Merci de protéger les migrants et… les actions de solidarité!

Le directeur général de Médecin du Monde interpelle Rudi Vervoort dans une carte blanche, après qu’une descente de police a visé une action de la plateforme citoyenne. « Etre efficace, c’est mettre ces personnes à l’abri et leur permettre de refaire un choix. »

Temps de lecture: 4 min

Médecins du Monde demande au Ministre-Président de la Région bruxelloise de s’engager à ce que les migrants nouvellement arrivés en Belgique sans demander l’asile soient orientés dignement, ne subissent plus de violence, et à que les actions de solidarité soient sanctuarisées.

Sans modifier la loi, et dans son strict respect, il est possible d’amener ce petit groupe de personnes à reprendre pied dans une trajectoire migratoire qui leur échappe et qui les exclut. Ils doivent être 400, à peine 2% du nombre annuel de demandeurs d’asile. Ils (ou elles, pour 15% d’entre eux) viennent des dictatures oubliées d’Afrique de l’Est. Ils ou elles ont moins de 35 ans (moins de 18 pour 17% d’entre eux). Contre eux se déchaîne un appareil sans tête. Le Ministre-Président peut permettre à chacun de retrouver ses esprits.

Un centre d’accueil et d’orientation

Nous renouvelons notre proposition de créer un Centre d’Accueil et d’Orientation qui permette de contrôler la situation et de protéger les migrants, les riverains et tous les autres citoyens impactés par la situation. Ce modèle a permis à la France de sortir de l’impasse de Calais.

C’est au Ministre-Président à prendre la main parce que le territoire bruxellois est impacté plus que tout autre. Espace public, gares, tunnels, polices locales, commerçants, riverains… tous ces acteurs urbains sont d’une manière ou d’une autre concernés par le devenir des migrants.

C’est au Ministre-Président à prendre la main parce qu’il a une fonction de rassembleur en mobilisant les acteurs locaux, régionaux et fédéraux. C’est son rôle d’entendre les appels des acteurs du territoire bruxellois, et de construire un accord au sein de son propre gouvernement dans le respect de la loi fédérale sur l’accès au territoire.

Le Ministre-Président doit prendre la main

C’est au Ministre-Président à prendre la main parce que le Secrétaire d’Etat fédéral refuse d’assumer sa compétence « Migrations » et s’enferme dans « l’Asile ». Les migrations sont des trajectoires et non des décisions administratives de demander ou non l’asile. L’Etat doit contrôler ces trajectoires et les accompagner dans le respect de la dignité humaine. La réponse actuelle ne poursuit qu’un seul objectif : faire disparaître ces personnes, via une expulsion, ou via leur éparpillement pour les rendre invisibles, ce qui ne règle en rien ni le nécessaire contrôle de la situation, ni l’indispensable protection des personnes.

C’est au Ministre-Président à prendre la main parce que doivent cohabiter des logiques humanitaires, policières et internationales. Les droits de l’homme, l’ordre public et les lois de séjour sur le territoire peuvent se marier sans heurts, sans que la police fasse ce que les policiers détestent faire : arrêter, enfermer, expulser sans que ce soit motivé par un comportement répréhensible.

Enrayer la criminalisation de la solidarité

Nous interpellons publiquement le Ministre-Président parce que, ces dernières semaines, il a su relayer les demandes de la Ville de Bruxelles et de la commune de Schaerbeek. Lui seul peut interroger le soutien unilatéral du Premier Ministre au Secrétaire d’Etat qui fait perdre à tous les acteurs locaux leur pouvoir d’agir et surtout leur pouvoir de trouver des solutions. Etre efficace, c’est arrêter de chasser les migrants et de les forcer à l’errance qu’on leur reproche par après. Etre efficace, c’est en finir de gesticuler avec des camions de police, des agents soudanais, des insultes au Maroc. Etre efficace, c’est mettre ces personnes à l’abri et leur permettre de refaire un choix.

Nous interpellons donc le Ministre-Président parce que lui seul peut aujourd’hui prendre l’initiative de créer un centre d’accueil et d’orientation, soit cet espace sanctuarisé où le droit humanitaire serait d’application, que ce soit en termes de gestion mais aussi en termes de protection. Lui seul peut ce faisant réactiver le principe d’humanité et enrayer la criminalisation de la solidarité.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
Sur le même sujet La UneLe fil info Partager

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une