Il y a vingt ans dans le journal «Le Soir» : «La rupture historique de Chirac»

Le président français a obtenu, dimanche, l'assentiment général de la communauté juive de France.

Temps de lecture: 3 min

Les réactions aux déclarations du président Chirac sur la responsabilité de «l'État» français dans la déportation des Juifs - singulièrement dans l'affaire de la rafle du Vel'd'Hiv', en juillet 1942 - sont nombreuses et, dans l'ensemble, positives.

Jamais un chef d'État français, de la Libération à aujourd'hui, n'avait reconnu clairement, comme Jacques Chirac vient de le faire, dimanche, cette «faute collective» commise envers les Juifs. De Gaulle - en août 1944 - tenait (par ordonnance) pour nul et non avenu tout ce qui avait été fait, dès juillet 1940, sur le plan constitutionnel (1) : le régime de Vichy fut une «autorité de fait», c'est tout.

Ses successeurs, à la tête de l'État, eux, sous la IVe et la Ve République, s'étaient bien gardés de toucher au tabou gaullien. Moins on parlait de Vichy, mieux c'était. François Mitterrand, pressé de «faire un geste», en 1992, pour la célébration du 50e anniversaire de la rafle nazie (exécutée par 4.500 policiers parisiens, avec fourgons de la préfecture et autobus réquisitionnés !), s'était toujours refusé à envisager la responsabilité de la France, de l'État français dans la déportation des Juifs. Il tenait le régime de Vichy pour «une parenthèse».

Le même président Mitterrand était à l'origine de la journée commémorative nationale, en mémoire de la rafle de 1942. Mais il avait dit : Je ne ferai pas d'excuses au nom de la France. La République n'a rien à voir avec ça (...). L'État français, celui de Vichy, n'était pas la République (...). Ne demandez pas des comptes à la République, elle a fait ce qu'elle devait faire... Et il avait fait déposer une gerbe, au mois de novembre suivant, sur la tombe du maréchal Pétain, comme chaque année, déclenchant une polémique qui aboutit à l'arrêt de ce dépôt de fleurs, le 11 novembre.

Puis, ce furent ses propos étranges sur Vichy, l'évocation du passé du jeune Mitterrand, enfin les révélations sur diverses amitiés tardives dont celle avec Réné Bousquet, un des grands organisateurs de la rafle du Vel'd'Hiv'...

Au tabou gaullien et aux ambiguïtés mitterrandiennes, Jacques Chirac a opposé : la folie criminelle de l'occupant (qui) a été secondée par des Français, par l'État français, suscitant l'assentiment général de la communauté juive de France qui attendait depuis longtemps un pareil geste. Et, bien au-delà, de l'opinion publique française dans sa quasi-totalité. C'est le grand rabbin de France s'écriant : Le président Chirac a été clair et précis, à la fois sur les devoirs de mémoire et sur les devoirs de responsabilité de la France.

C'est le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, M. Hadjenberg, qui estime : C'est un tournant, car c'est la fin de l'occultation des responsabilités de l'État français. C'est enfin regarder la vérité en face.... Même satisfaction chez Me Klarsfeld, président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France (qui souligne que Chirac est d'une autre génération et n'a pas connu le parcours de Mitterrand). Satisfaction partagée jusqu'en Israël, comme on a pu l'apprendre, lundi.

Mais des bémols toutefois, en France, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, à l'extrême droite. Également, et c'est plus surprenant, au Parti socialiste. Ainsi, Jack Lang, ex-ministre de la Culture, a repris telle quelle la thèse défendue par l'ancien président de la République. Un point de vue résumé en une formule frappante : Ce n'est pas à la République de présenter ses excuses au nom de ceux qui ont assassiné la République, par un porte-parole du PS, Claude Bartolone.

(article paru le 18 juillet 1995)

 

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