Décès - Le comédien français, 84 ans, s'est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi, à Marrakech Jean Lefebvre, le dernier tonton flingué

Décès - Le comédien français, 84 ans, s'est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi, à Marrakech

Jean Lefebvre, le dernier tonton flingué

* A lui tout seul, Jean Lefebvre incarnait les années dorées du cinéma comique français. Le « cocker triste » s'était installé au Maroc, où il est décédé.

PHILIPPE MANCHE

Jean Lefebvre est mort ? Ah, ça me fait tout drôle, ça me rappelle mon enfance. Une réaction captée à chaud, ce vendredi matin, à la rédaction du « Soir », dès l'annonce du décès du comédien. Difficile de ne pas voir défiler des images de celui qui affichait une discrète mélancolie au fond de son regard de cocker triste.

Décédé à 84 ans, d'une crise cardiaque, dans la nuit de jeudi à vendredi, à Marrakech où il s'était installé avec son épouse, Jean Lefebvre aura marqué le cinéma comique français de son empreinte avec plus d'une centaine de films, et bien sûr, une volée de navets. Un ringard, oui. Mais de dimension colossale, écrivit un jour notre confrère Luc Honorez.

Son célèbre « J'ai glissé, chef », dans « La 7e compagnie », reste aussi immortel que la larme qui glisse le long de sa joue dans « Les tontons flingueurs », ou que la douane suisse qu'il franchit dans « Pas de problème ! », avec un cadavre dans le coffre de sa voiture dont il ignore l'existence et avec Miou-Miou nue à ses côtés afin de distraire les douaniers. C'est que l'acteur du « Fou du labo 4 » a marqué les esprits. Et, malgré son éternel sourire un peu benêt voire carrément de tête à claques, Jean Lefebvre a toujours suscité un énorme capital sympathie, plus auprès du public que de la critique - autant qu'il pouvait irriter ses détracteurs, qui ne le trouvaient même pas drôle.

Il était né le 3 octobre 1919, à Valenciennes, d'un couple de pharmaciens. Ses parents, dingues d'opéra et de bel canto, souhaitaient lui faire embrasser une carrière de chanteur lyrique. Le petit Jean, lui, ne rêvait que de planches, mais de planches de théâtre.

Le rire, Jean Lefebvre l'a d'abord utilisé pour se protéger, et surtout, s'intégrer socialement. J'ai attrapé la poliomyélite à l'âge de 13 mois, expliquait-il. Et je n'ai pu marcher normalement qu'à 13 ans. Tout ce temps, à l'école, j'ai essuyé les quolibets des copains. Et d'ajouter : Je savais faire rire, je ne sais pas pourquoi. C'est comme ça : un don. On est doué ou pas. Je m'en suis servi pour ne pas être rejeté par les amis. Ça m'a permis de tenir.

Repéré par le célèbre professeur d'art dramatique René Simon lors d'une représentation de « La damnation de Faust » où le futur comédien chantait, et bien qu'à l'affiche des « Diaboliques » de Clouzot, Jean Lefebvre s'est surtout illustré dans de solides nanards. J'ai tourné pas mal de navets, je l'admets, concédait-il. Mais quel acteur peut se vanter de pouvoir toujours choisir ce qu'il a envie de faire ?

Ceci étant dit, le comédien - il était l'un des poids lourds du théâtre de boulevard - a aussi fait autre chose que les séries des « Gendarmes » et de « La 7e compagnie » - qui renvoient effectivement à des souvenirs, le soir au coin du feu, vissé devant une télé en noir et blanc. En 1963, Georges Lautner lui offre ce qui restera sans doute comme un des rôles de sa vie, aux côtés de Lino Ventura, Bernard Blier ou Francis Blanche dans le désormais cultissime « Les tontons flingueurs ».

Séducteur invétéré (il a été marié à quatre reprises et on lui prête plus de 400 conquêtes), Jean Lefebvre avait également la passion du jeu et de la vitesse, au point qu'il fut une fois flashé à 209 km/h.

La vie - pour tout le monde, pour vous comme pour moi - est faite de gens qui jalonnent l'espace et le temps, a déclaré son ami Gérard Oury. Je ne peux rien dire sinon ma tristesse, a ajouté le réalisateur de « La folie des grandeurs ». Un sentiment partagé par son camarade Michel Galabru, pour qui Jean était un grand.·