Etienne Daho, jeune homme moderne

D aho, c’est le premier qui a réussi à s’extirper du poids de Gainsbourg et des grands anciens et à faire une musique qui pouvait rivaliser avec la musique anglo-saxonne, à être aussi cool tout en chantant en français… C'est admirable.» Le compliment vient de Sébastien Tellier et définit bien la place centrale qu'a pris Etienne Daho dans le paysage musical français aujourd'hui. Avant lui, la variété dominait l'espace culturel. Avec lui, la chanson française devient pop et moderne. French pop. La synthèse, en quelques sortes, de David Bowie et Françoise Hardy.

Sûr, il n'était pas le seul à brandir ce nouveau drapeau. Fin 70-début 80, la France surfe sur la vague synthétique et post-punk qui déferle outre-Manche. Nombre de groupes se forment et commencent à tenter une autre chanson française à coups de synthés, d'hédonisme et de naïveté pop. On les appelle les jeunes gens mödernes. Il s'agit des Stinky Toys, le Taxi Girl de Daniel Darc, les Rita Mitsouko... Le phénomène se passe aussi en province, et notamment à Rennes sous la houlette d'un groupe (Marquis de Sade) et d'un festival: les Transmusicales. C'est là, le 18 décembre 1980, qu' Etienne Daho fait ses premiers pas sur scène.

Aujourd'hui, Daho est un des seuls survivants de cette génération möderne. Un des seuls aussi, avec les Rita, à avoir connu un réel et durable succès. Un succès entamé avec «Le Grand Sommeil» en 1983 («Il nous a sauvés, c'est grâce à lui qu'on a pu faire le deuxième album»), puis La Notte La Notte, «Week-end à Rome», «Tombés pour la France», Pop Satori, «Bleu comme toi», Paris Ailleurs... Pendant près de dix ans, des tubes, rien que des tubes. La France et la Belgique sont éprises de Dahomania.

Mais loin d'être une simple machine à tubes qui ressasse la même formule, Etienne Daho est avant tout un fan. A l'instar d'un David Bowie, il est curieux des nouveaux sons, des nouvelles modes, il voyage, s'installe à Lisbonne, Ibiza, Londres ou New York et quand il revient en 1996 avec Eden, album aux sonorités franchement electro, c'est la douche froide. Son public ne suit pas, ne comprend pas. C'est pourtant l'album dont il est le plus fier. «J'avais la sensation d'être dans un malentendu médiatique et public. Et puis un jour, on ne sait pas du tout comment, on s'en détache».

En 2014, Etienne Daho est le parrain d'une nouvelle scène pop made in France qui se réclame de lui. Les Lescop, La Femme, Aline, Lou Doillon dont il a produit le disque ou François & The Atlas Mountain,... tous se sont retrouvés à ses côtés le 8 juillet lors d'un concert à Paris pour entériner ce statut. « Ça me réjouit. C'est de la transmission. Je me sens très à l'aise avec cette génération. Ils ont capté l'artiste et l'homme que je suis». A bientôt 60 ans, Etienne Daho est toujours tourné vers l'avenir, toujours jeune homme. L'innocence retrouvée, comme le proclame le titre de son dernier (et excellent) album.

Etienne Daho en concert ces 30 et 31 octobre au Forum à Liège (il reste quelques places. Info et résa: www.leforum.be/) et au Cirque Royal de Bruxelles (complet).