EXPOSITION Rétrospective Armand Vanderlick à Ostende Angles de vue, angles de vie

EXPOSITION Rétrospective Armand Vanderlick à Ostende Angles de vue, angles de vie

Voilà un artiste singulier, connu des seuls amateurs et dont le talent valorise incontestablement le patrimoine de la peinture belge moderne même si sa façon de faire, très typée, finit par tourner au système. Né à la fin du siècle dernier à Bruxelles et mort en 1985, Armand Vanderlick a fait les beaux jours de l'une ou l'autre galeries bruxelloises sans jamais voir son talent autrement reconnu.

Là où bien des artistes médiocres peuvent se prévaloir de livres, lui, curieusement, n'a pas intéressé grand-monde. Et pourtant il y a chez Vanderlick une manière bien spécifique de se situer par rapport aux différents courants modernistes - cubisme, expressionnisme, animisme,... - et d'en tirer un parti formel original qui n'aliène jamais la valeur existentielle de son univers.

Ceux qui l'apprécient savent combien le peintre est identifiable à cette grille bayadère, anguleuse qui architecture figures, paysages, natures mortes en plans et en lignes parallèles, et combien sa palette excelle dans les tons gris et bleus, une luminosité blanche et froide. Ambiances tranquilles, oisives et solitaires, le temps paraît s'être fait prisonnier de cette belle matière picturale.

On en jugera sur base des quelque 200 tableaux exposés au musée d'Ostende, dans les salles voisines de la rétrospective Tytgat. Le rapprochement n'est pas innocent, même si Vanderlick n'est pas un peintre naïf (mais Tytgat non plus, finalement!), plutôt un peintre de la simplicité qui a su garder à ces compositions si construites, à cette structure si présente l'épaisseur de la vie, une vie apparemment sans histoires où les personnages font corps avec le décor.

C'est donc un plasticien au sens fort du mot plutôt qu'un narrateur. Il plie les sujets de ses oeuvres aux lois d'une vision qui classe, ordonne, immobilise et densifie sans compromettre le sentiment qu'une vie intérieure couve sous l'immobilisme. Portraits, scènes de plage et d'intérieur, le sujet importe moins que la stratification de l'univers en une sorte de mosaïque extrêmement requérante et séduisante où dominent les verticales.

Le cloisonnement accusé des formes n'aura raison de l'esprit du tableau qu'assez tard, et principalement dans les natures mortes. On peut regretter en effet que l'exposition ne soit pas plus ciblée et que l'accumulation finisse par lui donner un tour industriel. Mais dans de nombreux cas, une indéniable qualité de pensée éclaire cet agencement formel de lignes de plans et de surfaces colorées.

Quant aux personnages, ses proches le plus souvent, ils sont toujours saisis dans des moments de repos, rêvassant auprès d'une fenêtre ou se baladant sur la plage. Cette disponibilité,cette simplicité - presque une minéralisation mystérieuse - baignent tout le tableau et l'ouvrent à l'interprétation, compensant ce que cette grille linéaire pourrait avoir de contraignant.

Vanderlick, curieusement, a très vite eu conscience de ce qu'allait être sa vérité artistique. Et si ses premières oeuvres, dès 1917, rappellent le climat de Laethem, elles ont déjà quelque chose d'abstrait et de monumental dans la conception, de non pittoresque qui les distingue de la fameuse école. L'artiste ne s'opposera pas à la vision humaniste des expressionnistes mais substituera à leurs partis pris rustiques une distribution abstraite de l'image figurative, une géométrie aiguë qui concilie les antagonismes à un moment où l'abstraction pure et simple tend à s'imposer et à frapper de caducité toute autre forme d'art.

DANIÈLE GILLEMON

Au musée d'art moderne d'Ostende, 11, rue de Rome, tous les jours sauf lundi jusqu'au 8 novembre. Tél.: 059/50.81.18. Catalogue.