FOOT EUROPEEN EXCLUT L'OM MAIS TAPIE VA EN JUSTICE AFFAIRE QUI DURE DEPUIS PLUS DE TROIS MOIS MARSEILLE N'OSAIT PAS Y CROIRE

Temps de lecture: 16 min

Le foot européen exclut l'OM

mais Tapie va en justice

L'UEFA, estimant l'équipe marseillaise coupable de corruption, l'a bannie de la Coupe des champions. Bernard Tapie, patron du club, se défend.

Lassé des tergiversations de la fédération française de football, le comité exécutif de l'UEFA a frappé fort. Réuni hier à Zurich en séance extraordinaire, il a décidé d'exclure l'Olympique de Marseille de la Coupe d'Europe des champions dont le premier tour aura lieu la semaine prochaine.

Cette lourde sanction, qui empêchera le club de Bernard Tapie de défendre un titre conquis de haute lutte au mois de mai dernier, ne constitue pas une surprise pour ceux qui connaissent la rigueur avec laquelle la plus haute instance du football européen a toujours géré les compétitions dont elle a la charge. Sur les plans de la sécurité et de la moralité, l'UEFA a en effet l'habitude de pratiquer une politique dépourvue d'ambiguïté.

En débarquant à Zurich, le président de la fédération française Jean Fournet-Fayard se rendait d'ailleurs compte des difficultés qu'il allait affronter pour défendre la cause de l'OM. Pour l'UEFA-, comme pour la Fifa, la culpabilité du club phocéen dans l'affaire de corruption OM-Valenciennes (match de championnat de France du 20 mai dernier) semble en effet ne faire aucun doute. Devant ces instances, le président de la fédération française ne put expliquer l'absence de décision de celle-ci, samedi dernier, que par les contraintes qu'impose l'État de droit français et les lenteurs de la justice qui, après trois mois d'enquête, n'a pu rendre encore le moindre verdict. Samedi, la commission de discipline de la FFF avait en effet reconnu qu'elle n'avait pas les moyens de juger, les témoins entendus, dont Tapie, restant sur leurs positions. Jean-Jacques Eydelie, le seul Marseillais qui soit passé aux aveux devant le juge Beffy, n'était même pas en France ce jour-là, parti en Argentine... négocier un contrat.

Ces atermoiements ont agacé les dirigeants européens qui, dans leur communiqué d'hier soir, ont estimé que les principaux éléments de l'enquête du juge d'instruction français étaient désormais connus du public et qu'ils démontraient que des irrégularités avaient été commises en liaison avec le match OM-VA.

En conclusion, ce communiqué précisait que la demande de participation de l'OM à la prochaine Coupe des champions était rejetée sans appel afin de préserver la régularité des compétitions européennes. Il ajoutait même que l'UEFA se réservait le droit de reconsidérer un retour éventuel de l'OM au début de la saison 1994-1995.

L'UEFA faisait donc passer la morale sportive avant les intérêts financiers. Car il est certain que la disparition d'un club aussi populaire que le champion de France représente une perte considérable au niveau des recettes de la Coupe d'Europe. Mais on dit aussi que l'UEFA craignait beaucoup de voir l'OM accéder à la Ligue des champions après une condamnation par la justice civile. Quelle image déplorable aurait alors eue la nouvelle épreuve au sommet du foot européen auprès des chaînes de télévision qui en achètent les retransmissions à prix d'or et auprès des grands parraineurs qui la subventionnent!

Puisque l'OM devait affronter l'AEK Athènes au 1er tour le 15 septembre prochain, l'UEFA a donné 48 heures à la FFA pour désigner un remplaçant. Mais le Paris Saint-Germain, deuxième du championnat de France, a renoncé dès lundi à recueillir ce délicat héritage. Ce mardi, Bordeaux et Monaco, les 3e et 4e classés de la hiérarchie 92-93 ont pris la même décision.

