ELTSINE VEUT TRANCHER LE NOEUD TCHETCHENE

Eltsine veut trancher le noeud tchétchène

Le président intransigeant: la Tchétchénie reste partie intégrante de la Fédération russe.

La Tchétchénie est une partie intégrante de la Fédération de Russie, et aucun territoire n'a le droit de sortir de la Russie, devait réaffirmer mardi le président russe Boris Eltsine.

Les soldats et les officiers russes (qui se trouvent en Tché-tchénie) protègent l'intégrité de la Russie, c'est une condition obligatoire de l'existence de l'État russe, a poursuivi le président, dans un extrait de l'allocution qui devait être diffusée intégralement dans l'après-midi.

Les élections du président tchétchène (Djokhar Doudaïev) se sont déroulées dans une situation de guerre et seulement dans certaines régions de la république caucasienne qui était alors encore la République (soviétique) de Tchétchéno-Ingouchie, a souligné Boris Eltsine, dans le premier message public depuis l'intervention des troupes russes en Tchétchénie le 11 décembre dernier.

La direction de la Tchétchénie n'a pas été reconnue, ni par les anciens pouvoirs légitimes de la république autonome, ni par les pouvoirs fédéraux de la Fédération de Russie, ni par la communauté internationale, a poursuivi le président.

Le dirigeant indépendantiste Djokhar Doudaïev avait été élu président de Tchétchénie en novembre 1991, peu après la proclamation unilatérale d'indépendance de cette république qui était effectivement administrativement liée auparavant à l'Ingouchie.

La séparation en deux républiques de la Fédération de Russie a été confirmée par la nouvelle Constitution russe, adoptée en décembre 1993.

Dans cette première intervention télévisée du président russe depuis le début des opérations militaires dans la république indépendantiste du Caucase russe, le 11 décembre dernier, des éclaircissements étaient surtout attendus sur la poursuite ou non, et avec quels moyens, de ces opérations, et la place à nouveau laissée à la négociation, avec la désignation lundi de trois responsables à cette fin: Nikolaï Egorov, vice-Premier ministre chargé des nationalités, Sergueï Stépachine, chef du service de contre-espionnage, et le général Anatoli Kvachine, responsable de l'opération militaire en Tché-tchénie.

Les déclarations faites à l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité russe lundi n'avaient laissé toutefois aucun doute sur l'objectif du Kremlin, qui reste le retour de la Tchétchénie dans le giron de la Fédération et la mise hors jeu du président indépendantiste tchétchène Djokhar Doudaïev.

A Grozny, la capitale tchétchène, le vice-président Zelimkhan Iandarbiev a annoncé que le gouvernement tchétchène était prêt à négocier avec Moscou sans demander en préalable le départ des troupes russes. Auparavant, le régime tchétchène avait toujours posé comme préalable le retrait des troupes russes entrées le 11 décembre.

Bien que, sur le terrain, les combats continuent, le président russe a déclaré lundi qu'il était possible de mettre un terme à la participation de l'armée «pour rétablir l'ordre», tâche désormais laissée aux forces du ministère de l'Intérieur qui, de fait, sont celles qui se battent sur le terrain. En revanche, les raids aériens sur la capitale tchétchène ont cessé depuis dimanche après-midi.

Si la fin des bombardements de la population civile peut désarmer les critiques qui se multiplient dans le monde sur les méthodes employées en Tché-tchénie et si le renvoi dans les casernes des militaires russes peut apaiser une armée et une population toujours marquées par le syndrome afghan, la presse russe, mardi, n'en a pas pour autant tiré la conclusion qu'il s'agissait d'une pause dans les opérations militaires.

Serguei Chakhraï, membre de l'organe suprême chargé de la sécurité du pays, expliquait lundi soir que deux scénarios (étaient) possibles: soit le régime de Doudaïev dépose les armes, comme l'a fait le dictateur de Haïti (Raoul Cédras), soit il est possible qu'on décide de poursuivre l'utilisation de la force pour liquider le régime de Doudaïev.

Si le général Doudaïev refuse de rendre les armes et que l'assaut est lancé (contre Grozny), le destin de Doudaïev sera celui de Carthage. Carthage devra être détruite et Doudaïev devra partir, a affirmé M. Chakhraï. (D'après AFP.)