EN 1989,UN F16 BELGE S'ECRASAIT ACCIDENTELLEMENT EN NORVEGE LE MECANO DE LA FORCE AERIENNE VOLAIT-IL POUR LE KGB?

En 1989, un F-16 belge s'écrasait «accidentellement» en Norvège

Le mécano de la Force aérienne volait-il pour le KGB?

Depuis l'arrestation, le mois dernier, des espions dénoncés par le transfuge russe Vladimir Komopliev (l'ancien premier secrétaire de l'ambassade de Russie à Bruxelles), deux enquêtes se poursuivent à plein régime... La première, pénale, est conduite par le juge bruxellois Bruno Bulthé. Elle vise à vérifier que des délits contre la sûreté extérieure de l'État ont été commis et à permettre que les coupables en soient punis. La seconde est menée par divers spécialistes du renseignement: ceux de la CIA aux États-Unis, qui poursuivent le «debriefing» du transfuge; ceux de la Sûreté et et du SGR en Belgique. L'objectif de ces enquêtes est double: mieux connaître les services d'espionnage russes tels qu'ils existent aujourd'hui (et surtout le Service de renseignements extérieurs, ou SVR, successeur du KGB) ainsi que les opérations qu'ils ont menées, et discerner dans l'ensemble de nos secrets ceux qui ont pu être dévoilés ou violés par les espions.

À cet égard, des informations importantes (qui proviendraient des «debriefings» de Vladimir Komopliev) viennent de parvenir en Belgique. Selon ces informations, le crash d'un F-16 belge qui s'est produit le 5 septembre 89 en Norvège ne serait pas accidentel. Il s'agirait d'une opération ratée du KGB, d'une tentative de vol menée au profit de l'URSS! Même dans un film de «série B», on n'oserait plus un tel scénario. Pourtant, très sérieusement, le dossier de «l'accident» est réouvert à l'auditorat militaire de Bruxelles...

Le 5 septembre 1989, des pilotes et des mécaniciens du 2e Wing tactique de Florennes participent en Norvège, sur la base d'Oerland, à un exercice de l'Otan baptisé FWIT (Fighter Weapon Instructor Training). Vers 14 heures, les contrôleurs de la base d'Oerland remarquent avec stupéfaction un F-16 belge (l'un des 44 nouveaux chasseurs en cours de livraison à la Force aérienne) qui sort d'un hangar et se dirige vers une piste d'envol. À ses commandes: un mécanicien belge qui refuse de répondre aux appels de la tour. Toujours piloté par le mécano, le F-16 s'envole (à contre-sens de la piste), parcourt une dizaine de kilomètres à basse altitude... et s'écrase sur une ferme inhabitée. L'avion est détruit, le mécanicien est mort à ses commandes.

Une commission d'enquête de la Force aérienne et de l'auditorat se rend sur place et conclut, temporairement, que le mécanicien (apparemment sous l'emprise de l'alcool et dont l'identité ne fut jamais révélée) a été atteint d'un coup de folie ou s'est suicidé.

Ces derniers jours donc, des informations sont parvenues à Bruxelles tendant à indiquer que l'on était en présence d'une tentative de vol du F-16 accomplie au bénéfice d'un service de renseignement soviétique, nous dit-on à bonne source. Cette nouvelle est confirmée à l'auditorat militaire où l'on précise qu'aucun élément matériel n'accrédite pour l'instant cette version mais que le dossier a été réouvert et que des vérifications sérieuses sont en cours.

Si la source de ces informations est Vladimir Komopliev, on cons-tate que, jusqu'ici, toutes les informations qu'il a livrées se sont révélées exactes. On a donc été amené à enquêter sur le sens moral et civique des personnes en relation avec le mécano de la Force aérienne; on vérifie s'il n'était pas en contact avec des agents du KGB ou du GRU (le service de renseignements militaires soviétique) répertoriés. Si un lien devait être découvert avec l'affaire des espions belges du KGB, il est plus que probable que cette «nouvelle affaire» soit alors jointe au dossier du juge Bulthé.

ALAIN GUILLAUME