Quand les ados rêvent d’apocalypse

Ces temps-ci, l’adolescence occupe les plateaux de théâtre comme l’acné squatte l’épiderme d’un agité des hormones à 16 ans. Pas besoin de Roaccutane même si ces éruptions-là ont aussi l’art de gratter, de démanger nos intuitions et d’appuyer là où ça fait mal, là où l’actualité nous donne déjà la frousse avec ses régulières tragédies, ses fusillades au lycée – depuis Columbine, la série est terrifiante – par des jeunes qui perdent soudain pied avec la société. Ces êtres, à peine sortis de l’enfance, qui prennent un matin les armes pour les retourner contre leurs pairs restent d’insondables énigmes, de douloureux symptômes d’un mal-être.

Forcément, le théâtre est aussi fasciné par cette adolescence à fleur de peau, matière explosive sur la scène. Depuis le triomphe de Chatroom, portrait d’une jeunesse prise dans les rets du cybersespace, on savait le Poche expert pour peindre et happer une faune, les ados, pourtant réfractaire à se laisser encercler. Verdict confirmé avec Punk Rock de Simon Stephens dans une mise en scène impétueuse d’Olivier Coyette. Entre intense suspense dramatique et subtile étude de cas, la pièce tient les promesses de son titre. Comme la bande-son, qui évolue des One Direction à l’indie rock, la pièce revendique un fougueux éclectisme, un esprit volatile, un souffle qui n’obéit qu’à l’énergie, entre innocence et révolution, passions juvéniles et violence aveugle, bruit et fureur. On y croise une bande de lycéens anglais : Lilly, mystérieuse et secrète, qui vient d’arriver dans le bahut et fait chavirer les cœurs. William qui en pince pour elle mais a peu de chances de la séduire avec ses manières de petit génie hyperkinétique. Nicholas, le gros dur au cœur tendre. Cissy, première de classe qui se laisse humilier par son petit copain, Bennett, champion du harcèlement. Et puis aussi, Chadwick, bouc émissaire passionné d’astrophysique ou encore la trop gentille Tania, boulotte et amoureuse de son prof. Rien que des ados normaux sauf qu’une simple petite griffe dans leur quotidien incertain, une petite goutte en trop dans la cocotte mise sous pression par les exigences de réussite d’une société ultra-compétitive, va les mener au drame. On pense forcément à Elephan t de Gus Van Sant au cinéma. Même impression d’une normalité qui porte en soi les germes de l’innommable.

L’intrigue est portée par une distribution plus vraie que nature. En tête d’affiche, Jérémie Pétrus époustoufle ! Malgré sa tête d’ado poupin, il déploie une colère intérieure à vous donner froid dans le dos. Avec une rage, une force irrésistible, il joue comme si sa vie en dépendait et nous empoigne dans cette apocalyptique bourrasque, à côté de ses talentueux compagnons. Nudité, flingues et effets stroboscopiques (la sainte trinité du Poche) : les ados vont adorer. Et les adultes pourront tenter de cerner une jeunesse qui n’a de cesse de se singulariser.

Jusqu’au 8 février au Poche, Bois de la Cambre, Bruxelles.