Les regrets

Temps de lecture: 3 min

« Le mot frustration ne suffit pas »

Partez-vous avec des regrets personnels par rapport à vos objectifs ?

Je pars très heureuse des rapports établis avec les partenaires politiques avec lesquels j’ai travaillé, pas tous car je n’ai pas eu que des amis parmi eux. Je pars très heureuse des relations établies avec les sociétés civiles en Europe, où j’ai été témoin de l’apport extraordinaire du mouvement de solidarité et des réseaux associatifs, ainsi que les élus parlementaires et les collectivités locales. Je suis très fière des rapports établis avec les militants juifs en Belgique, au Luxembourg et en France. Mais je garde une profonde déception, et surtout une profonde douleur : durant ces 25 ans, au lieu de voir le sort de mon peuple s’améliorer, je constate que sa situation est plus tragique que jamais et que la dignité à laquelle il a droit, la souveraineté à laquelle il aspire, s’éloignent. La situation la plus tragique est sûrement celle de la population de Gaza, toujours assiégée, affamée, abandonnée à son sort après trois guerres criminelles en sept ans, menées par l’armée israélienne. La population à Jérusalem-Est, elle, est prise en étau par les colonies israéliennes à l’est de la ville et un mur haut de neuf mètres. La Cisjordanie est toujours séparée en territoires A, B et C, 16 ans après la date de 1999 où les accords d’Oslo prévoyaient la fin de la période intérimaire (et nous aurions pu alors déclarer notre Etat), et qui ressemble à une série de ghettos. Des réfugiés dans les camps du Liban et de la Syrie qui préfèrent se jeter à la mer plutôt que de vivre comme des apatrides… Alors, les mots frustration, déception ou regret ne suffisent pas. Je pars avec un sentiment de douleur et de colère. De douleur parce que je partage le sort de mon peuple. Un sentiment de colère parce que mon peuple a droit, comme tous les peuples du monde, à être protégé par le droit international d’après les Conventions de Genève. En réalité, nous n’avons pas besoin de nouvelles résolutions, toutes les résolutions existent déjà. Tout le monde connaît la solution, mais personne n’a le courage de la mettre en œuvre. C’est celle de deux Etats vivant côte à côte, et c’est nous qui l’avons proposée à Israël et pas l’inverse. La reconnaissance de l’Etat palestinien est un droit pour nous et un devoir pour la communauté internationale, parce qu’il protégera le territoire de la colonisation galopante qui est en train de détruire la solution des deux Etats, et protégera la population civile des violations militaires israéliennes quotidiennes. L’Histoire jugera le courage ou la lâcheté de la communauté internationale. Pour ma part, je vais m’investir dans des actions qui peuvent contribuer, avec mes compatriotes et leurs amis dans le monde, à renforcer la résilience, la créativité, l’humanisme et la vitalité extraordinaires de la société civile palestinienne. Je suis persuadée que mon peuple a assez de ressources et de foi dans la vie pour triompher un jour ; mais je serais moins en colère et moins peinée si je savais qu’il sera soutenu dans cette tâche immense.

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