EURO DISNEYLAND A MARNE-LA-VALLEE AU RENDEZ-VOUS DE 1992 LE RESPECT DES TABOUS

Euro Disneyland

à Marne-la-Vallée

au rendez-vous de 1992

Il y a plus d'un trait commun entre Eurotunnel et Euro Disneyland qui offrent les deux plus spectaculaires chantiers de l'Europe des années 90. Ils se trouvent l'un comme l'autre sur le trajet du TGV et figurent dans les cotations en Bourse avec cependant un net avantage pour le parc d'attraction de Marne-la-Vallée qui sera ouvert dès l'été 1992, c'est-à-dire avec au moins un an d'avance - si pas deux - sur l'ouvrage transmanche.

A la différence de la société du tunnel, la société du magic king-dom européen ne connaît ni dépassement de crédit ni retard de programme. Au 30 septembre 1989, le capital de la société était détenu à 49 % par Euro Disneyland Holding Company, filiale de Walt Disney, à 20,4 % par Indosuez, à 15,3 % par BNP, à 10,2 % par Warburg Co. et à 5,1 % par le Crédit agricole. Des pourcentages qui ont évolué suite à une augmentation de capital ouverte au public qui a laissé au holding les 49 % des parts qu'il détenait au départ.

Des accords de partenariat ont été réalisés avec Renault et BNP qui parraineront des attractions à thème, comme le feront aussi Kodak et Europcar qui ont signé des accords semblables. Le site choisi couvre une surface de 1.943 hectares, soit le cinquième de la superficie de la ville de Paris. Quelque 1,4 million de mètres cubes ont été déplacés, depuis l'ouverture du chantier en août 1988. Les voiries sont terminées et l'on a déjà procédé à 52.000 plantations d'arbres. On entame en ce moment les fondations des diverses constructions.

Comme à Disneyworld ou à Disneyland, le magic king-dom de Marne-la-Vallée s'articulera autour de la grande place du château où aboutiront Main Street USA, Frontierland, Adventureland, Fantasyland et Discoveryland qui accueilleront des succès bien connus comme les pirates of the Caribeans, les robinsons suisses, le manoir des fantômes, sans omettre non plus le Mississippi avec ses bateaux à aubes.

A la différence des parcs américains, celui de Marne-la-Vallée comportera de nombreuses zones couvertes, de manière à ouvrir toute l'année. On prévoit dans une première phase la construction de six hôtels à thème, l'aménagement d'un terrain de camping comportant 300 bungalows et un golf à 18 trous. Si l'arrivée du TGV permettant à une famille londonnienne d'arriver à Marne-la-Vallée en trois heures sans changer de train est annoncée pour 1994, les raccordements aux réseaux autoroutier et du RER seront achevés pour le jour inaugural.

Tous les ingrédients sont-ils réunis pour amener à Euro Disneyland onze millions de visiteurs - soit presque dix fois autant qu'à Walibi - durant la première année de fonctionnement? C'est la question posée par Business Week qui rappelle que l'investissement de base se montera à plus de 2,6 milliards de dollars, sans compter le milliard supplémentaire pour construire le studio MGM qui s'ouvrira en 1996. L'ambition de M. Eisner, chairman de Walt Disney Co., est de mettre sa société au même rang en Europe que les multinationales IBM, Ford ou General Motors.

Certes, rien n'est gagné d'avance. Il faudra voir si, en France, Mickey ne sera pas victime d'un phénomène de rejet. Déjà on a parlé à son sujet de «Tchernobyl culturel» et les communistes français n'ont pas hésité à lancer des oeufs à la tête de M. Eisner lorqu'il est venu à Paris signer les contrats. Les mêmes préventions s'étaient manifestées au Japon, bien à tort, puisqu'à Tokyo le magic king-dom a d'emblée fait recette, malgré des freins historiques ou culturels plus puissants qu'en Europe.

Le P-DG européen Robert Fitz-patrick ne croit pas à un flop pour la bonne raison que, chaque année, pas moins de deux millions d'Européens vont visiter les parcs américains. Autre motif de confiance: Euro Disneyland se trouvera au centre d'un marché de 300 millions d'habitants dont 17 millions se trouveront à moins de deux heures de route.

L'investissement de la société américaine est relativement modeste, 350 millions de dollars servant à la conception du parc et à la formation des quelque 300 cadres qui devront former le personnel. En plus, la société a obtenu la garantie de pouvoir acquérir à bon compte des terrains pour d'éventuelles extensions. Ainsi le nombre de chambres devrait passer rapidement de 5.200 à plus de 13.000 unités.

Euro Disneyland ambitionne de devenir une véritable référence sur un marché qui, en France, n'a pas encore trouvé son véritable centre de gravité. Seul Astérix a tenu ses promesses vis-à-vis du public sans toutefois équilibrer ses comptes. Les parcs créés par Club Med et Accor ne sont pas dans une meilleure santé financière. Mirapolis, au nord de Paris, est à reprendre de même que Zygofolis, près de Nice, qui a fermé ses portes depuis un an. Parmi les candidats à la reprise, on cite Walibi qui a remis à flot le parc de Rhône-Alpes et prépare plusieurs projets d'implantation dans l'Hexagone.

La Walt Disney Co. n'est pas la seule société américaine à débarquer en Europe. Un Busch Gardens va s'ouvrir à Barcelone en 1992 et Six Flags Co. va s'installer à Marbella. MGM-Studios devra affronter son rival Universal-Studios qui ira à Paris ou à Londres.

PIERRE BARY.

Le respect des tabous

Les règles de bonne conduite d'Euro Disneyland ont déjà été codifiées. Dans l'emploi des langues, c'est le bilinguisme anglo-français qui prévaudra. Sur les douze mille employés à recruter et à former, la moitié seront français, cela afin de donner au parc un caractère européen. Mais une obligation commune pour tous, ils devront apprendre à accueillir les visiteurs avec le sourire.

L'individualisme français devra se plier aux usages établis dans les autres parcs. Donc pas de place pour les hippies mal élevés ou mal rasés! Une concession cependant, et de taille: les hôtesses pourront peindre leurs ongles à l'aide d'un vernis d'un rouge plus vif qu'aux Etats-Unis, mais elles seront tenues de respecter tous les tabous américains en matière de coiffure. Elles devront avoir un look à la mode et une coupe de cheveux nette.

Une autre entorse a été faite en faveur des visiteurs qui pourront consommer de la bière et du vin, ce qui n'est pas autorisé à Orlando. Mais, pour le reste, tout sera comme en Amérique. Et chacun se laissera prendre au charme inépuisable du shake hands de Mickey- Mouse.

P. By.