Doctor Gabs... Bruxellois, non peut-être Un black très swing né chez les pères blancs De New York à Bruxelles, il distille son classic jazz au carrefour d'une «Métropole» cosmopolite. Docteur Gabs, c'est mister Garner!

Article réservé aux abonnés
Temps de lecture: 5 min

Doctor Gabs... Bruxellois, non peut-être

Tous ne sont pas nés à Bruxelles mais chacun d'entre eux y a pris racine. Qui sont-ils exactement? D'où leur vient cette passion de la ville? Dans les reflets de ces portraits de Bruxellois, nous vous invitons à découvrir les faces cachées de la capitale de l'Europe. Aujourd'hui, le pianiste Doctor Gabs. Débarqué il y a vingt ans dans la capitale de l'Europe, le pianiste du Métropole jette aujourd'hui un pont de swing entre Bruxelles et New York dans son dernier CD. Si la hanche vous démange, le Doctor est en concert le week-end prochain (lire ci-contre).

Reportage photographique Unlimited Fields.

Un black très swing né chez les pères blancs De New York à Bruxelles, il distille son classic jazz au carrefour d'une «Métropole» cosmopolite. Docteur Gabs, c'est mister Garner!

Africain dans l'âme, Belge de nationalité et Américain de coeur... Monga Mondipo Akele Gabriel, Doctor Gabs si vous préférez, anticipe le mouvement du monde qu'il appelle de ses dix doigt en convoquant sur le clavier de ses inspirations feutrées Duke Elligton, Count Basie, Fats Waller ou Nat King Cole.Né à Kinshasa voici bientôt quarante plombes, Gabriel voit passer l'archange chez les pères blancs qui battent la mesure de son éducation spirituelle et musicale.

J'ai appris la musique chez les jésuites au collège Albert I er !, éclate de rire avec bonhomie le pianiste. Mes bases classiques étaient religieuses. La liberté, c'était à la maison où on jouait du gospel à l'orgue ou au piano. On écoutait Jacques Brel et Lilly Vincent. Un de mes frères me frappait même parce que je n'étais pas assez discipliné.

Petit fils d'un grand chef coutumier, issu d'une famille très nombreuse - 10 enfants - Gabriel sera prêtre ou médecin! Trop sorcier pour le jeune virtuose chevillé au clavier comme son père aux messes du dimanche. Sa seule bénédiction? La maturation. Le temps est l'allié caché de Gabriel.

PERRUCHE BLEUE ET PIANO ROSE

J'ai découvert le jazz vers 16 ans dans un club kinois, la «Perruche bleue» , se souvient Gabs. C'est là que j'ai appris mon métier en côtoyant lors de jams des gens comme Ellington, Amstrong, Peltzer ou Davis. Je n'étais qu'un petit pianiste de club émerveillé. Je me souviens avoir joué sex-machine avec James Brown. Waouw!

Le candidat docteur n'est pas encore Doctor. Un échec à la fac de médecine oriente Gabs vers son autre passion... l'informatique! A 18 ans, des rêves d'Europe et de puces plein la tête, il débarque à Bruxelles. Mais certifié programmeur, notre black à part n'a qu'un virus en tête: le classic jazz.

Ces études étaient une parenthèse, concède-t-il. Je n'avais jamais vraiment abandonné l'espoir secret de vivre de ma musique. En passant devant une rhumerie, près de la Grand-Place, j'ai vu un piano rose! Je n'ai pas pu m'empêcher de m'y ins- taller. J'ai été réquisitionné sur-le-champ. Dans la foulée, j'ai rencontré le directeur l'hôtel Europa, ancien patron d'un grand hôtel ivoirien. C'était parti.

Tombé amoureux de la capitale de l'Europe, Gabs participe aux premières éditions du Jazz Rally, pardon, du Jazz marathon, qui soufflait ses dix bougies ce week-end. Ah! quelle fête. C'est la vocation première du jazz, faire communier les êtres. J'adore ce moment même si je n'y joue plus.

Devenu «Doctor es piano-bar», Gabs enchaîne les standards pour les oiseaux de nuits qui pérorent dans toutes les langues dans les salons dorés du gratin international. Les palaces? Pas un luxe, mais une nécessité vitale pour le pianiste attitré du Métropole (notre photo) dont il gravera sur CD la mémoire centenaire.

Le piano bar est une école extraordinaire, remarque-t-il. On est seul face à une audience multiple qu'il faut savoir satisfaire. C'est une richesse parce qu'on rencontre le monde entier. Il y a comme une quête de raffinement et de perfection que j'apprécie énormément dans les grands hôtels. Mais le risque, c'est de devenir un fonctionnaire de la musique, un pick-up que l'on branche sur commande.

BLEU, BLANC, BLUES

Eviter l'empâtement mondain? Avec son quartet créé en 1991, «Doctor» sillonne le monde et se double d'un mister Garner, au point de s'affubler de la barbiche du maître de Pittsburgh:

Moi, ma musique, c'était plutôt Oscar Peterson , sourit-il. Mais tout le monde me disait vous jouez comme Erroll Garner! J'ai fini par m'imprégner de sa musique au point de lui dédicacer un album enregistré à Paris.

De Bruxelles à New York et de New York à Bruxelles, Gabs aime marier deux villes qui sont au coeur de sa vie. Il leur rend hommage aujourd'hui dans son dernier CD «From New York to Brussels» où cohabitent standards (Kern, Rodgers, Ellington, Garner,...) et compositions originales dédiées à son attachement aux deux métropoles métissées; un trait d'union entre le nouveau monde et le vieux continent promu par les offices du tourisme belgo-américain:

Ce sont pour moi les deux villes les plus attachantes , note Gabs. Bruxelles est un concentré de New York, le côté village sympa et musée vivant en plus. Ce qui rassemble ces villes, c'est leur diversité, leur côté cosmopolite que l'on retrouve dans la musique jazz. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il y a tant de talents à Bruxelles. C'est l'âme musicale d'une ville que j'ai hélas! quittée pour la campagne en raison de l'asthme dont je souffre. Trop de voitures! Mais quand j'ai besoin de me ressourcer, je vais faire un tour à Matonge pour y manger un morceau.

Hôte de l'«American jazz evening», ce samedi 6 juin, au Cirque royal, Doctor Gabs fera swinguer les Américains de Bruxelles (02/218.20.15). A ses côtés, Bill Saxton (tenor sax), Bruno Castellucci (batterie), Ingram Washington (voix) alterneront standards, compositions personnelles et gospel.Parmi les chanteurs, sa femme belge, Lena Gee:

J'apprends le flamand et je commence à aimer cette langue , souligne Gabs. C'est difficile de parler à l'envers mais cela a un côté poétique quand le «ciel bleu» devient le «bleu ciel»!

Bleu au coeur de ses villes, bleu du blues de ses blue notes, bleu de ses compères blancs, bleu d'un rêve prochain de marier musique classique et classic jazz...

Je suis bleu aussi d'une nouvelle musique que je ne connaissais pas, la plus belle, les cris de mon enfant, sourit ce jeune père. Bleu enfin, mais qui ne le serait?, d'une Grand-Place qui orne la pochette de son dernier CD. Quand j'y suis, je me sens carrément en dehors du temps.

CHRISTOPHE SCHOUNE

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une