Donato Coco, designer des petites Citroën

Donato Coco, designer des petites Citroën

Depuis l'été, Citroën s'est hissé à la deuxième place du marché belge derrière Peugeot, une position d'autant plus inattendue que la marque est peu présente dans le créneau des véhicules de société. Son succès auprès des particuliers tient-il notamment, à côté des campagnes promotionnelles coûteuses mais efficaces, à « l'effet Coco », du nom du designer qui a travaillé sur la Picasso avant de diriger le style des petites voitures C3 et C2 ? Questions à Donato Coco (49 ans), un Italien arrivé en France à l'âge de 5 ans.

Les Routes du Soir - Comment expliquer, après des voitures très banales, le changement de style actuel ?

Donato Coco. - Arrivé chez Citroën en 1984, j'ai commencé seulement à prendre du plaisir avec la Picasso. Comme dit Claude Satinet (NDLR, patron de Citroën), ce sont les mêmes designers qui ont conçu la Saxo et la C3, mais, d'une voiture à l'autre, on a décidé de les écouter au lieu de leur dire ce qu'il avaient à faire. A l'époque de la Saxo, on est parti d'une base commune de PSA Peugeot-Citroën pour faire deux voitures très proches, la Peugeot 106 et la Saxo. Si on compare aujourd'hui 206 et C3, on a réussi à faire deux voitures complémentaires mais bénéficiant chacune de leur image : une 206 dynamique, incisive, sportive, et une C3 plus placide, plus zen, ouverte vers l'extérieur.

- Peut-on définir le style Coco ?

- J'aime les formes fluides, rondes, aérodynamiques et rassurantes comme sur la C3. Mais je ne me cantonne pas pour autant dans un seul style et, sur la même base, la C2 se veut plus jeune et de type urbain. Lorsqu'on imagine une voiture aujourd'hui, on a un cahier des charges réduit (données du marché, plate-forme et mécaniques) et, malgré l'ordinateur en 3D, on part d'un stylo et d'une feuille blanche. Et puis on essaye d'innover malgré les contraintes européennes sursécuritaires et aussi en négociant fermement avec les ingénieurs chargés de réaliser le produit. Un exemple : l'espace entre roues et garde-boue, variable selon le type de pneus, est important visuellement. Si on prend trop de marges de tolérance, on perd des millimètres et on dénature le projet.

- Comment voyez-vous la voiture de 2010 ?

- On va vers un mélange des genres entre différentes carrosseries. En dehors des véhicules statutaires, on assistera à la fin des berlines et breaks classiques. Tout ce qui est tactile (matériaux, éclairage, multimédia, etc.) va évoluer et la construction de voitures hautes aura des limites liées à la masse, à l'aérodynamisme et aux économies d'énergie dont on va reparler. J'imagine aussi, grâce aux plateformes communes, une segmentation accrue vers des groupes socioculturels de plus en plus ciblés et avec des véhicules toujours plus individualisés. Chez Citroën, sans pouvoir recréer l'effet de surprise d'une traction ou d'une DS, car il y a trop d'échanges d'informations, nous devons continuer à nous démarquer de Peugeot et des autres constructeurs. Dans le paysage automobile, on doit être vu, sinon pourquoi venir chez nous ? La voiture, c'est un peu comme un yaourt : sous un même vocable, il y a de plus en plus de variété !

Propos recueillis par YVES DE PARTZ