Rio part à la chasse aux «éléphants blancs»

Temps de lecture: 4 min

A un an des Jeux de Rio, c’est travaux à tous les étages dans la mégalopole brésilienne. Pour l’instant, le grand rendez-vous sportif de l’été 2016 signifie pour les Cariocas embouteillages, bruit et poussière dans plusieurs endroits de la ville. On construit une ligne de métro, une ligne de tram, des couloirs de bus, des installations sportives, et on rénove des quartiers. Demandez à un Carioca ce qu’il pense des futurs Jeux et, bien souvent, la réponse n’est guère enthousiasmante !

Il faut dire qu’après la Coupe du monde de football 2014, les habitants ont gardé un goût quelque peu amer de ces grands événements synonymes, pour eux, d’une note salée côté dépenses et de peu d’améliorations concrètes de leur quotidien.

Pourtant, pour ce nouveau rendez-vous, le Comité international olympique (CIO) comme la mairie de Rio promettent que le résultat sera bien différent. Sur toutes les ondes, les autorités répètent qu’il y aura « un vrai héritage des Jeux pour la ville » à commencer par les transports, une plaie dans la vie des habitants et la raison principale des manifestations historiques qui avaient bouleversé le pays au moment de la Coupe des confédérations, en 2013, qui représenteront une grosse part du budget.

La mairie a pris soin de diviser le budget Jeux en deux lignes : l’une dénommée « héritage » pour bien montrer les apports concrets de ces Jeux et l’autre considérée comme « opérationnel ». Rio, en déficit chronique côté transports publics, va donc améliorer son offre. Sauf que les vrais besoins ne sont pas du côté des installations olympiques mais au nord de la ville, là où la population est la plus dense et la moins bien lotie en termes d’infrastructures.

Pour Carlos Vanier, professeur d’Urbanisme à l’Université de Rio, « les autorités ont suivi une logique immobilière pour ces Jeux. Le sud de la ville qui concentre déjà la population privilégiée aura également le plus de services. C’est ainsi qu’ils ont attiré l’argent du privé ».

En effet, 60 % du budget de ces Jeux est fourni par l’initiative privée, essentiellement des entreprises de construction. La mairie l’a toujours présenté comme une excellente nouvelle pour les coffres publics, sauf qu’en échange de cette manne, la mairie a cédé les terrains les plus valorisés de la ville, qui vont devenir après les Jeux des ensembles immobiliers.

Cette logique a été reproduite dans le centre historique de la ville, où les Jeux sont présentés comme un « accélérateur pour réformer la ville ». Le vieux port de Rio fait peau neuve pour l’occasion mais connaît dans le même temps la plus importante privatisation de son histoire. La population pauvre qui habitait ces rues quelque peu délabrées fait place à un nouveau quartier d’affaires et de tourisme. Une copie de l’expérience de Barcelone selon le maire Eduardo Paes qui présente aussi cette transformation comme un « héritage des Jeux ». Il est certain que la ville de Rio ne sera plus la même dans un an ; un changement qui rappelle en effet les Jeux de 1992.

Flambée sociale

Selon une récente étude de deux sociologues, 36.000 personnes ont été délogées dans cette aventure et celle de la Coupe du monde. Pour ces familles, les grands événements sportifs ont un goût bien amer car la plupart ont été relogées bien loin, souvent à 50 km de leur habitation d’origine.

Ces bouleversements sociaux – à commencer par une augmentation vertigineuse du coût de la vie, en particulier pour les loyers – font redouter une flambée sociale comme le pays l’a connu lors la Coupe du monde. Une manifestation est bien prévue le 5 août prochain devant la mairie pour protester contre les Jeux mais les Cariocas redoutent désormais les manifestations. Lors du Mondial, la répression policière a touché beaucoup de jeunes et certains ont perdu en prison leur année universitaire.

Cependant, le CIO n’a pas la réputation désastreuse de la FIFA qui avait grandement attisé la colère de la population. Reste que l’économie brésilienne est en panne et que les revendications de la population depuis 2013, c’est-à-dire « des services de santé et de transports performants » n’ont toujours pas été satisfaites. D’où l’insistance des autorités à promettre qu’il n’y aura pas « d’éléphants blancs » avec ces Jeux. Les installations olympiques seront donc transformées après les Jeux. Même si beaucoup n’y croient guère…

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La UneLe fil info Partager

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une