FIN DE LA VRAIE VIE POUR MICHEL DRACH

Article réservé aux abonnés
Temps de lecture: 2 min

Fin de la vraie vie

pour Michel Drach

Le réalisateur français Michel Drach est mort, mercredi soir, à l'Hôpital américain de Neuilly, des suites d'une longue maladie. Il était âgé de 59 ans, marié avec Marie-José Nat et père de trois enfants.

Né à Paris, le 18 octobre 1930, Michel Drach trouve rapidement le chemin du cinéma en suivant la route tracée par son cousin Jean-Pierre Melville. Il devient ainsi l'assistant du metteur en scène sur les tournages du Silence de la mer et des Enfants terribles. A vingt et un ans, il fonde sa propre maison de production: Port-Royal films. Il se fait la main avec des courts métrages, mais aussi pas mal de dettes. Il travaille alors pour la télé, suffisamment pour acquérir le métier et les capitaux nécessaires pour produire son premier film: On n'enterre pas le dimanche.

On est en 1960, et ce premier long métrage remporte le prix Delluc devant... A bout de souffle. Michel Drach est alors assimilé à la «nouvelle vague». Avec le recul, il apparaît davantage comme un auteur mais engagé, dans les parages de Costa-Gavras, avec toutefois une dimension plus sociale que politique.

En effet, si Michel Drach a réalisé quelques films commerciaux, tant au début de sa carrière, La Bonne Occase par exemple, qu'à la fin, son dernier film Il est génial Papy était un festival Guy Bedos, l'essentiel de ses films ont une thèse qui interpelle voire provoque le public. Dans Elise ou la Vraie Vie, Marie-José Nat est une Française qui tombe amoureuse d'un Arabe. Le rôle lui vaudra quantité d'insultes et le film devra attendre deux années avant de sortir. Parlez-moi d'amour s'attache à décrire le désenchantement d'un adolescent, tant celui-ci se sent exploité par les adultes. Le Pull-over rouge est un pamphlet contre la peine de mort. Adapté d'un livre de Gilles Perrault consacré à l'affaire Ranucci, ce film lutte avec une terrible efficacité, frisant parfois la charge, contre un châtiment irréparable infligé par une justice qui n'est pas infaillible. Dans un autre registre, Sauve-toi Lola encourageait les victimes du cancer à ne pas laisser tomber les bras.

L'autre ligne de force de l'oeuvre de Michel Drach tient dans la présence de Marie-José Nat au générique de la plupart de ses films. Une présence qui sera couronnée par un prix d'interprétation à Cannes, en 1974, pour son jeu très pudique dans Les Violons du bal, qui, par ailleurs, évoque l'enfance juive du réalisateur sous l'Occupation.

La perte de vitesse d'un cinéma utile ainsi que la perte d'aura de Marie-José Nat ont jetté Michel Drach dans l'ombre tout au long des années 80. Et, désormais, sa carrière se conjugue au Passé simple.

FERNAND DENIS.

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une