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DES MILLIARDS SONT PARTIS EN FUMEE,COOPERATION: DES CATHEDRALES DANS LE DESERT

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 4 min

Des milliards sont partis en fumée

Coopération :

des cathédrales dans le désert

Une usine de dessalement de l'eau de mer au Cap-Vert qui n'a jamais fonctionné, un hôpital clé sur porte à Yaoundé, copie conforme de l'hôpital Érasme à Anderlecht, que les Camerounais n'ont pas les moyens de faire fonctionner, des cliniques mobiles Modulmed livrées à l'Éthiopie, au Bénin et au Kenya, des machines-outils en Indonésie, dépassées par la technologie sud-coréenne avant même d'être arrivées à destination, une usine de soya au Kenya, livrée clé sur porte dans un pays où ne pousse pas de soya, une usine de verre en Tanzanie, dans une région où il n'y a ni sable ni eau, le barrage de Mobayi au Zaïre, garanti par l'Office belge du Ducroire et construit par les Acec, dont une seule turbine tourne aujourd'hui, uniquement quand le président Mobutu séjourne dans sa propriété de Gbadolite : au cours des années, des milliards de FB, attribués à la Coopération au développement, se sont évanouis dans des projets inutiles ou douteux, ces trop fameux « éléphants blancs» qui alourdissent aujourd'hui la dette africaine.

La description qu'apporte le quotidien «De Morgen» de ces cathédrales dans le désert est édifiante. Mais ce qui surprend, c'est la soudaine juxtaposition des erreurs, des petits et grands scandales, qui démontre qu'au fil des années, ce sont des dizaines de milliards de notre aide théoriquement destinée au tiers monde qui sont discrètement partis en fumée.

En Belgique, la Coopération au développement a toujours été étroitement liée au Commerce extérieur et bon nombre de projets ont été «inspirés» par des entreprises qui espéraient bénéficier des contrats. La série d'articles du «Morgen» a déjà provoqué des remous : l'administrateur de l'Administration générale de la Coopération au développement, Roger Leenaerts (CVP), a été suspendu, remplacé provisoirement par Mme Sonia Gerloo (SP), le directeur de la cellule anti-fraude (OSI) a démissionné, car le secrétaire d'État à la Coopération au développement, Reginald Moreels, ne souhaitait pas qu'il enquête plus avant à propos de l'usine de dessalement au Cap-Vert. M. Antoine Saintraint (PSC), aujourd'hui retraité après avoir été administrateur général de l'AGCD, affirme qu'au cours des vingt dernières années, on a gaspillé des dizaines de milliards d'aide destinée au tiers monde. M. Saintraint a transmis au Comité supérieur de contrôle une liste de dossiers d'aide au développement qui, selon lui, représentent des gaspillages à grande échelle. Il estime que les temps sont mûrs pour mettre sur pied une Commission d'enquête parlementaire, et ajoute qu'il y aura tellement de saleté qui reviendra à la surface qu'après une seule séance, ils souhaiteront n'avoir jamais commencé. Je peux vous assurer que ce ne sera pas agréable pour le CVP.

LA COUR DES COMPTES

A ÉTÉ SOLLICITÉE

Selon M. Saintraint, le dossier de l'usine du Cap-Vert est l'un des plus délicats et toute la machine du CVP s'est mise en branle. Pour M. Saintraint, Reginald Moreels, l'actuel secrétaire d'État à la Coopération, est un homme de bonne volonté, mais il serait mal entouré. Bert Anciaux, pour la Volks-unie, a demandé à M. Moreels de mettre sur pied une commission d'enquête indépendante, afin de faire la lumière sur trois décennies de projets voués à l'échec, et la Cour des comptes a été sollicitée par la commission des Affaires étrangères de la Chambre pour enquêter sur les éventuels gaspillages.

En réalité, une véritable enquête, si elle devait jamais être menée, éclabousserait pratiquement toutes les formations politiques, tant en Belgique était étroite l'interaction entre le monde des affaires et celui de la coopération : M. Geens (VU), lorsqu'il occupait le poste de M. Moreels, ne signa-t-il pas de mirifiques contrats en Indonésie ? Un véritable audit mettrait en évidence les comportements de tous les partis, du Nord et du Sud, puisqu'en trente ans, le secrétariat d'État à la Coopération, avec un budget de 14 ou 15 milliards, n'a jamais été un ministère à part entière, n'a jamais été considéré par ses titulaires que comme un strapontin avant d'autres fonctions et a toujours été prié de se soumettre aux sacro-saints impératifs du Commerce extérieur...

COLETTE BRAECKMAN

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