Langues : on se débrouille

Ce n’est pas génial. Ce n’est pas une catastrophe. C’est, comme on dit, correct. S’agissant des élèves francophones, voilà la leçon à tirer de l’Etude européenne des compétences en langues, un test commandité par la Commission européenne auquel ont participé 54.000 élèves de 14 pays, dont la Belgique (et ses trois Communautés). Au fond, c’est un petit Pisa centré sur les langues. Ses résultats ont été livrés à la presse jeudi par les experts de l’ULg et la ministre de l’Education Marie-Dominique Simonet.

Pisa (qui porte sur la langue maternelle, les maths et sciences) vise un âge précis (tous les jeunes de 15 ans par exemple). Ici, non. Les publics testés (en février) varient de 13 à 16 ans avec, en moyenne, un public de 14-15. Chaque pays a été testé sur une langue, parfois deux (les langues testées étant : anglais, français, allemand, espagnol et italien). Nos élèves francophones ont été testés en anglais et allemand. Les Flamands ont été testés en français et anglais. Au contraire de Pisa, la matière testée varie donc d’un pays à l’autre. On ajoutera, c’est un biais de plus, que les élèves n’ont pas des parcours scolaires identiques (rien que chez nous, par exemple : la 1re langue moderne commence en primaire, la 2e langue au secondaire…).

Echantillon. Chez nous, 57 écoles secondaires ont participé au test en anglais, 42 écoles au test allemand, 13 ont fait les deux. Soit 112 écoles. Le test en anglais a été passé par 1.501 élèves de 15 ans. L’allemand, par 1.209 élèves.

Niveau. On lira par ailleurs les divers niveaux définis par le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL).

En théorie, les Belges francophones testés devraient avoir atteint le niveau A2 en juin.

Compréhension à la lecture. En anglais, 10 % de nos élèves se ramassent (niveau pré-A1), 42 % sont au niveau élémentaire (A1) et 48 % dépassent le A2.

Les chercheurs de l’ULg vont remarquer que la proportion d’élèves Belges francophones dépassant le niveau A2 est inférieure à la moyenne européenne.

En allemand, 14 % de nos élèves sont en pré-A1, 45 % en A1, 41 % sont en A2 ou dépassent ce niveau. La proportion des élèves belges francophones dépassant le niveau A2 est supérieure à la moyenne européenne.

Compréhension à l’audition. En anglais, c’est (un peu) moins bon que la compréhension à la lecture. Anglais : 18 % sont en pré-A1, 36 % en A1, 45 % dépassent le A2. En allemand, c’est meilleur : 13 % en pré-A1, 39 % en A1, 48 % dépassent le A2.

Expression écrite. C’est meilleur que les autres exercices. En anglais : à peine 6 % sont en pré-A1, 29 % sont en A1, 65 % dépassent le A2. Allemand : à peine 4 % d’insuffisants, 34 % en A1, 62 % dépassant le A2.

Anglais : comparaison internationale. En lecture, Suède, Flandre, Malte et Pays-Bas forment le quatuor de tête. La Communauté française est 10e. En audition (notre infographie), le peloton de tête est le même. La CF est en 12e place. Pour bien comprendre cette infographie : on voit que la Suède est le pays qui compte le plus d’élèves atteignant le niveau B2 à l’épreuve. A l’inverse de la France, comptant peu de B2 beaucoup de pré-A1.

En expression écrite, Malte prend la tête (les trois suivants sont Suède, Flandre, Pays-Bas). La CF est 10e position.

Les Français sont derniers dans les trois épreuves.

Allemand : comparaison internationale. On est meilleurs. En lecture, on est 3e derrière Pays-Bas et Estonie. En audition et écrit, on est 2e derrière les Pays-Bas. Angleterre et Pologne sont en bas de classement dans les trois cas.

Langue maternelle. Qui l’eut cru ? Les élèves dont la langue maternelle est une langue germanique (Flandre, Malte, Pays-Bas, Suède) sont systématiquement meilleurs en anglais que les langues romanes, slaves ou autres.

Utilité. Qui l’eut cru (bis) ? L’étude confirme que les performances sont meilleures quand l’élève perçoit l’utilité de la langue. Et on note que les résultats en anglais sont globalement meilleurs que ceux obtenus en français, qui sont eux-mêmes meilleurs que ceux obtenus en allemand.

Médias. Qui l’eut cru (ter) ? On signale que les performances sont liées à l’exposition de la langue dans les médias, notamment au fait que la langue cible, en télé, est doublée ou en VO sous-titrée.

L’âge. Autres facteurs influençant la performance : le statut socioéconomique de l’élève, l’âge du début de l’apprentissage des langues, l’utilisation de la langue au cours.