Scènes « Kiss & Cry (nanodanses) » a ouvert de Festival Via à Mons : Un pur moment de magie collective

Toute une salle debout dès les premières salves d’applaudissements. Dimanche, le spectacle Kiss & Cry (nanodanses) a fait un triomphe lors de sa création en ouverture du Festival Via au Manège.Mons. Face au public, une vingtaine de personnes saluaient encore et encore, témoignant de la réussite collective de cet audacieux pari.

Dès l’entrée dans la salle, on sent que quelque chose de différent va se passer. Sur le plateau, le metteur en scène Jaco Van Dormael, la chorégraphe Michèle Anne De Mey et toute leur équipe papotent tranquillement. Lorsque les lumières s’éteignent, ils se lancent dans un concert d’appeaux, donnant l’impression de se trouver en pleine forêt au petit matin. Puis un projecteur éclaire une maquette de paysage. De l’autre côté du plateau, une caméra s’approche lentement, filmant en direct. Sur le grand écran en fond de scène, le paysage miniature grossit à vue d’œil. Soudain, deux mains apparaissent au milieu de celui-ci. Elles marchent littéralement sur deux doigts, offrant une véritable chorégraphie faite de glissades, de virevoltes, de glissés, de portés et même de pointes. En un instant, on est captivé par ce duo plein de finesse et de sensualité.

Déjà, l’œil hésite. Faut-il regarder le grand écran où les doigts semblent se mouvoir en toute liberté au milieu du paysage ? Ou faut-il plutôt observer sur le plateau l’étonnant exercice de Michèle Anne De Mey et Grégory Grosjean, utilisant tout leur corps pour faire naître cette chorégraphie où seuls les doigts semblent en action ? Le dilemme ne sera jamais résolu et tout au long du spectacle, le regard ne cessera plus de vagabonder de l’écran au plateau, des danseurs au train miniature à l’avant-scène, des déplacements du cameraman aux actions discrètes des techniciens et du metteur en scène.

Ce qui pourrait générer un chaos incompréhensible est en fait la matière première de cette création à nulle autre pareille. Le cinéma et la danse s’y expriment à part égale. Mais la lumière, le son, la scénographie y participent tout autant donnant naissance à une succession de scènes d’anthologie : la création du monde en trois minutes, un strip-tease dans une boîte de nuit, une incroyable séance de patinage artistique, un duo magique sur Les feuilles mortes… Autant de scènes jouées seulement par les doigts des deux danseurs et magistralement filmées en direct par Julien Lambert.

On passe ainsi dans une multitude d’univers et d’émotions. Car ce qui pourrait n’être qu’un exercice de style est aussi un spectacle bouleversant, grâce aux textes de Thomas Gunzig racontant les amours d’une vieille dame fascinée par les mains des hommes. Constamment surprenant, Kiss & Cry est un pur moment de bonheur, un petit miracle de création collective à l’heure de l’individualisme forcené. C’est aussi une belle réflexion sur nos souvenirs avec des images fortes comme ces personnages qui disparaissent littéralement dans des trous de mémoire. Un mélange de mélancolie, d’humour, de poésie qui fait du bien à l’âme et aux neurones.

Jusqu’au 25 mars au Manège.Mons, www.lemanege.com, 065-39.59.39.