Aung San Suu Kyi, étoile légèrement ternie

Icône d’un peuple, la lauréate du Nobel de la Paix dirige l’opposition birmane. Mais certains lui reprochent de ne pas assez s’engager sur des causes impopulaires.

Temps de lecture: 4 min

Ce vendredi, le président Barack Obama doit retrouver à Rangoon Aung San Suu Kyi, deux ans après une première rencontre riche en émotions. En novembre 2012, The Lady, comme l’appellent ses compatriotes, avait pu savourer avec le président américain sa liberté retrouvée et sa récente élection comme députée dans une Birmanie en pleine transition vers la démocratie.

Alors que des dictatures militaires occupaient le pouvoir depuis 1962, la junte décida en effet en 2011 de remettre le pouvoir à un ex-militaire, l’ancien général Thein Sein. Aung San Suu Kyi, qui avait passé 20 ans en résidence surveillée, put enfin endosser la fonction de chef de l’opposition avec son parti, la Ligue nationale pour la démocratie.

Icône pour son peuple

Depuis, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 reste une icône pour son peuple et pour le reste du monde, mais son prestige moral est légèrement terni. Elle qui s’était si vaillamment battue sous la dictature pour le droit de son peuple à la liberté et à la démocratie reste étrangement silencieuse sur une série de sujets délicats. Le plus grave est celui des Rohingyas, une minorité musulmane particulièrement maltraitée par le pouvoir birman mais aussi par une frange de la population hindouiste.

En avril 2013, Human Rights Watch accusait le pouvoir birman d’avoir organisé des provocations et des opérations de nettoyage ethnique contre les musulmans. Alors que les défenseurs des droits humains espéraient voir la madone birmane prendra la défense de ce peuple opprimé, elle s’est contentée de dire qu’elle « condamne entièrement la violence mais il ne faut pas oublier que des actes de violence ont été commis par les deux côtés. Voilà pourquoi je ne veux pas prendre parti et que je veux œuvrer pour la réconciliation entre les deux communautés ».

Une autorité morale

Pour John Sifton (@Johnsifton) de Human Rights Watch, «  elle a une autorité morale, elle a l’autorité d’un prix Nobel de la paix, mais elle a échoué à l’exercer ». Est-ce parce que, comme nombre de ses compatriotes, elle éprouve des sentiments hostiles envers cette minorité musulmane ? Difficile à croire. Est-ce alors parce qu’elle craint de voir fondre sa popularité si elle se porte à leur secours ?

Comme présidente d’un panel chargé d’enquêter sur un conflit territorial opposant des paysans à une entreprise exploitant une mine de cuivre, Aung San Suu Kyi décida en mars 2013 de soutenir l’entreprise minière qui avait eu le soutien de la junte. Les habitants protestaient depuis longtemps contre l’impact de cette mine, notamment la destruction de villages et la pollution des champs, et furent durement réprimés par la police.

Et lorsque des groupes de femmes, menacées par des ultra-nationalistes et des moines bouddhistes lui demandèrent de l’aide à propos d’un projet de loi visant à interdire les mriages inter-religieux, elle leur conseilla d’aller à la police…

Aung San Suu Kyi semble donc vouloir rester au-dessus de la mêlée, en perspective des élections législatives qui auront lieu dans un an et qui doivent déboucher sur l’élection par le parlement du nouveau chef de l’Etat. Aung San Suu Kyi, même si elle a partiellement déçu, semble la candidate la plus naturelle à cette fonction, mais un amendement de la Constitution, qui semble avoir été taillé sur mesure pour la contrer, interdit à tout Birman ayant épousé un étranger ou ayant des enfants d’une autre nationalité (ce qui est son cas) de devenir président.

Il y a deux semaines, le président Thein Sein avait rencontré Mme Suu Kyi et ils avaient convenu que le parlement allait étudier la question de cet amendement : une commission parlementaire doit présenter des recommandations en vue d’un éventuel changement de la Constitution. Si elles vont dans le sens de l’abolition de cet amendement, il faudra encore que 75 % des députés approuvent ce changement, alors que les militaires ont toujours 25 % des sièges du Parlement qui leur sont réservés. Ce n’est pas gagné…

@VKiesel

 

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