Kraftwerk en son et vision 3D

Depuis un moment, la musique s’écoute (aussi) avec les yeux. Et d’autant plus depuis l’avènement du tout numérique. Ainsi, chaque concert est-il devenu une expérience autant visuelle que sonore. C’est dans cette logique que Kraftwerk, ce groupe qui a passé toute sa carrière à annoncer le présent de demain, propose depuis quelques années maintenant, une série de concerts rétrospectifs en 3D.

Après quelques passages dans des lieux prestigieux comme le MoMa de New York, la Tate Modern Gallery de Londres ou encore le tout nouvel espace Louis Vuitton à Paris, le train Kraftwerk s’arrêtait ce mois de janvier au Paradiso d’Amsterdam, ancienne église transformée en lieu culturel dans les années 60. L’idée est de présenter l’entièreté d’un album du groupe (suivi d’un best of) accompagné d’un visuel qui lui est attaché en 3D.

« Depuis nos débuts, nous avons cette vision de notre musique comme un environnement électronique tridimensionnel, expliquait Ralf Hütter à Mojo en 2009. Notre musique a toujours été très visuelle et désormais, la technologie rend cette vision possible en concert ».

Moins révolutionnaire qu’il n’y paraît, s’inscrivant plutôt dans la continuité des travaux du groupe, l’expérience n’en est pas moins riche pour les sens. On assiste à une sorte de relecture XXIe siècle du catalogue classique de Kraftwerk, un peu comme pour un film rénové. Moins futuriste (comme peuvent l’être les concerts de Massive Attack avec leur écran géant de données en direct) que rétro-futuriste, donc, mais au charme et à la pertinence indéniables. Ce qui est aussi et surtout dû au fait que les albums/concepts du groupe n’ont pas pris une ride.

L’autoroute, la radioactivité, l’Europe en train, la cybernétique, l’informatique ou encore… le Tour de France. Voilà pour les concepts. C’est l’album Radioactivity de 1975 qui fut notre marotte de la soirée – sa chanson éponyme citant les catastrophes de Tchernobyl ou Fukushima, ses sonorités froides annonciatrices de la cold wave à venir ainsi que les albums berlinois de David Bowie. Le visuel accompagne joliment l’affaire, mais c’est durant la partie best of (qui durera une heure et demie sur deux heures de concert) que la 3D fait des merveilles : durant le tube « Autobahn » où le public se retrouve dans une vieille Volkswagen, ou encore avec « Spacelab » où un satellite vient percuter le public avant qu’une soucoupe volante ne se pose devant le Paradiso… Des séquences qui libèrent les clameurs de la foule qui vit les choses de façon inédite.

Durant le rappel, les quatre Allemands statiques se font remplacer par leurs droïdes pour le bien nommé « The Robots ». Le concept de l’Homme-Machine qui traverse toute la discographie de Kraftwerk est alors à son comble et le spectacle est d’autant plus total.

Reste cette question : à l’heure où sont développés les hologrammes de chanteurs morts et alors que Hollywood ne jure plus que par la 3D, vient-on d’assister au futur des (gros) concerts ? Que cela devienne la norme, probablement pas, l’aspect technologique et futuriste restant une pure kraftwerkerie. Reste que des séquences en 3D ne manqueront pas de s’inviter à l’un ou l’autre show. Et ceux-là sauront, n’en doutons pas, prendre en compte la leçon que donne Kraftwerk et qui fait de ce show multimédia une réussite : le visuel et la 3D permettent de mettre la musique en évidence mais sans jamais prendre le dessus. L’image a beau être forte, le son reste le matériau premier. Tel était le sens du dernier titre avant que le groupe ne quitte la scène : Music Non Stop.