FLIPPOS,HOPPIES,POGS...CA CARTONNE A LA RECRE,LES ZAPPEURS TAPENT DUR

Flippos, hoppies, pogs... Ça cartonne !

Fureur, rage, mania, les petites rondelles de carton tiennent le haut du pavé des cours d'école... et du marketing.

Une véritable folie s'est emparée de nos mômes depuis la rentrée et plus aucune cour de récréation du royaume ne semble échapper à cette nouvelle vogue ludique symbolisée par d'inoffensives rondelles de carton plastifié. Qu'elles se nomment « hoppies», «flippos», «pogs» ou «caps», les populaires pastilles ont cartonné chez les 4-12 ans à la vitesse de Speedy Gonzalez et Bip-Bip réunis. En amont de cette sympathique déferlante, il y a bien évidemment quelques adultes futés et une opération marketing rondement menée.

L'apparition sur le marché belge des premiers jetons illustrés remonte au début de l'année lorsque l'agence belge Alta entama prestement la commercialisation de ses «hoppies» en différents points de vente (librairies, etc.). Ce n'est cependant qu'en juin dernier, lorsque la grande distribution (GB en tête) se lia à «hoppies», vendus par paquets puis associés à plus d'une centaine de produits alimentaires, qu'un mouvement de masse s'amorça.

L'arrivée fin juillet des «flippos» créés par Smiths (fabricant de chips et autres amuse-gueules) acheva de faire décoller le phénomène que la rentrée des classes a mis durablement sur orbite. Soixante millions de «hoppies» et autant de «flippos» devraient être en circulation en Belgique d'ici la fin de l'année ! Inutile de préciser l'impact du processus sur les ventes.

- Nous avons enregistré une hausse moyenne de nos ventes de 15 % avec des pointes allant jusqu'à 25 % pour certains produits pris individuellement, explique Katlijn Vandenbroeck, product manager chez « Smiths». Notre notoriété était déjà établie auprès des adultes mais pas chez les enfants. Maintenant, cette tranche de la population est plus sensibilisée à nos produits.

Et sensibilise les parents condamnés à croquer des tranches de patates cuites pendant que leur progéniture craque pour le petit plus non comestible.

Dans le match commercial entre «hoppies» et «flippos», ces derniers jouissent de l'avantage que représente l'utilisation des personnages de dessins animés Warner, hyperconnus des enfants via la télévision. Aucun mystère dans cette aubaine médiatique : «Smiths Food Group» est un département de «Snack Ventures Europe» qui appartient au groupe Pepsi, détenteur des droits de la Warner.

Les hoppies (principalement fabriqués à moindre coût en Italie) se caractérisant pour leur part par l'illustration de scènes sportives et de monstres grimaçants créés en Israël.

IL ÉTAIT UNE FOIS LES «POGS»

L'origine de ce concept commun aux logiques commerciales diversifiées remonterait à la fin des années 20 à Hawaii et dans les îles voisines. Époque où les enfants défavorisés de cette région du Pacifique trouvaient dans les capsules de bouteilles de lait et de jus de fruits les ancêtres des rondelles modernes. Le terme POG serait ainsi né à l'époque, abréviation de «papaya, orange, grapefruit» ou « purple, orange, green», couleurs des pastilles en question.

Tombés en désuétude pendant quelques décennies, les «pogs» seront ressuscités au début des années 90 par un professeur d'école hawaiien, pour l'aspect collection, et un homme d'affaires israélien, pour l'idée du jeu (« pogim»).

Celui-ci connut, sous différentes formes, un essor rapide aux États-Unis et en Israël tandis que, de son côté, Pepsi lançait en 1993 la mode des «flippos» au Mexique, dans toute l'Amérique du Sud, puis en Turquie.

La mode gagna l'Espagne, la Hollande, la Belgique, la France et la Grande-Bretagne cette année. La succursale belge de « Smiths» compte poursuivre l'opération «Flippo» au moins jusqu'en juin 1996 et une nouvelle vague de personnages dont certains pourraient être spécialement créés pour l'occasion devrait voir le jour en janvier prochain.

À cette pratique de lier étroitement une gamme spécifique de jetons à une marque, la société Alta oppose l'«indépendance» de ses hoppies.

