Pakistan: il faut libérer Asia Bibi

Asia Bibi, chrétienne pakistanaise, est aujourd’hui menacée d’être mise à mort par pendaison pour avoir « blasphémé ».

Temps de lecture: 3 min

La charia – ou, plus exactement, l’insensée et obscurantiste instrumentalisation politico-idéologique qu’en font aujourd’hui les fondamentalistes coraniques – frappe encore, ces jours-ci, en ces pays islamistes où nul discours critique, concernant le prophète Mahomet, n’est toléré, sous peine de mort.

Cette théocratie d’un autre âge a notamment pour nom, aujourd’hui, le Pakistan, dont les autorités politiques et religieuses viennent de confirmer, ce 16 octobre 2014, la condamnation à la pendaison d’Asia Bibi, une chrétienne âgée de 43 ans et mère de cinq enfants. La cause de cet intolérable châtiment, cette rétrograde exécution ? Une tout aussi absurde et moyenâgeuse accusation de blasphème : avoir relativisé, en public, les actions de Mahomet en comparaison du sacrifice de Jésus ! Cela se passa, selon des témoignages dont la plupart se sont en outre révélés faux a posteriori, en juin 2009.

Il y a cinq ans déjà, du reste, que je me bats, avec quelques rares amis intellectuels, pour la libération d’Asia Bibi, laquelle croupit dans une infecte et sordide prison de la province du Punjab, sans aide concrète ni soutien moral, depuis qu’elle s’est vue condamnée à la peine capitale, en novembre 2010, par un expéditif et très approximatif jugement rendu, de manière tout aussi sommaire par un tribunal de Sheikhupura. Un procès aussi révoltant qu’arbitraire !

Le mauvais esprit des lois

Entendons-nous : il ne s’agit aucunement de stigmatiser ici – j’insiste sur ce point capital pour la compréhension comme pour l’enjeu de cet important débat – la culture islamique, ni la foi musulmane, pour lesquelles j’éprouve, comme pour toute autre conviction religieuse, le plus grand respect, mais bien de dénoncer l’indue et abusive exploitation qu’en font, sous couvert d’autorité divine, ces anachroniques fondamentalistes.

Car cette trop littérale lecture de la charia, de la part de la frange la plus radicale de ses exégètes, n’est en fait, lorsqu’elle se voit appliquée de manière aussi stricte et aveugle, que le mauvais esprit des lois, pour paraphraser le titre d’un célèbre traité de Montesquieu, ce philosophe des « Lumières » dont la sage et docte intelligence, en ces temps de nouvel obscurantisme, nous manque tant.

Liberté de conscience

Davantage, c’est l’imprescriptible liberté de conscience, plus encore que les droits de l’homme et de la femme, qui est ici bafouée, sinon niée de la façon la plus scandaleuse qui soit : on ne peut brimer la liberté de pensée ; on ne peut bâillonner la liberté de parole !

Ainsi, en un tel contexte politique et face à de telles pratiques religieuses, indignes de toute civilisation moderne, demandons-nous instamment, le plus fermement du monde, que les victimes, dont Asia Bibi précisément, de cette honteuse exploitation de la charia soient immédiatement libérées.

La barbarie à visage religieux

C’est là, cette tolérance face à la diversité des croyances, l’un des principes cardinaux, que tout esprit authentiquement laïc (ce qui ne signifie pas nécessairement, la nuance conceptuelle s’avère là aussi essentielle, athée) souhaiterait universel, de toute véritable démocratie, sans laquelle il n’est point d’humanisme qui vaille, ni même peut-être, plus simplement encore, d’humanité.

La lettre, lorsqu’elle se transforme en dogme, se révèle bien souvent, en matière d’interprétation des saintes écritures comme de tous textes sacrés, la trahison de son esprit. C’est la barbarie à visage religieux : ce qui n’est certes pas là, pour un croyant, le moindre des paradoxes !

*Philosophe ; auteur de Oscar Wilde – Splendeur et misère d’un dandy (Editions de La Martinière) ; porte-parole, pour les pays francophones, du « Comité International contre la Peine de Mort et la Lapidation » («  One Law For All  »), dont le siège est à Londres.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
Sur le même sujet La Une Le fil info Partager

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une