Fils de Concetta et d'Antonino : Salvatore Adamo

Fils de Concetta et d'Antonino

Antonino Adamo a joué un rôle prépondérant dans la carrière de son fils aîné. Guère préparé à briller dans le petit monde du show-business parisien, ce maçon puis mineur de fond a pourtant participé au lancement d'une carrière qui, dès 1964, atteignait les sommets.

Et puis ce fut le drame : le 7 août 1966, sur la plage de Punta Braccetta, près de Marina di Ragusa, au sud de la Sicile, où Salvatore lui avait offert le restaurant « La Notte », Antonino, voulant venir en aide à une nièce menaçant de se noyer, est victime d'hydrocution. Salvatore, en concert à Biarritz, n'était pas présent pour sauver celui qui, à 46 ans, laissait une veuve, Concetta, et sept enfants...

Je ne pense pas que j'ai culpabilisé dans la mesure où mon père suivait ma tournée quand lui le décidait. A un moment, il s'est senti fatigué et a décidé d'aller se reposer en Sicile, laissant mon cousin Fredo m'accompagner partout à sa place. Il s'est beaucoup énervé sur le chantier de La Notte et cela a dû aggraver ses problèmes cardiaques.

A une époque, les Siciliens voulaient rebaptiser le front de mer de Marina di Ragusa rue Adamo, j'ai dit non à moins que ce ne soit rue Antonino Adamo, mais ils n'ont pas voulu alors que lui le méritait, c'était son idée de s'installer là. Quand je suis né en 1943, mon père était encore dans l'armée de l'air, à son service militaire. Parfois il me racontait ses exploits. Je ne sais pas si c'était vrai. Il avait une cicatrice dans le dos qu'il prétendait avoir eue lors d'un combat. Moi, j'étais fasciné par ce genre de choses. Je crois qu'il en rajoutait un peu pour me faire plaisir.

Je l'ai évoqué dans la chanson « Les heures bleues » où je parlais de souvenirs sans doute inventés. Il me racontait ce genre de choses quand je suis resté un an à l'hôpital pour la méningite mastoïdite dont j'ai été victime à l'âge de 6 ans. J'en ai retenu des bribes de ses histoires. Elles me fascinaient car j'adorais vraiment mon père.

Il avait un bagout extraordinaire. Peut-être un peu fanfaron. Il me montrait par exemple une photo de lui prenant le départ d'une course à vélo. Il avait gagné la course, me disait-il.C'est ce qu'il disait, mais je ne peux le dire qu'avec beaucoup d'affection. En tout cas, il était très fort physiquement. Je me souviens de photos de lui portant deux types sur ses épaules. Ça, je m'en souviens très bien et ce ne pouvait pas être un montage.

En Sicile, il était puisatier. Ça consistait à creuser des trous, il était maçon aussi. Il est venu travailler dans la mine en Belgique en raison de la crise économique que traversait notamment la Sicile. Un homme sur deux est parti. J'ai écrit une chanson sur ce thème, qui n'est jamais sortie. Elle s'appelle « Conquistador » et elle disait : « Chez nous, il y avait le soleil et même parfois je fêtais Noël. Il y a maldonne, je ne veux pas de cette vie, on n'est personne dans ces murs gris, même les voyous changent de trottoir ». C'est ce qu'ont dû ressentir mon père et ses collègues mineurs.

Après son accident, il a dû quitter la mine et, après sa convalescence, il a retrouvé du travail à l'usine à tubes de Jemappes. C'était pratiquement à deux cents mètres du petit château que j'ai acheté plus tard. On l'a considéré un peu comme une revanche sur le destin.

Même s'il gagnait moins, sa blessure était un bon alibi pour ne plus redescendre à la mine. Ça l'arrangeait, mais l'honneur était sauf. Mais c'est vrai que cela a impliqué une vie plus difficile.

Une fois mon père mort, je me suis retrouvé tuteur de mes six frère et soeurs. Ma mère, Concetta, n'avait pas l'autorité nécessaire, et, moi, j'étais rarement à la maison à cette époque-là. J'ai dû trouver des gouvernantes pour s'occuper d'eux, ils sont allés en pension. Ça n'a pas dû être facile pour eux.

Ma mère est passée d'un milieu social à un autre, mais, dès qu'un grand magasin, à cent mètres de la maison, à Jemappes, faisait des promotions sur les pâtes où on pouvait gagner un franc par paquet, elle remplissait la cave.

Elle est restée en noir tout le restant de sa vie. Elle sortait rarement de chez elle. Un jour, je lui ai dit qu'elle devrait peut-être penser à sortir, à voir quelqu'un, mais qu'avais-je dit là ? ! Elle s'est fâchée me rappelant qu'il n'y avait eu et n'aurait qu'un homme dans sa vie et que c'était mon père.

Ma mère devait participer à l'« Avis de recherche » de 1990, il était prévu qu'elle vienne chanter une chanson sicilienne avec Frédéric François qu'elle aimait bien. Mais, quelques jours avant l'émission, on apprenait qu'elle souffrait d'un cancer du pancréas. Elle est morte quinze jours après...

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On est toujours l'enfant de quelqu'un. On est forgé par son enfance. Les personnes célèbres aussi. Jusqu'au 25 août, nous leur laissons la parole. Aujourd'hui, Salvatore Adamo nous emmène en Italie et à Jemappes PAR THIERRY COLJON