Quel club français jouera-t-il dès lors ce premier tour? La question s'est reposée en des termes nouveaux, hier soir, quand - coup de théâtre - Me Szpiner, avocat de Bernard Tapie, a annoncé que ce dernier assignait la Fédération française et la Ligue nationale en justice, en référé devant le tribunal de Paris, pour qu'elle présente avant le 8 septembre l'OM, champion de France et d'Europe, pour disputer le 15 septembre le 1er tour de la Coupe des champions contre Athènes. Et d'ajouter: La décision prise par l'UEFA- est contraire à tous les principes du droit. L'OM n'a pas été entendu, l'appel n'est pas possible. Marseille n'a pas pu se défendre. Une telle justice est contraire aux droits les plus élémentaires.

Me Szpiner remarque encore que l'UEFA a indiqué elle-même dans son communiqué qu'elle a noté avec regret qu'il n'y avait aucun compte rendu décisif concernant les auditions entreprises par la Ligue nationale (...) et que la Fédération française a été incapable (...) de produire les résultats de ses investigations sur cette affaire (...)

Bernard Tapie a mandaté le bâtonnier de Paris Philippe Lafarge pour introduire cette action ce mardi. C'est donc le conflit ouvert entre deux justices, la «civile» et la «sportive»...

JACQUES HERENG

Dossier page 21

Une affaire qui dure depuis plus de trois mois

La décision de l'UEFA d'exclure l'Olympique de Marseille de la Coupe d'Europe des clubs champions pour la saison 1993-1994 intervient plus de trois mois après la révélation de l'affaire de corruption présumée VA-OM:

MAI

20. Valenciennes émet des réserves à la mi-temps d'une rencontre de championnat finalement perdue contre Marseille (0-1). Le libero Jacques Glassmann révèle qu'avant le match le joueur marseillais Jean-Jacques Eydelie lui a proposé par téléphone de l'argent pour qu'il ne joue pas trop fort.

23. Glassmann précise qu'Eydelie a d'abord parlé à son coéquipier Christophe Robert, avant de lui dire Je te passe Jean-Pierre Bernès (directeur général de l'OM) qui lui aurait alors proposé 200.000 FF (34.500 $). Glassmann précise que le joueur de Valenciennes, l'Argentin Jorge Burruchaga, était présent.

26. L'OM devient le premier club français vainqueur d'une coupe d'Europe. Trois jours plus tard, il remporte son cinquième titre de champion de France.

JUIN

8. La Ligue nationale de football (LNF) porte plainte.

24. Robert avoue avoir touché de l'argent. Les enquêteurs retrouvent, enterrée dans le jardin de sa tante, une enveloppe contenant 250.000 FF en espèces.

26. Robert est mis en examen (inculpé) pour «corruption passive» et laissé en liberté sous caution.

27. Eydelie est mis en examen «pour corruption active» et écroué à Valenciennes.

JUILLET

1er. Burruchaga est mis en examen pour «corruption passive» et laissé en liberté.

6. Bernès est mis en examen pour «corruption active» et écroué.

7. Le juge d'instruction Beffy se rend dans les locaux parisiens de Bernard Tapie Finances (BTF) et entend Tapie, président de l'OM, comme témoin à la suite d'accusations de l'ancien entraîneur de Valenciennes, Boro Primorac, qui donnent lieu à une information supplétive contre X pour «subornation de témoin». Selon Primorac, Tapie lui aurait demandé de porter le chapeau de l'affaire de corruption, moyennant finances. Tapie dément formellement avoir rencontré Primorac depuis le 20 mai.

12. Eydelie reconnaît devant le juge avoir tenté de corrompre trois joueurs de Valenciennes, sur instruction de Bernès. Il est libéré le lendemain.

16. Le ministre de la Justice dépose plainte pour diffamation de magistrats, contre Bernard Tapie, qui avait comparé leurs méthodes à celles de la Gestapo.

22. Libération de Bernès, au lendemain d'une confrontation avec l'ensemble des acteurs du dossier au cours de laquelle le directeur général de l'OM a été le seul à nier la tentative de corruption.

