DIEGO MARADONA CONVAINCU DE DOPAGE ET EXCLU DE LA COUPE DU MONDE LE COMMUNIQUE LES DESCENTES AUX ENFERS DE DIEGO

Diego Maradona convaincu de dopage et exclu de la Coupe du monde!

Tout avait commencé par un communiqué sybillin diffusé dans la nuit de mercredi à jeudi par la Fifa: Un joueur participant au Mondial a fait l'objet d'un contrôle positif lors du premier tour. Rapidement, la rumeur a enflé: le joueur concerné serait Diego Maradona. Une information ensuite confirmée par le président de la Fédération argentine puis par la Fifa.

L'analyse opérée à l'issue du match Argentine-Nigeria de samedi dernier par le laboratoire de l'université de Californie-Los Angeles (UCLA) avait révélé la présence d'éphédrine dans les urines du capitaine argentin, après l'absorption d'un médicament contenant cette substance interdite. Ce produit, courant en pharmacie, comme on vous l'explique par indienne, est un stimulant qui développe les réflexes.

La fédération argentine demandait immédiatement une contre-expertise à la Fédération mondiale. Quant à Diego Maradona, effondré selon les mots de Julio Grondona, président de l'association argentine, il invoquait la bonne foi en affirmant que, victime d'un refroidissement, il avait pris un médicament contenant la substance interdite sur les conseils non pas du médecin de l'équipe d'Argentine mais de son diététicien.

La Fifa réagit immédiatement de manière sévère en affirmant que, si les résultats de l'Argentine ne pouvaient être remis en question, le joueur risquait une lourde peine: C'est un rude coup porté à la Coupe du monde, dira un officiel, estimant également que l'approche n'aurait pas été pareille si le joueur avait indiqué avant la rencontre avoir absorbé un médicament contenant une substance interdite.

Après que la contre-expertise de l'Ucla eut confirmé la culpabilité de Maradona dans l'après-midi d'hier, la Commission d'organisation de la Fifa se réunissait en comité restreint à Dallas. Ce comité de 10 personnes se composait entre autres du président de la Fifa, Jo ao Havelange, son secrétaire général Joseph Blatter, le président du Comité d'organisation Alan Rothenberg et notre compatriote Michel D'Hooghe, président de la commission médicale de la Fifa.

Sa décision ne tardait pas à tomber. A 12 heures (heure de Dallas, 19 heures belges), la Fifa annonçait la sanction par la voix de son secrétaire général Sepp Blatter: Diego Maradona est reconnu coupable de dopage, exclu de l'équipe d'Argentine pour la Coupe du monde et suspendu de toute activité footballistique jusqu'à la fin du Mondial. Quelques minutes avant la décision officielle de la Fifa, le secrétaire de la fédération argentine avait annoncé que Maradona était exclu de la sélection nationale pour éviter des sanctions plus sévères. Confirmant les résultats de la deuxième analyse et que les résultats de l'Argentine n'étaient pas remis en cause parce qu'un seul joueur est incriminé, la Fifa annonçait que d'autres sanctions disciplinaires seront envisagées à l'issue de la Coupe du monde.

Ce scandale porte évidemment un sale coup aux organisateurs de la Coupe du monde, désormais privés d'une des attractions principales. C'est aussi, probablement, pour Jo ao Havelange, le tout-puissant patron de la Fifa, la fin d'un rêve: celui de voir le «soccer» s'implanter aux Etats-Unis. Malgré les résultats intéressants de l'équipe américaine, le football «européen» aura probablement beaucoup de mal à se relever de ce tacle par derrière puni d'une carte rouge à l'endroit de Maradona.

Quant à la Belgique, où l'ambiance n'est déjà plus terrible, elle aurait évidemment risqué d'être indirectement victime de cette affaire si les rencontres de la dernière nuit lui avaient désigné l'équipe sud-américaine comme adversaire en huitièmes de finale. Elle aurait effectivement pu payer la détermination des Argentins, meurtris par ce nouveau scandale éclaboussant leur capitaine...

J.-F. Lws (avec AFP)

Le communiqué

La commission du Comité d'organisation de la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis a délibéré sur le cas de dopage du match Argentine-Nigeria du 25 juin 1994 à Boston et en a tiré les conclusions suivantes:

Point 1: les deux analyses des échantillons d'urine ont donné des résultats positifs. Le joueur Diego A. Maradona de la sélection nationale de l'Argentine a donc violé les prescriptions contenues dans les règlements antidopage lors du match Argentine-Nigeria.

