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Les compagnies aériennes

trouvent le ciel européen

trop sombre

Liste noire, ciel unique…: l’association des compagnies aériennes pointe l’Europe du doigt.

Un mauvais élève qu’on préserve, néanmoins, puisqu’il reste leur premier marché mondial.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 4 min

Le Cap

La grand-messe annuelle des membres de l’Association internationale des compagnies aériennes (Iata) touche à l’événement mondial: le secteur pèse 545 milliards d’euros en 2013, transportera 3,1 milliards d’individus et 52 millions de tonnes de marchandises, et représente 57 millions d’emplois à travers le monde.

Pour Tony Tyler, le patron de l’Iata, l’assemblée générale est l’occasion de lancer un message optimiste: globalement, le secteur aérien sort de la crise. Les prévisions réactualisées de bénéfices pour 2013 dépassent aujourd’hui 9,7 milliards d’euros, avec des réalités très distinctes: l’Asie-Pacifique (3,5 milliards) et les Etats-Unis (3,3) se partagent largement les bénéfices, largement devant l’Europe (1,2) qui gagne à peine plus que les compagnies du Moyen-Orient (1,15) qui vont chercher leurs passagers hors de leurs frontières.

Mais tout n’est pas rose pour autant. Et au rang des préoccupations de l’Iata, l’Europe se retrouve souvent dans le collimateur.

1Sécurité. Voler n’a jamais été aussi sûr: aucune perte d’avion d’origine occidentale à déplorer en 2012 auprès des 240 compagnies membres de l’association, qui représentent 84% du trafic mondial. Si on ajoute les avions d’autres origines, le décompte est plus sombre: 75 accidents et 414 décès, dont la plus grande partie dans les pays d’Afrique dont le taux d’accident est 18 fois plus élevé que la moyenne (alors que les membres africains de l’Iata sont, eux, dans les normes). Les gouvernements africains se sont engagés à rejoindre le niveau mondial pour 2015 suivant le respect de 900 mesures standards de l’association de sécurité (Iosa). «J’espère que l’Union européenne regardera ces résultats, lance Tony Tyler. Sa mise de compagnies sur liste noire n’a pas aidé la sécurité en Afrique. Je suis certain que l’Iosa va mener à des améliorations et que l’Europe n’aura pas d’autre choix de repenser son approche mal inspirée.»

Concrètement, l’Iata reproche à la liste noire éditée par l’Europe (une liste de compagnies interdites de vol au-dessus du Vieux Continent) de ne pas être «pédagogique»: son élaboration serait opaque, et elle reposerait sur des critères mal définis qui ne permettent aucune amélioration.

Globalement, les compagnies aériennes regrettent aussi le manque d’harmonie dans la manière dont les Etats envisagent la sûreté. Des propositions ont été faites pour élaborer des standards mondiaux concernant les informations sur les passagers, mais que certains pays n’utilisent pas ou mal.

2Environnement. Parmi les sujets qui fâchent les compagnies aériennes, le «ciel unique européen» occupe une place prépondérante. Ce projet vise à harmoniser les espaces aériens pour ne plus imposer des frontières et des détours dans les déplacements aériens. Un héritage des contrôles aériens nationaux qui coûterait 5 milliards d’euros de compétitivité à l’Europe, 18 millions de minutes de retard aux passagers et 8,1 millions de tonnes d’émissions polluantes.

«Le ciel unique européen n’est matériellement pas plus proche d’une réalisation aujourd’hui qu’il y a un an, déplore Tony Tyler. En réalité, il faudrait être d’un optimisme extrême pour identifier un seul progrès réel ces dix dernières années.»

Les solutions, selon l’Iata, existent pourtant. Elles passent notamment par la désignation d’un régulateur indépendant, la diminution de 63 à 40 centres de contrôle aérien, l’instauration de davantage de compétition entre les fournisseurs de service… Pendant ce temps-là, les Etats-Unis ou l’Asie avancent dans le dossier. «Chaque année où le ciel unique européen est reporté agrandit le fossé qui le sépare du reste du monde, poursuit Tony Tyler. Et les solutions nécessaires deviennent chaque fois plus importantes et plus complexes.»

3Agences de voyage. L’association des compagnies aériennes a annoncé, l’année dernière, la mise en place d’un nouveau système de distribution de ses produits (NDC, «New Distribution Capacity»). Elle vise à permettre aux compagnies d’accoler d’autres offres au simple billet. En plus du vol, les compagnies pourraient ainsi proposer des options (type et qualité des repas…) mais aussi des produits «associés»: du taxi à l’aéroport à une voiture de location, des chambres d’hôtel…

Une perspective qui ne réjouit pas les agences de voyages, ni certaines associations de défense des consommateurs qui voient dans ce système une manière de ficher les passagers, d’enregistrer leurs goûts, de composer des produits selon leurs précédents achats… «La NDC ne contreviendra pas aux lois sur la vie privée, assure Tony Tyler. Mais cela permettra aux consommateurs de s’identifier eux-mêmes et de ne voir leur fidélité reconnue par les compagnies aériennes que s’ils le choisissent. La NDC ne dribblera pas les agences de voyage. Cela leur permettra de vendre aussi tout ce que les compagnies auront à offrir.»

Pour le consommateur enfin, l’Iata assure que son nouveau système de vente permettra aux clients d’identifier les prix de base et toutes les options disponibles. La NDC devrait notamment permettre d’utiliser des photos pour que les consommateurs puissent voir réellement ce qu’ils vont acheter. Les premières expériences pilotes seront menées avant la fin de l’année. Pas certain que ce message rassure le secteur du tourisme.

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