AO UT

31. Joao Havelange, président de la Fifa, menace de suspension la Fédération française de football en lui reprochant ses atermoiements dans l'affaire VA-OM.

SEPTEMBRE

4. Après avoir entendu les protagonistes de l'affaire VA-OM, à l'exception de Jean-Jacques Eydelie parti en Argentine, la Commission supérieure juridique et de discipline (CSJD) de la Ligue nationale de football décide de surseoir à statuer avant la justice.

6. Le comité exécutif de l'UEFA décide d'exclure l'OM de la Coupe d'Europe des clubs champions pour la saison 1993-1994. (AFP.)

Marseille n'osait pas y croire

Les supporters de l'Olympique de Marseille étaient sous le choc, hier soir, et sur la Canebière, personne n'osait croire à la terrible nouvelle: l'OM exclu de la Coupe d'Europe.

Nous avons été abandonnés par tout le monde, dit Jacques Pélissier, le président du club central des supporters. Depuis 25 ans que je m'occupe du club, je n'ai jamais vu cela. En France, celui qui gagne est trop jalousé. Marseille a été abandonné par les instances du football. Nous, les supporters, nous nous sommes toujours efforcés de donner une bonne image de marque de la ville. Aujourd'hui, nous sommes les grands vaincus de cette affaire. C'est pire qu'après Bari.

Les instances du foot n'ont pas été à la hauteur, c'est le sentiment de la plupart des supporters et par mesure de sécurité, les responsables de la police ont placé plusieurs véhicules devant les locaux de la Ligue nationale de football, en plein centre de la ville.

Jean-Louis Levreau, le vice-président du club, avait les larmes aux yeux lorsqu'il est apparu devant les journalistes, mais son premier souci a été de lancer un appel au calme aux supporters. Après avoir longtemps attendu la sanction de l'UEFA, les supporters attendaient, hier soir, celle de Bernard Tapie, mais le directeur financier, Alain Laroche, a annoncé une réunion extraordinaire pour mardi à laquelle devait participer le président de l'OM. Bien que Bernard Tapie soit le seul à pouvoir dire s'il sera toujours président de l'OM dans les prochaines semaines, beaucoup redoutent qu'il ne mette ses menaces à exécution: la semaine dernière, il avait annoncé qu'il démissionnerait si l'OM était exclu de la Coupe d'Europe. Or chacun sait aussi à Marseille que le manque à gagner pour l'OM est considérable: le prochain tour contre Athènes qui devait avoir lieu dans une semaine avait déjà été préparé, mais la décision de l'UEFA- est sans appel. (AP.)

Tapie assigne

la FFF en justice

Bernard Tapie assigne la Fédération française de football (FFF) et la Ligue nationale de football (LNF) en justice, en référé devant le tribunal de Paris, pour qu'elles présentent avant le 8 septembre l'OM, champion de France et d'Europe, pour disputer le 15 septembre le premier tour de la Coupe des champions contre l'AEK Athènes, a indiqué, lundi, Me Szpiner, avocat de Tapie.

La décision prise par l'UEFA est contraire à tous les principes du droit. L'Olympique de Marseille n'a pas été entendu, l'appel n'est pas possible. Marseille n'a pas pu se défendre. Une telle justice est contraire aux droits les plus élémentaires. Cette décision est donc une voie de fait, a déclaré à l'AFP Me Szpiner. (AFP.)

Annulation

probable

de la Super-Coupe

L'exclusion de l'OM de la Coupe d'Europe des clubs champions devrait amener les instances internationales à annuler, cette année, la Coupe intercontinentale des clubs et la Super-Coupe que devaient disputer les Marseillais en tant que tenants du titre européen des champions.

Il est plus que probable que nous soyons maintenant amenés à annuler ces matchs de fin d'année. Nous allons nous concerter, mais, à mes yeux, cela ne fait aucun doute, a déclaré l'Allemand Gerhard Aigner, secrétaire général de l'UEFA, hier à Zurich, après l'annonce de la sanction contre l'OM.