- Notre stratégie de fournir des «hoppies» à plus de 6.000 points de vente différents en Belgique, petites et grandes surfaces, nous libère de l'emprise que pourrait avoir un produit ou une grande surface sur nous.

Parallèlement, Alta a poussé le souci de fidélisation de nos mômes jusqu'à créer des concours «hoppies» et des réseaux de «chefs de classe» (6.200), sorte d'antennes dans les cours de récréation pour entretenir l'engouement et repérer les champions. D'éliminatoires en finales régionales puis nationales, les as de la rondelle ont le loisir de se distinguer avec, à la clé, des voyages à Disneyland...

Un juteux filon commercial qu'entendent encore prospecter jusqu'en juin les promoteurs de la «hoppiemania» belge.

- Après, on passera à autre chose, explique Jean Martin, le responsable pour la Belgique. Mais avant cela, une nouvelle série de 180 nouvelles figures «hoppies» (Indiens, animaux, etc.) entreront en jeu à la mi-novembre, histoire de pousser notre avantage.

Pourquoi pas ? Si les enfants trouvent plaisir et distraction dans cette affaire qui tourne rond comme les petits bouts circulaires de cartons pendant les récréations...

FERNAND LETIST

A la récré, les «zappeurs» tapent dur

Une cour d'école comme il en existe des milliers en Belgique. Quand sonne l'heure de la récréation ou de la fin des cours, un cliquetis particulier se met à rythmer les quelques minutes de liberté imparties aux élèves : le bruit à répétition des «zappeurs» (ou «slammers»), petit disque de plastique dur (ou plus rarement de métal, le must !) s'abattant sur des jetons plastifiés.

Pour les collectionner mais surtout pour les gagner, des groupes de deux, trois, quatre enfants accroupis à même le sol se forment autour de ces petits empilements de rondelles, effigies vers le bas ou vers le haut, fournies en nombre égal par les joueurs.

Chacun à leur tour, ceux-ci doivent tenter de gagner les jetons. Retournés par la frappe du «zappeur», c'est dans la poche ! Un mode d'acquisition et de transmission simpliste mais bien plus amusant que le simple échange de « doubles» entre copains et copines de classe. Et que ceux qui n'ont jamais «tiqué», leur jettent la première bille !

Le phénomène, marginal en juin et propulsé par la rentrée de septembre, n'a pas été sans conséquence sur la vie interne des établissements scolaires.

- Au début, cela a eu de fâcheuses incidences. Des enfants en arrivaient à se battre pour des «hoppies». Certains «grands» cherchaient à se mesurer à des plus petits moins habiles pour les plumer plus facilement. Pire, des vols de petites pastilles commençaient à être commis jusque dans les cartables, se rappelle une institutrice. Notre directrice et nous-mêmes avons rapidement mis le holà. Tout est aujourd'hui rentré dans l'ordre.

En classe, l'effet «flipphoppies» perdure plus sereinement.

- Les gosses aiment les étaler sur leur banc et les admirer, note l'enseignante. Mais quand il s'agit de les ranger, c'est un véritable déchirement. Parfois, pendant les cours, on se doute, au regard distrait de certains, qu'ils sont en train de les couver discrètement du regard.

Touchant sans distinction garçons et filles, enfants aisés ou défavorisés, francophones ou flamands, il est difficile de pointer vers quel type de rondelle (il existe aussi des «pogs» et des «caps») vont les préférences des uns et des autres.

- Oh, les « hoppies, c'est surtout pour les garçons lâche pourtant une fillette avec assurance. Moi, je préfère les «flippos» et les personnages « Tiny Toons».

D'autres affirment que les hoppies ont plus de valeur, à l'échange, que les flippos.

- C'est clair qu'il s'installe dans chaque école une hiérarchie qualitative entre les différents types de jetons illustrés. Cependant, deux attitudes se manifestent. Celle qui attache de l'importance aux images et celle pour qui le nombre de pastilles prime sur ce qu'elles représentent, analyse l'institutrice, au milieu des entêtants cliquetis qui n'ont pas fini de résonner dans les préaux.

F. Lt.