, ceux de La Charge du Rhinocéros et ceux du Théâtre de Poche, son « théâtre d’attache » où il a débuté. « Les affiches, c’est une tradition très ancienne au Poche. Jacques Richez, Roland Topor, Raymond Renard en ont produit. A l’époque, beaucoup d’autres théâtres faisaient de même. J’étais fasciné par leur iconographie très riche. » Mais aujourd’hui, il n’est plus possible d’en vivre. Olivier Wiame a donc appris sur le tas le métier de scénographe, qui occupe à présent la plus grande partie de son temps. « Ce sont deux domaines complètement différents. La scénographie s’imagine collectivement. Ce contact m’est devenu indispensable. Et le théâtre est un des derniers espaces de liberté. Je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à y faire. » L’affiche elle, se réalise seul, face à une – très grande – page blanche. « Les gens sont souvent étonnés du nombre de projets rendus pour une affiche. Parfois cinq, parfois vingt… Je commence toujours par lire le texte de la pièce, c’est très important pour en saisir les enjeux. Ensuite, je fais des propositions au producteur et au metteur en scène. L’affiche doit donner envie aux

gens d’aller voir plus loin. »

Bien des lieux culturels privilégient désormais la photo, un problème selon Olivier Wiame. « Tout finit par se ressembler. On dirait des menus de restaurants chinois : on doit voir directement ce qu’on aura ensuite. Ce qui manque en Belgique, c’est une vraie éducation à l’image, une vraie volonté de revendiquer sa place dans la ville. En Suisse, il y a une vraie émulation autour de la création d’images. Chez nous, ça s’amoindrit, je vois à peu près partout la même chose. »

L’inverse de ce que le graphiste cherche lorsqu’il crée une affiche. « Je suis toujours très touché quand nos affiches sont arrachées, ça prouve qu’elles provoquent des réactions. Sur celles de « Allah n’est pas obligé », les gens sont venus gratter le mot « Allah ». Alors quand il a fallu créer celle de « Allah superstar », j’ai moi-même fait une tache dessus, un graffiti préventif. » Parfois, la typographie se suffit à elle-même. C’était le cas pour « Les monologues du vagin », ça l’est à nouveau pour « Terrorism ».

« Un œil et le titre suffisent pour faire comprendre le message. Pas besoin d’en dire plus. Avec une affiche de théâtre, on vend la pensée, la parole d’un auteur, mais il faut aussi être efficace, attractif, c’est un vrai défi intellectuel à chaque fois. On intervient dans l’espace public, sur l’imaginaire collectif. Ce qui est difficile, c’est de ne pas s’autocensurer. Mais on n’est pas là pour faire joli, pour faire des affiches à mettre dans le salon. »