Les Marseillais devaient rencontrer, en Super-Coupe, par matches aller et retour, le club italien de Parme, vainqueur de la Coupe des vainqueurs de coupe, et, en Coupe intercontinentale, les Brésiliens de Sao Paulo, vainqueurs de la Copa Libertadores d'Amérique du Sud, rencontre prévue le 19 décembre à Tokyo.

Fournet-Fayard

très affecté

Le président de la FFF, Jean Fournet-Fayard, qui avait défendu la cause de l'OM à Zurich, s'est montré très affecté par la décision de l'UEFA.

Je suis personnellement profondément affecté par cette décision de l'UEFA qui n'a pas pris en compte les éléments que nous lui avions apportés. Ces éléments, certes, n'étaient pas très détaillés parce qu'ils reposaient sur la décision de «surseoir à statuer» de la commission supérieure juridique et de discipline de samedi.

L'UEFA a privilégié à l'évidence ses règles sportives pures et simples. Quant à nous, nous avons essayé de convaincre notre auditoire qu'il fallait nous laisser aller au bout de cette affaire qui est, comme toutes les affaires de corruption, très difficile, car nous n'étions pas au bout de nos investigations. Nous sommes obligés de respecter nos lois, nos procédures et l'UEFA a pris sa décision en prenant ce qui a été dit en gros dans la presse, une décision dont il faudra mesurer les conséquences dommageables pour le football français. Pour nous, Marseille était engagé, nous n'avions pas dans nos propres dossiers des éléments à porter des accusations fondées contre l'OM.

PARIS N'A PAS BESOIN DE CADEAUX...

Au PSG, personne n'envisageait l'exclusion de l'OM. On peut même dire que personne ne la souhaitait. Histoire d'une possible tuile.

PARIS

De nos envoyés spéciaux

Le Camp des Loges, ce n'est pas la porte à côté. Ni celle de Saint-Cloud où se dressent côte à côte le Parc des Princes et le siège administratif du Paris Saint-Germain. Les terrains d'entraînement du PSG se cachent bien au frais à Saint-Germain-en-Laye, dans la banlieue verte et argentée de la Ville lumière. Devant les grillages de l'entrée, deux vigiles armés de talkies-walkies veillent avec autorité sur la quiétude des stars. Hier matin, les joueurs parisiens ne risquaient donc pas de vivre dans la fébrilité les heures conduisant à ce verdict zurichois qui les concernait au premier degré.

Selon toute logique en effet, l'éventuelle expulsion européenne de l'OM devait probablement propulser Paris à l'étage du dessus. Le PSG, deuxième du dernier championnat de France dans la foulée du champion corrupteur, allait sans doute être appelé à remplacer les Marseillais en C1... et à accueillir l'AEK Athènes mercredi prochain au lieu de se déplacer à Nicosie comme prévu! Une perspective assez affolante pour les responsables du club. Mais ce lundi, à Paris, personne n'envisageait sérieusement cette hypothèse. Ni les dirigeants, ni les joueurs, ni même les supporters

L'OM exclu? Ce serait dégueulasse. Et c'est un fanatique du PSG qui vous parle!, nous a par exemple lancé un type d'une trentaine d'années qui nous avait pris pour un journaliste français. Il y a peut-être eu corruption, mais il ne faut pas en faire tout un plat. Vous savez pourquoi cette affaire a explosé? Parce qu'on veut la peau de Tapie. Mais à travers lui, c'est un club qu'on risque de tuer. S'ils veulent Tapie, ils n'ont qu'à l'attaquer sur un autre terrain. Mais qu'ils fichent la paix au football!

L'attaquant Daniel Bravo, sans pour autant abonder dans le même sens, se montrait tout aussi incrédule quant à cette possible exclusion marseillaise:

Non, je ne pense pas que l'UEFA ira si loin, nous a-t-il notamment glissé. D'abord, peut-elle condamner l'OM alors que la justice française ne l'a pas encore déclaré coupable? Et puis, ce serait moche pour les joueurs. La plupart d'entre eux n'ont rien à voir avec cette affaire. Ils méritent de défendre leur titre en Coupe d'Europe, car ça me paraît difficile de croire que la finale contre l'AC Milan était elle aussi truquée. Le reste...

