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René Pairon, 85 ans, paré au 35e départ

Journaliste service Bruxelles Temps de lecture: 4 min

Pas le temps de sonner que déjà, René Pairon surgit sur la terrasse de son appartement, dans un quartier tranquille de Woluwe-Saint-Lambert. Trois secondes plus tard, il a dévalé les escaliers pour ouvrir la porte. en tenue de combat, comprenez : short, baskets et t-shirt labellisé 35e édition des 20 km de Bruxelles dont il n’a loupé aucune étape depuis la naissance de l’événement, en 1980.

Une perf’ certes, ils ne sont donc que 58 à pouvoir s’en targuer mais le véritable exploit est ailleurs car notre fada des 20 affiche plus de quatre fois 20 ans au compteur. Quatre-vingt-cinq, très exactement. Un crack né l’année du krach, le 18 février 1929. Qui a depuis amassé un fameux paquet de trophées. Tous bien rangés dans le salon. Ici, la grappe de médailles glanées sur le pavé bruxellois. Là, celles payées de sueur et de courage lors des marathons de Bruxelles, New York, ou en 2003, celui d’Honolulu qu’il a couru avec l’aîné de ses quatre fils. En évidence aussi, le bâton symbolisant une autre course de fonds, plus spirituelle celle-là, symbolisant les 1.550 kilomètres parcourus, de 2003 à 2009, sur le Chemin de Compostelle.

Un fameux palmarès pour cet homme plus que jamais en ordre de marche. « J’ai toujours pratiqué la course, souligne l’octogénaire, ardennais d’origine. Je suis né à Redu, mes parents tenaient une ferme à l’extérieur du village et je marchais tous les jours 7 km pour aller à l’école ». Même que dans la cour de récré, fallait pas essayer de le rattraper. « Personne ne pouvait me suivre au sprint ». Une condition physique qui lui permettra de finir à une très honorable 3e place lors d’un cross à Bouillon. Il a alors 18 ans, « J’ai terminé juste derrière Etienne Gailly, le héros malheureux des Jeux olympiques de Londres en 1948, il est arrivé le premier sur le stade mais il n’avançait plus et deux coureurs l’ont dépassé ».

Une participation aux Jeux qui aurait même pu s’ouvrir à lui quand, à 25 ans, il est approché par Roger Moens qui fut recordman du monde du 800 m et médaillé d’argent aux Jeux de Rome en 1960. « Il voyait en moi du potentiel et m’a proposé de m’entraîner pour les Jeux Olympiques ». Mais, s’il est flatté, René Pairon décline la proposition. « Moi j’aimais bien sortir, boire un verre et profiter de la vie, je n’avais pas très envie de devenir athlète professionnel ».

Son parcours professionnel est en effet passé par d’autres couloirs. Après des études d’instituteur à Malonne et une spécialisation en mathématiques, René Pairon s’est engagé à la Force aérienne belge comme pilote. Il opte ensuite pour le monde bancaire et il fera toute sa carrière à Bruxelles, ville qu’il n’a plus quittée. Comme ne l’a jamais quitté sa passion pour le sport, comme le ping-pong qu’il pratique encore aujourd’hui. Et bien sûr le jogging. Raison pour laquelle il est au départ des premiers 20 km de Bruxelles. « A l’époque, il y avait 4.389 inscrits, se souvient-il avec précision. On démarrait du Heysel. Pour moi qui n’étais pas originaire de Bruxelles, j’ai trouvé que c’était une bonne manière de découvrir la ville ». Une première expérience concluante. « Même si c’était fort différent de ce que l’on connaît aujourd’hui avec des milliers de spectateurs, une ambiance formidable qui vous touche et vous porte ». Son meilleur chrono, il le signe en 1985 : 1 heure 30 minutes et 56 secondes. « J’ai parfois été un peu malade ou blessé peu avant la course mais le ciel aurait pu me tomber sur la tête, je n’aurais jamais manqué un départ ».

Près de 30 ans plus tard, René Pairon s’entraîne encore plusieurs fois par semaine. S’il garde une affection marquée pour le marathon, « distance mythique. Je ne dirais pas que je serais incapable d’en refaire un mais, à mon âge, il ne faut pas forcer la nature », l’homme estime que les 20 km sont pour lui aujourd’hui, la distance idéale. « J’espère boucler la course en 3h15, dit-il. Dans les descentes, je cours mais dans les montées, je marche mais c’est déjà pas si mal. Le principal, c’est d’arriver ».

Et pour cela, foin de gadgets technologiques mais une méthode bien rodée : un mental de feu pas près de prendre une ride. « On court avec ses jambes, on respire avec ses poumons mais on arrive avec sa tête ».

 

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