Oser la philosophie dans le cours de citoyenneté

Les chefs des cinq départements de philosophie des grandes universités francophones font une proposition concrète pour les cinquième et sixième secondaires.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

Et si on consacrait entièrement le cours de citoyenneté à la philosophie, à tout le moins dans le troisième degré, en cinquième et en sixième secondaire ? C’est, en substance, l’idée que lancent les chefs des cinq départements de philosophie de la Fédération Wallonie-Bruxelles (UCL, ULB, ULg, UNamur, USaint-Louis). Ces universitaires se sont réunis de leur propre initiative, non pas pour se positionner dans le débat de l’avenir des cours philosophiques, mais pour avancer une proposition concrète dans le cadre du futur cours de citoyenneté. Dans le réseau de la Communauté française, des communes et des provinces, ce dernier sera mis en place dans les écoles primaires dès 2016, en secondaire dès 2017.

« L’idée serait d’instaurer un cours de “philosophie et citoyenneté” dans le troisième degré, soit en cinquième et en sixième secondaire », explique Laurence Bouquiaux (ULg). Idéalement, les professeurs l’imaginent à une fréquence de deux heures par semaine.

Qui donnerait ce cours ? En priorité, des diplômés en philosophie – ce que sont de nombreux enseignants de morale, pour qui le master en philo est un titre requis. Mais la volonté du gouvernement de la Communauté française (PS-CDH) est de s’adapter à l’avis de la Cour constitutionnelle sans engendrer de pertes d’emploi. Les chefs des départements s’engagent, pour cela, à organiser une formation universitaire. « Les modalités de cette formation ne pourront être précisées que lorsque nous connaîtrons le nombre de personnes concernées, poursuit Laurence Bouquiaux. Mais nous pourrions travailler sur la valorisation des acquis de l’expérience, accorder des dispenses selon le parcours des enseignants. »

« Nous avons hérité d’Aristote par les Arabes »

L’initiative est intéressante car elle regroupe des universitaires au-delà des différences idéologiques. Preuve de leur motivation, les philosophes ont d’ores et déjà planché sur un programme (référentiel de compétences). Lorsqu’ils ont rencontré la ministre de l’Education Joëlle Milquet début juin, celle-ci a manifesté, selon leurs dires, de l’intérêt pour l’initiative et les a invités à être partie prenante du groupe de travail chargé d’élaborer le contenu du cours.

Une telle disposition ne transformerait-elle pas la nature du cours de citoyenneté tel qu’envisagé jusqu’ici ? Dans la note rédigée par Didier Viviers et Philippe Van Parijs dans le cadre du Pacte d’excellence, le cours de citoyenneté brasse de nombreuses thématiques (citoyenneté politique, économique, respect, solidarité, civilité…). Réponse des philosophes : « Ce cours ne se ferait pas à l’exclusion des autres matières. La philosophie ne porte pas sur un objet défini, c’est d’abord une méthode pratique. La philosophie permet d’aborder et de débattre sur différents sujets actuels, des sciences à l’économie, en passant par la politique. »

Dans le débat des cours philosophiques, c’est surtout l’idée de séparer les élèves qui a agité les débats, surtout dans le contexte post-Charlie Hebdo. Pour les philosophes, le cours apprendra aux élèves « à se situer dans la philosophie occidentale issue de l’Antiquité grecque, sans négliger la philosophie juive et islamique ». « On oublie que nous avons hérité d’Aristote via les Arabes, qui l’ont traduit », conclut Sophie Klimis (USaint-Louis).

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