Le reste, c'est le problème de Bernard Tapie dont les menaces de démission et de dépôt de bilan ont fait le tour des gazettes en prélude à la sentence de l'UEFA.

Moi, je veux bien le croire quand il dit que l'OM ne pourrait pas survivre sans cette Champions League, ajoutait Bravo. Marseille, ce n'est pas Barcelone. C'est un club jeune et très fragile. Le foot français marche comme ça. Même ici, au PSG, on nous avait expliqué la saison passée qu'il fallait passer deux tours de Coupe d'Europe pour équilibrer le budget...

Pour sa part, le directeur sportif Jean-Michel Moutier considérait plutôt la complainte de Tapie avec un scepticisme ironique. À ses yeux, semble-t-il, la stratégie de défense du Grand Communicateur a toujours été un peu grosse.

Tiens, je vais vous raconter la dernière blague à la mode, nous a-t-il lancé. Vous savez pourquoi de Gaulle a fait son appel le 18 juin? Parce que le 17, il était dans le bureau de Bernard Tapie!

Allusion, évidemment, au fameux rendez-vous avec l'ancien ministre Jacques Mellick que Tapie a brandi comme alibi contre les accusations de l'entraîneur valenciennois Boro Primorac, qui prétend avoir été reçu le 17 juin au siège de la société Bernard Tapie Finance où le président de l'OM lui aurait demandé de porter le chapeau. Tous ces épisodes du feuilleton de l'été font aujourd'hui l'objet de plaisanteries à Paris. L'«affaire» est presque devenue une farce et, en tant que telle, elle n'est plus prise au sérieux. C'est pourquoi les responsables du PSG refusaient de penser que l'UEFA irait jusqu'au bout de sa colère. Malgré la présence de Joao Havelange à Zurich qui, selon lui, pouvait être interprétée de plusieurs façons.

On vous le dit, les Parisiens n'y croyaient pas. Hier après-midi, dans les locaux du club, avenue du Parc des Princes, c'est à peine si le sujet était évoqué par le personnel. Tout était calme, baigné de bonne humeur. De temps à autre, un employé jetait un coup d'oeil distrait sur le Minitel, c'est tout. Vous voyez, on bosse normalement, nous taquinait Moutier, décontracté. Lorsque l'info a été communiquée, nous pouvons vous jurer qu'il a tiré une autre tête

Soudain, une effervescence fulgurante s'est emparée des lieux. La surprise était totale. Le central téléphonique, soudain assiégé par la presse française et grecque, s'allumait de partout. Les portes claquaient comme dans un vaudeville. En somme, c'était la tuile. Quelques minutes plus tard, après une dizaine de coups de fil aux patrons, le Paris Saint-Germain émettait son communiqué réticent. Les Parisiens, croyez-le, aimeraient beaucoup qu'on les laisse tranquilles et que la France se passe carrément de représentant en Coupe des champions...

SERGE TRIMPONT

Le PSG pas concerné par la C. 1

Jean-Michel Moutier, le directeur sportif du PSG, ne savait pas très bien sur quel pied danser quand est tombée, à 17 h 08, la décision d'exclure Marseille de la coupe des champions.

Depuis le début de «l'affaire», nous n'avons jamais envisagé un seul instant que la place de l'OM pourrait nous revenir, affirme cet ancien gardien de but de Nancy. À aucun conseil d'administration, le sujet n'a même été évoqué car il regardait la justice et les instances fédérales du foot français. Nous avons préparé notre participation à la Coupe des coupes, la C. 2, et je serais surpris que nous sautions à pieds joints sur l'occasion de passer en C. 1.

Un coup de téléphone de Michel Denisot, le président du club parisien, dissipa bientôt tous les doutes sur la question: Le Paris-Saint-Germain rappelle sa position et ne souhaite toujours pas prendre part à une compétition pour laquelle il ne s'est pas qualifié sur le terrain, nous rapporte Jean-Michel Moutier.

