«La 3D, c’est de l’économie circulaire appliquée à l’alimentaire»

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Le Pr Eric Haubruge, premier vice-recteur de l’Université de Liège, promeut les innovations technologiques, imprimante 3D en tête, pour façonner l’alimentation de demain. Il est l’une des chevilles ouvrières du « Smart Gastronomy Lab », un laboratoire hybride servant d’incubateur aux inventions alimentaires. Pour ce faire, trois mondes différents y seront en interaction : l’informatique, la gastronomie et la recherche scientifique.

En envisageant l’aliment comme un ensemble d’ingrédients séparables les uns des autres, l’impression 3D permettra-t-elle de lutter contre le gaspillage alimentaire ?

Dans ce concept novateur, un déchet de nourriture, ce n’est pas quelque chose qu’on jette, mais quelque chose qu’on réutilise. Le déchet devient une matière première. On pourra en refaire soi-même des matrices alimentaires qui seront réintégrées d’une manière différente dans d’autres aliments que l’on imprimera en 3D à la maison. Pour certains produits, il sera nécessaire d’emprunter des voies croisées, comme passer par le cycle alimentaire de l’animal ou un bioraffineur, pour récupérer le déchet. En fait, l’impression 3D, c’est de l’économie circulaire appliquée à l’alimentaire. Alors que la NASA est pionnière dans ce domaine pour ses missions spatiales, l’explosion de l’utilisation de la technologie 3D auprès des citoyens dépendra de la diversité des matrices alimentaires que l’on pourra utiliser. Dans l’état actuel de la recherche, l’accent est mis sur la pâtisserie.

Dans le futur, le citoyen sera-t-il dès lors le producteur de sa consommation ?

Grâce à l’émergence de l’impression 3D, le concept du consommateur-producteur va révolutionner le monde industriel et la société. En plus d’être à même de fabriquer des objets en les imprimant, il pourra façonner en 3D, et à la maison, un produit alimentaire raffiné au lieu d’aller l’acheter au supermarché. On va donc devenir des « makers » évoluant dans un schéma de proximité. Pour plus de fraîcheur, on optera pour des ingrédients de base produits près de chez soi, favorisant les circuits courts et limitant au maximum les transports ainsi que les émissions de gaz à effet de serre.

Ne risque-t-on pas de dénaturer la nourriture ?

Il faudra être vigilant, car l’aliment va être désacralisé. L’innovation conduira à une rupture radicale avec ce que l’on connaît. En façonnant une banane à l’allure de banane mais avec un goût de pomme, les codes seront perturbés. Mais il ne faut pas oublier que l’aliment, c’est avant tout un produit. Et l’impression 3D, en dissociant sa couleur, sa forme et son goût, c’est la créativité culinaire poussée à son maximum.

Propos recueillis par Laetitia Theunis

 

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