L’affaire Bygmalion plombe Sarkozy

L’enquête va compliquer son retour

Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 3 min

Il faut «  réagir et positiver ». La formule est signée Alain Juppé. Au sein d’une UMP terrassée par les affaires, l’ancien Premier ministre est bien l’un des rares, avec François Fillon, à pouvoir céder à la méthode Coué. Et pour cause : la tornade Bygmalion qui secoue la droite l’érige chaque jour un peu plus en sauveur d’un parti en lambeaux. Du jamais vu : au nom des militants, deux députés viennent même de porter plainte contre X pour chercher à connaître les étranges circuits de financement de l’UMP. La probabilité d’un retour en triomphe de Nicolas Sarkozy s’éloigne de plus en plus…

Ces derniers jours, les révélations se sont brusquement accélérées. Jérôme Lavrilleux, ancien bras droit de Jean-François Copé et directeur adjoint de la dernière campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy a été longuement entendu mardi en garde à vue. Et il est passé à table. L’homme épargne son patron de toujours, celui auquel il sacrifiait jusqu’ici toute sa vie : Jean-François Copé. Mais il accable en revanche les proches de Nicolas Sarkozy. Jérôme Lavrilleux a détaillé le système de fausses factures mis en place entre la société Bygmalion et l’UMP pour masquer le dépassement des comptes de campagne du candidat. Après la victoire de François Hollande, l’équipe défaite se serait retrouvée pour mesurer l’étendue des dégâts. Les compteurs avaient explosé : les coûts réels engendrés par la campagne auraient atteint 39 millions, près du double du plafond autorisé (22,5 millions d’euros). Décision aurait alors été prise de mettre en place un système de fausses factures, en minorant le coût des meetings et en inventant d’autres prestations pour justifier le reste des dépenses.

Qui savait ? À en croire Jérôme Lavrilleux, Guillaume Lambert, le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, et Éric Césari, directeur général de l’UMP et très proche de l’ancien Président, étaient notamment présents à la réunion où le système a été imaginé. Mais les intéressés nient. Et Nicolas Sarkozy ? Pouvait-il ignorer le système mis en place ? Un SMS vient d’être exhumé. Jérôme Lavrilleux écrit à son supérieur Guillaume Lambert : «  Nous n’avons plus d’argent. JFC en a parlé au PR. » Un texto qui mouillerait à la fois Jean-François Copé et le « PR », c’est-à-dire l’ex-Président de la république.

Poussé à la démission, Jean-François Copé a quitté la présidence du parti en début de semaine pour y être remplacé par le triumvirat Juppé-Fillon-Raffarin, en attendant la préparation du congrès de l’automne. Jean-François Copé nie farouchement avoir été au courant ou a fortiori à l’initiative du système de fausses factures. Mais au sein de l’UMP, certains s’étonnent de voir sa créature, Jérôme Lavrilleux, mouiller avec tant de zèle les sarkozistes. Le clan Copé aurait-il lui-même des choses à cacher derrière un puissant écran de fumée ? À l’UMP, transformée en panier de crabes, des langues se délient. Des proches de François Fillon laissent entendre que la fraude n’avait peut-être pas pour seul but un financement politique occulte. Autrement dit, qu’il a pu y avoir enrichissement personnel…

La campagne qui précédera le congrès de l’automne promet d’être assassine. Nicolas Sarkozy ne pourra plus se contenter d’envoyer des petits signes comme autant de cartes postales ou de faire parler ses proches pour s’adresser aux militants. « Son retour est désormais impossible » avertit le fillonniste Bernard Debré. S’il veut encore croire à sa chance de disputer la prochaine course présidentielle, l’ancien Président va en tout cas devoir, tôt ou tard, livrer sa version des faits.

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