La situation s'éclaire. Enfin pas tout à fait car notre interlocuteur reconnaît qu'il ignore les règlements sur ce point et ne sait pas si la Fédération française possède le droit d'imposer au dauphin du champion de représenter le pays à sa place.

Vous savez, il faut rester raisonnable, prône-t-il. Nous avons déjà confirmé toutes nos réservations pour le voyage à Nicosie, notre premier adversaire en C. 2, et nos entraîneurs ont visionné les Chypriotes à trois reprises. Nous serions franchement dans l'impossibilité d'organiser une partie contre l'AEK Athènes, adversaire désigné de l'OM, à une semaine de la date prévue pour le match aller. Nous sommes déterminés à défendre notre point de vue devant la Fédération et à refuser toute invitation.

L'embarras de «la» décision n'a donc duré que le temps d'une plongée en apnée. Les bureaux du siège social du PSG ont vite repris le rythme de leur activité journalière et les couloirs celui, pas triste du tout, du trafic entre les différentes branches que représentent le foot, le basket, le handball, le volley, le judo et le golf.

Les rapports entre Paris et Marseille sont déjà suffisamment électriques pour qu'on nous flanque encore sur le dos le prétendu plaisir de jouer à leur place, lâche un Moutier qui embraie sur la situation du président de la FFF, Jean Fournet-Fayard. Il avait essuyé la tempête soulevée par la catastrophe de Bastia, mais là, il ne devrait pas se relever d'une aussi cuisante avanie. La Fédé s'était tout de même portée partie civile pour avoir accès au dossier de l'instruction, elle pouvait prendre des décisions, logiquement exigées par l'UEFA. Il y a eu trop d'atermoiements dans cette affaire et je ne suis pas autrement surpris que l'UEFA ait tranché dans le vif. C'est regrettable, bien sûr, car le foot français, qui tenait enfin un club champion d'Europe, va perdre une bonne partie de son crédit et de sa dignité dans l'aventure. En France, à force de ne jamais prendre de décision, on va finir par foutre la démocratie en l'air!

Quand Bernard Tapie assure que la vie de l'OM est menacée par une telle décision, pensez-vous qu'il exagère ou qu'un fond de vérité tapisse ses propos?

Il est clair qu'une équipe de haut niveau a la nécessité de franchir un certain nombre de tours de coupe d'Europe, avance notre interlocuteur. C'est effectivement vital si l'on veut que le budget ne soit pas en péril. L'an dernier, nous avions projeté de passer deux tours au minimum pour assurer l'équilibre financier. Maintenant, je ne suis pas certain que Marseille, qui avait été éliminé prématurément la première année par Moscou, ne puisse survivre à un tel manque à gagner. Mais je ne connais pas, évidemment, la base de calcul des Marseillais ni leurs engagements. Ça reste, en tout cas, un coup dur...

La personnalité de Bernard Tapie vous paraît-elle visée à travers cette exclusion sans appel et estimez-vous normal que tout un groupe, voire une entreprise, soit pénalisé parce qu'à l'heure actuelle un de ses membres a avoué un fait de corruption?

Tapie occupe un espace considérable dans le paysage français, conçoit Moutier. Son influence est énorme dans beaucoup de milieux. S'il dit qu'il neige en ce moment sur Marseille, on trouvera des gens pour le croire. Il sait parler et maîtrise toutes les méthodes d'attaque et de défense. Mais l'UEFA a surtout voulu rester le gardien de l'éthique sportive et n'admet pas que le football soit sali de quelque façon que ce soit. Marseille paie le prix fort, mais pas celui de l'exemple car le Milan AC ou le Paok ont récemment subi des sanctions équivalentes. Une équipe est responsable de tous ses joueurs et ses dirigeants. Normal.

La billeterie pour le premier tour de la coupe des vainqueurs de coupes entre le PSG et Nicosie peut commencer...

Propos recueillis par

GUY MILECAN

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La Une Le fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une