Le nouveau plan d’aide de la Grèce?

Le parlement grec a adopté vendredi matin le troisième plan d’aide d’un montant de 85 milliards d’euros, après une nuit de débats, et ce majoritairement grâce aux voix de l’opposition. Ce vendredi après-midi, ça sera au tour de l’Eurogroupe de se réunir pour valider le programme d’assistance.

En quoi consiste ce nouveau plan d’aide ? Quelles différences avec ses deux prédécesseurs ? Quel est l’enjeu de l’Eurogroupe ? Roland Gillet, professeur de finances à la Sorbonne et à l’école de commerce Solvay a répondu à nos questions.

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Quelle est la différence entre ce troisième plan d’aide et les deux précédents ?

« Cette fois-ci, il s’agit avant tout d’une vision à plus long terme. Alors que les deux premiers plans d’aide ont enfoncé la Grèce dans l’austérité, le plan actuel a pour but prioritaire de relancer les investissements. L’Europe a aussi pris plus de précautions quant à la réalisation de réformes. Je pense par là aux réformes fiscales par exemple. La collecte d’impôts pose problème depuis de nombreuses années en Grèce. L’accord actuel prévoit de rectifier le tir. La part du PIB relative aux pensions est également beaucoup plus importante qu’elle ne l’est dans les autres pays d’Europe. Ce programme d’assistance, c’est donc un montant alloué contre l’imposition des réformes fiscales attendues. Je me dois d’ailleurs de rappeler que ce plan d’aide arrive sous forme de prêt, que les Grecs seront amenés à rembourser  ».

Ce plan d’aide sera-t-il le dernier ?

« Le plan qui a été adopté par le Parlement grec ce matin est déjà le troisième. Les doutes sont donc permis. Depuis des années, la Grèce paye des taux d’intérêt énormes sur la dette. À ce niveau-là, il y a de grandes disparités au niveau européen. L’Europe a clairement manqué de solidarité. À titre d’exemple, la Grèce se finançait à un taux de 7 % alors qu’il était de 2 % pour l’Allemagne. Uniquement les intérêts de la dette sont donc énormes. Pour que ce troisième plan d’aide réussisse, les autorités européennes devront aussi faire preuve d’un certain laxisme et de flexibilité envers la Grèce.  »

Quel est l’enjeu de l’Eurogroupe de ce vendredi ?

« Après les négociations entre Athènes et Bruxelles et l’adoption du nouveau plan d’aide par le Parlement grec, les ministres des finances européens vont se réunir pour donner leur accord au programme d’assistance. Le calendrier est serré. Le 20 août, la Grèce aura besoin des 83 milliards prévus par le plan pour rembourser 3,5 milliards d’euros à la Banque centrale européenne. Dans le cas contraire, elle se retrouverait une nouvelle fois en défaut de paiement. »

Pourquoi le Parlement grec est-il si divisé ?

« La situation du peuple grec est particulièrement étouffante depuis plusieurs années. Un tel contexte de fragilité sociale favorise les extrêmes. En Grèce par exemple, Syriza s’est développé à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Mais la majorité de Syriza est également très fragmentée. L’aile gauche du parti n’accepte par exemple pas qu’on impose des réformes à la Grèce. La majorité d’Alex Tsipras est en jeu. Des élections anticipées sont donc probables. »