Deux Belges couronnées aux Césars: Natacha Régnier, meilleur espoir féminin, et Véronique Lange, meilleur montage Erick Zonca et «La vie rêvée des anges» aux anges Un beau César d'espoir pour Natacha Régnier Palmarès des 24 e s Césars

Deux Belges couronnées aux Césars: Natacha Régnier, meilleur espoir féminin, et Véronique Lange, meilleur montage Erick Zonca et «La vie rêvée des anges» aux anges

Pas de grande émotion, ni de gros coups de gueule. Aucune larme, à peine quelques gorges serrées (celle de Patrice Chéreau et de Natacha Régnier) et un rire secoué de bonheur (celui d'Elodie Bouchez). La 24 e cérémonie des Césars a rendu ses trophées et de sages «standing ovation» (aux Césars d'honneur de Jean Rochefort, Pedro Almodovar et Johnny Depp) dans une ambiance molle, insipide, à peine émoussée par le babillage névrotiquement drôle de Jamel et le verbiage «côtelettien» de Bertrand Blier. Même Michel Serrault, dont on connaît la faculté à déjanter les atmosphères les plus guindées, était en bémol. Quant à Antoine de Caunes, présentateur de la soirée qui avait pourtant juré qu'il n'en serait plus, il nous la joua politiquement trop correcte. A croire que tous ces professionnels de la profession n'attendaient qu'une chose: en finir pour aller déguster ensemble le sorbet en tulipe du Fouquet's.

Après une ouverture lyrique de la présidente Isabelle Huppert et une amusante circonvolution verbale de Rochefort autour de son César d'honneur, la seule grande surprise de cette dernière cérémonie du siècle fut le César de la meilleure actrice. On attendait Catherine Deneuve, la grande d'aujourd'hui, déjà primée à Venise pour «Place Vendôme», et on vit arriver Elodie Bouchez, une grande de demain, déjà primée à Cannes et Londres pour «La vie rêvée des anges». On est déçu pour la reine Catherine qui, devant la caméra de Nicole Garcia, remit son image en jeu et offrit jusqu'à l'intime ses fragilités et ses failles à ce beau personnage de femme brisée et alcoolique. De plus, avec les sorties prochaines du «Vent de la nuit», de Garrel, de «Belle-maman», de Gabriel Aghion, de «Pola X», de Carax, du «Temps retrouvé», de Ruiz, et de «Est-Ouest», de Régis Wargnier, l'actrice confirme qu'elle ne s'est pas figée en statue symbolique mais reste de chair, de rire et d'émotion.

Mais on est heureux pour Elodie Bouchez qui, devant la caméra d'Erick Zonca, fonce dans la générosité et la gaieté de son personnage, une routarde à la bonne humeur qui connaît la philosophie de la galère mais ne s'en fait pas trop et vit positivement le moment présent.

Consacrer Elodie Bouchez, 25 ans, 9 ans de métier, 16 films et un César du meilleur espoir en 1995 dans «Les roseaux sauvages», de Téchiné, meilleure actrice, est le signe que le cinéma français mise sur ses nouveaux talents et veut croire en la génération 2000. Ajoutons qu'à chaque rôle, l'actrice donne son corps et son âme avec le petit plus qu'on appelle la grâce. Nouvelle preuve dans «Louise (take 2)» qui sort mercredi.

A cette jeune consécration fait écho celle de notre talentueuse compatriote Natacha Régnier (César du meilleur espoir) et du film même, «La vie rêvée des anges», première oeuvre forte et vibrante d'Erick Zonca, qui bouleversa le Festival de Cannes et dépassa le million d'entrées - chose rare - en France (80.000 en Belgique). Après «Camille Claudel» et «Les nuits fauves», «La vie rêvée des anges» est la troisième première oeuvre à décrocher la récompense suprême. Comme l'année dernière avec «On connaît la chanson», le goût des professionnels a rencontré celui du public.

UN PRIX POUR UN COMIQUE

Douze nominations pour «Place Vendôme», de Nicole Garcia, que la critique avait encensé mais le public boudé, semblaient excessif en regard du film magnifiquement joué par Deneuve mais narrativement compressé sur lui-même. Repartir sans aucun trophée semble tout aussi excessif. Nicole Garcia et son équipe prennent une claque non méritée. Autre perdant, «Taxi», de Gérard Pirès, qui, de ses 7 nominations, ne décroche que deux Césars techniquesdont celui du meilleur montage pour la Belge Véronique Lange.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Notamment celui de l'équipe de «Ceux qui m'aiment prendront le train» (onze nominations) qui repart avec trois Césars: Dominique Blanc, meilleure actrice dans un second rôle, reçoit ainsi son troisième trophée après «Milou en mai» et «Indochine»; Eric Gautier, César de la meilleur photo, a marqué par son excellent travail en cinémascope et caméra à l'épaule. Avec le César du meilleur réalisateur, Patrice Chéreau, qui avait déjà obtenu le César du meilleur scénario pour son très bel «Homme blessé», y voit une reconnaissance de la profession qu'il aime tant, lui, homme avant tout de théâtre et d'opéra. Il est vrai que dans «Ceux qui m'aiment prendront le train», film de troupe, il a fait un boulot de virtuose en filmant, dans un train, une dizaine de Parisiens qui se bousculent, se heurtent et se croisent émotionnellement tout en se rendant aux funérailles provinciales d'un ami peintre homosexuel.

