DURS D'EXTREME DROITE AU TRIBUNAL, A LIEGE, LE PROCES LACONIQUE DU GROUPE "ASSAUT"

Durs d'extrême droite au tribunal

A Liège, le procès laconique

du groupe «Assaut»

Hervé Van Laethem, leader du groupe néo-nazi «Assaut » (auto-dissous en septembre 1993) et trois de ses anciens amis (Philippe Snauwaert, Pierre Bervoets et Denis Plume) sont passés vendredi devant la 8e chambre du tribunal correctionnel de Liège - à trois juges. On leur reproche une agression qui remonte au 22 mars 1992.

Ce jour-là, une manifestation antiraciste avait lieu à Bruxelles. Le groupe va de Bruxelles à Liège, pilotés par Yannick Stoefs, décédé depuis lors. Arrivés à la gare des Guillemins, les extrémistes attaquent un stand du PTB (Parti du travail de Belgique, communiste). Six personnes sont blessées, dont une femme et un enfant de 13 ans. Les cinq membres d'«Assaut» sont arrêtés par les gendarmes, qui les suivaient depuis Bruxelles.

Les prévenus étaient aussi poursuivis pour constitution de milice privée, association ayant pour but d'attenter aux personnes, appartenance à «un groupe qui, de façon manifeste et répétée, pratique la discrimination ou la ségrégation raciale ou prône celle-ci».

Ces accusations découlent de la lecture de leur publication, «L'Assaut», avec le «SS» runique, des photos de Degrelle, des incitations à la violence contre les immigrés et les gauchistes...

UNE BOMBE LACRYMOGÈNE

PAR CRAINTE DES AGRESSIONS...

C'aurait pu être un procès exemplaire; c'est mal parti. Que s'est-il passé ? Soit, en quatre ans et demi, on n'a pas pris la peine d'étoffer le dossier; soit personne n'avait envie d'embêter ces jeunes hommes (30 et 31 ans) bien mis, qui nient tout.

L'instruction d'audience a été centrée sur les faits de mars 1992.

La version des accusés est celle d'un accrochage verbal fortuit, qui a mal tourné.

Ils étaient, à les en croire, venus à Liège voir des amis (personne ne sait de qui il s'agit). Ils auraient eu rendez-vous place Saint-Lambert (ce n'est pas certain). Ne voyant personne, ils seraient allés aux Guillemins pour chercher à manger, voir les heures des trains pour Bruxelles et vérifier à la buvette si leurs amis n'y étaient pas.

A la gare, ils tombent par hasard sur le stand du PTB. Van Laethem, qui porte une cagoule à cause du froid, décide de porter une contradiction verbale. Mais Snauwaert a «un coup de sang» en voyant les brochures antiracistes et renverse la table. Bousculade. Ils s'enfuient et, dans l'affolement, Van Laethem utilise la bombe lacrymogène qu'il portait sur lui «en permanence, par crainte des agressions». Les émanations du spray blessent six personnes, qu'il n'aurait pas visées.

L'audience n'a rien révélé d'autre sur les faits : aucune victime, aucun témoin n'a été entendu. A entendre les prévenus, on ne comprend pas pourquoi c'est eux qu'on a arrêtés et mis en prison pendant quelques jours. Une table renversée, ce n'est pas si grave... Les gendarmes ont dû voir autre chose, mais quoi ?

La présidente du tribunal, Cécile Dumortier, n'a pas insisté sur la prévention de milice privée. «L'Assaut» était un journal qui comptait quelques centaines d'abonnés en Belgique et à l'étranger, explique Van Laethem. Autour de ce journal, des gens se voyaient, allaient à des fêtes ou à des réunions, contre-manifestaient à l'occasion. C'est tout. Si certains faisaient le service d'ordre de temps en temps, c'était à titre individuel. Pas un mot n'a été dit des liens du groupe avec des mouvements étrangers très durs, notamment le PNFE français.

Raciste et violent, l'Assaut ? «Ethno-différencialiste », répond Van Laethem. Quand il s'en prend dans son journal à «la crapule immigrée», c'est aux crapules qu'il en a, pas aux immigrés. Quand il perturbe le concert d'une chanteuse noire sur la Grand-Place de Bruxelles, c'est à son message qu'il en veut, pas à la couleur de sa peau. Quand il titre «Pendez Mandela», c'est au «terroriste» qu'il pense, pas au leader noir. Quand il rend hommage à Degrelle, à son courage et à son combat, il sous-entend combat politique. Le «SS» runique est «une provocation, une faute de goût». Les Juifs caricaturés et transformés en cibles, c'est l'expression d'un antisionisme.

AVEC MARGUERITE BASTIEN

AU FN-BIS

Van Laethem (aujourd'hui au FN-bis de Marguerite Bastien) se reconnaît « nationaliste radical», mais se défend avec aplomb et un brin d'ironie d'être allé trop loin. D'accord, il avait des insignes du IIIe Reich chez lui, mais il en avait d'autres aussi...

Ses trois comparses sont plus falots, plus nerveux. Ils affirment qu'ils n'ont plus de contacts avec l'extrême droite. Snauwaert en particulier, agent communal à Gand, fait amende honorable : J'ai enterré mon ancienne vie. Je regrette. Il y aurait donc des choses à regretter ?

Le réquisitoire et les plaidoiries, le 15 novembre, les évoqueront. Pas trop longtemps ? L'affaire n'est pas de première fraîcheur et on n'a pas besoin de plaider des heures dans un dossier comme celui-ci, a déclaré la présidente du tribunal, manifestement peu passionnée par un dossier que Me Libert, défenseur de Van Laethem, ramène à trois fois rien d'autant plus facilement qu'il n'a pas rencontré d'opposition vendredi. Les avocats des parties civiles (dont le Mrax, mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie) ont gardé tous leurs arguments pour leur plaidoirie de 20 minutes.

THIERRY EVENS