Point 2: l'Association argentine de football a informé la Commission d'organisation de la Coupe du monde de la Fifa qu'elle retirait le joueur Maradona du Mondial.

Point 3: compte tenu de cette décision, la Fifa étudiera les aspects disciplinaires de cette affaire après la Coupe du monde. Tant que ce cas ne sera pas définitivement réglé, le joueur Maradona est suspendu de toute activité dans le football.

Point 4: en accord avec les principes établis par la Fifa et ses règlements pour des affaires de cette nature, si un joueur seulement d'une équipe est reconnu coupable de violation des règlements, cela n'a pas d'influence sur le résultat du match concerné.

D'Hooghe:

un cocktail

Les deux échantillons d'urine de Maradona ont révélé la présence des cinq produits interdits: Ephédrine, Phenylpropanolamine, Pseudo-éphédrine, Non-pseudo-éphédrine et Méthyléphédrine. Ceux-ci composaient un véritable cocktail, selon Michel D'Hooghe.

Aucun médicament ne comprend ces cinq substances interdites, a précisé notre compatriote. Maradona a dû mélanger lui-même plusieurs produits. Il est cependant exact que certains de ces médicaments, et en particulier la Non-pseudo-éphédrine, sont considérés comme des amaigrissants. Il semble probable que Maradona a constitué sa potion dans le but de perdre du poids en vue de ce Mondial. Il dit d'ailleurs lui-même qu'il a beaucoup maigri ces derniers temps.

Les descentes aux enfers de Diego

Champion d'exception, doté d'un palmarès prestigieux forgé tant en Coupe du monde qu'en championnat italien ou argentin, Diego Armando Maradona, 34 ans, a toujours défrayé la chronique en dehors des pages sportives des quotidiens.

L'homme n'en est pas à son premier scandale. A Barcelone, c'est son transfert pour 250 millions de francs qui provoque le tollé du ministère des Finances. Le Nou Camp attendait Diego comme un messie. C'est raté: il dépense sans compter, mène une vie dissolue, est blessé gravement par Goicoetechea. C'est la première descente aux enfers du gaucher de Buenos Aires.

Contraint de déménager, il fera de Naples un grand d'Europe mais en payera le prix fort: on parle d'enfants illégitimes, de consommation de drogue, de connexions avec la Mafia... En mars 1991, Maradona est contrôlé «positif» après un match de championnat d'Italie. L'objet du délit: la cocaïne! La Fédération italienne condamne la star à une suspension de 15 mois. Elle fera de même par la suite avec le favori de Maradona, le Romain Claudio Caniggia.

Rentré en Argentine, Maradona est arrêté un mois plus tard en possession de cocaïne. Après une cure de désintoxication imposée par la justice, «El Pibe» fait un premier retour à Séville. Mais, quelques mois après, le club andalou licencie l'Argentin qui ne fait pas preuve de beaucoup d'assiduité aux entraînements. Il retourne à Buenos Aires et signe chez les Newell's Old Boys de Rosario qu'il quitte rapidement. On croit alors Maradona perdu pour le football.

Coup de théâtre le 5 septembre 1993: en allant s'imposer 0-5 à Buenos Aires, la Colombie provoque indirectement le retour de Maradona, plébiscité par le peuple. Mais «Dieguito» s'est laissé aller, il a grossi. Pour revenir au sommet, il s'inflige un traitement de forçat: il suit un régime draconien, fait de la musculation, se lève aux aurores pour s'entraîner. Résultat: lors du barrage pour la qualification contre l'Australie, Maradona est le principal artisan de la victoire. L'ex-vedette de Boca Juniors n'est plus la honte de l'Argentine mais son héros. Pas question de se priver de lui pour la World Cup.

Contre la Grèce à Boston, Maradona a marqué un but superbe pour son retour. On croyait avoir retrouvé le génie de Mexico 1986. La nuit dernière, il devait jouer son 22e match de Coupe du monde, établissant ainsi un nouveau record. Mais, contre le Nigeria, sa carrière a pris un nouveau détour sordide. C'était sûrement la dernière fois...

J.-F. Lws