Autre grand vainqueur de la soirée: «Le dîner de cons» qui récolte également trois Césars justifiés: celui du meilleur scénario pour Francis Veber, prince de la comédie française, du meilleur second rôle masculin pour Daniel Prévost, parfait en contrôleur pervers des impôts, et meilleur acteur pour Jacques Villeret en con de grande envergure. Depuis 1979 et Michel Serrault dans «La cage aux folles», aucun comique n'avait plus remporté le prix. Après la formidable reconnaissance publique (9 millions de spectateurs dans l'Hexagone et plus de 400.000 chez nous), Jacques Villeret, qui joua plus de 900 fois «Le dîner de cons» sur scène avant de l'amener sur l'écran, attendait une reconnaissance professionnelle de la comédie. C'est chose faite, elle est juste et ce n'est pas son prénom!

FABIENNE BRADFER

Un beau César d'espoir pour Natacha Régnier

Ses concurrentes avaient peu de chance. Après avoir décroché la palme de l'interprétation à Cannes, ex aequo avec sa partenaire Elodie Bouchez, pour «La vie rêvée des anges», il semblait évident que la jeune Bruxelloise Natacha Régnier, initiée à l'art dramatique par le comédien Francis Besson, repartirait avec le César du meilleur espoir féminin pour sa formidable interprétation dans le film d'Erick Zonca. Car elle y crevait l'écran en jeune fille sauvage, écorchée et révoltée contre la condition que le capitalisme fait au monde du travail.

Il y a encore peu de temps, notre jeune compatriote regardait le cinéma à travers l'écran. Aujourd'hui, réalisant son rêve d'enfant, elle est dedans, pleinement et passionnément. «C'est la meilleure façon que j'ai trouvée pour parler», a-t-elle déclaré à «Studio magazine» qui la classe parmi la trentaine de jeunes acteurs de moins de 25 ans les plus prometteurs de la nouvelle génération.

A la sortie de «La vie rêvée des anges», Natacha nous avait confié: Lorsque je joue, je ne mets plus de distance, je me lance pleinement, je ne fais pas semblant, ce qui m'impose de bien choisir mon rôle et m'en fait refuser certains. Le défi me plaît.

Talentueuse jeunesse que Pascal Bonitzer avait été chercher dans l'ombre pour son film «Encore». Erick Zonca, lui, voulait une jeune femme brune aux yeux bruns pour jouer sa marginale du Nord. Mais le regard clair à la fois innocent et chargé de vie de Natacha Régnier, rencontrée pour des essais, l'a convaincu et le rêve est arrivé. Et l'émotion d'être aimée. La vibration de l'amour des autres pour quelque chose auquel on a participé fait monter les larmes et donne un sentiment inouï de bonheur. On m'a aimée dans ce film et, ça, c'est terriblement touchant, nous avait-elle précisé.

Aujourd'hui, la voici dans la grande famille du cinéma avec le César de l'espoir, quoi de plus beau?! Frêle en apparence mais forte et sauvage du dedans, Natacha fait ce métier pour risquer des choses. On le sent, on le sait et on devrait s'en rendre compte bientôt en la découvrant autre, encore, dans «Les amants criminels», de François Ozon puis dans «Le temps de l'amour», de Giacomo Campiotti. Bon voyage dans le 7e art, Natacha.

F. B.

Palmarès des 24 es Césars

Ont été récompensés samedi à Paris au Théâtre des Champs-Elysées:

Meilleur film: «La vie rêvée des anges» d'Erick Zonca

Meilleur réalisateur: Patrice Chéreau pour «Ceux qui m'aiment prendront le train»

Meilleure actrice: Elodie Bouchez («La vie rêvée des anges»)

Meilleur acteur: Jacques Villeret («Le dîner de cons»)

Meilleur film étranger: «La vie est belle» de Roberto Benigni (Italie)

Meilleur acteur dans un second rôle: Daniel Prevost («Le dîner de cons»)

Meilleure actrice dans un second rôle: Dominique Blanc pour «Ceux qui m'aiment prendront le train»

Meilleur scénario original ou adaptation: Francis Veber pour «Le dîner de cons»

Meilleur espoir masculin: Bruno Putzulu («Petits désordres amoureux»)

Meilleur espoir féminin: Natacha Regnier («La vie rêvée des anges»)

Meilleure première oeuvre de fiction: «Dieu seul me voit» de Bruno Podalydès

Meilleure musique: Tony Gatlif pour «Gadjo Dilo»

Meilleur court métrage: «L'interview» de Xavier Giannoli

Meilleurs costumes: Pierre-Jean Larroque pour «Lautrec»

Meilleure photo: Eric Gautier pour «Ceux qui m'aiment prendront le train»

Meilleur décor: Jacques Rouxel pour «Lautrec»

Meilleur montage: Véronique Lange pour «Taxi»

Meilleur son: Vincent Tulli et Vincent Arnardi pour «Taxi».