Fièvre du White Cube au Mu.Zee d’Ostende

Le « syndrome du White Cube » fait son grand retour. Le Mu.Zee d’Ostende en fait le thème d’une expo « qui n’est pas une exposition thématique ou collective ordinaire, nous explique le communiqué de l’historien d’art Camiel van Winkel. Elle crée un cadre composé d’œuvres de différents artistes. Basée sur l’idée de l’inévitable disparition de l’art dans le vide muséal. »

En route pour le dernier étage du musée. Un plateau immensément blanc accueille l’exposition Valéry Proust Museum / White Cube Fever. C’est indubitablement le fameux effet White Cube de solitude augmentée, espace sobre au profit de la perception sensorielle et spirituelle de l’œuvre. L’avis romantique de Marcel Proust plaidait en 1919 dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs pour « l’enivrante joie d’une salle de musée, laquelle symbolise bien mieux, par sa nudité et son dépouillement, les espaces intérieurs où l’artiste s’est abstrait à créer ».

Paul Valéry est cité parallèlement dans le titre de l’expo emprunté à un texte de 1953 écrit par le philosophe allemand Theodor Adorno. Dans ses écrits sur l’art, Valéry dénonce le caractère objectif de l’œuvre qui se dissipe et disparaît dans un musée en perdant l’intention première de l’artiste (lire ci-contre).

Champs magnétiques

Il est donc question de fossé entre l’œuvre et son destinataire, mais aussi des forces constructives du White Cube. On doit jouer le rôle qui nous est imparti : celui de spectateur. Notre potentiel émotionnel doit entrer en action. Cette furieuse nudité provoque un premier réflexe d’agacement. On en est encore là ?

En boomerang, le plaidoyer pour le White Cube distille ses coups de poing, un par un.

C’est le film 16 mm de Dan Graham, Body Press (1972), où un homme et une femme se filment mutuellement, nus. Les images photographiques très tactiles de Dirk Braeckman (2009) en regard de la série Local Heroes de Willem Oorebeek, autre réflexion sur le statut de l’image. La vidéo de Rodney Graham, Halcion Sleep (1994), un road-movie après la prise d’un sédatif dans un motel de Vancouver.

Le travail sur textile, Bubbles (2010), de l’artiste allemand Cosima von Bonin prend sa force en regard des Lines (1972) de l’artiste belge Raoul De Keyser, auteur d’une peinture où la ligne est le seul motif. Ce fascinant travail sur la ligne trouve écho dans la vidéo Love knows many faces (2005), amour entre vie et mort qui unit et sépare les deux sœurs jumelles L.A. Raeven.

Au centre de l’exposition, Tar Baby (1975), un bronze de Paul Thek, De Sigaar (1986) de Berend Strik et Le Royaume de la nature (1929) de Frits Van den Bergh emplissent un espace où l’on voit que des œuvres de différentes époques, figuratives ou abstraites, délestées de tout contexte, deviennent promesses de bonheur.

Pari réussi pour ce difficile plaidoyer où le musée symbolise non pas le domaine intérieur de l’artiste comme Proust le supposait, mais bien le contraire : la condition publique de l’art.

Fallait-il le répéter ?