FORTISSIMI SUNT THUDINIENS?JULES CESAR A-T-IL BATTU LES NERVIENS A THUIN?

Fortissimi sunt Thudiniens?

Jules César a-t-il battu les Nerviens à Thuin?

Un historien local amoureux de sa région n'a-t-il pas une tendance naturelle à lui inventer un passé prestigieux, à exagérer son âge, à en remettre dans les hauts faits qui s'y sont déroulés? Sans doute. Le Thudinien Michel Conreur attend des contradicteurs, pour réfuter ou corroborer ses thèses: Thuin a été la véritable capitale des Nerviens; c'est là, en Thudinie, que Jules César a défait cette farouche tribu gauloise.

Ceux qui étaient assis trop près du poêle ou de la fenêtre accueilleront froidement la nouvelle. Les autres tiqueront, reverront en pensée l'une ou l'autre page illustrée d'un livre scolaire, ou une carte de l'Atlas historique, se disant: et la bataille de la Selle, alors? Peut-être pas au même titre que Marignan ou le carré de l'hypothénuse, la bataille de la Selle a fait partie du bagage attendu d'un bon candidat au certificat d'étude. Romains et Gaulois s'étripant dans l'eau, la rivière rougie de leur sang, César lui-même, donnant du glaive sur des colosses aux casques ailés, l'image était forte, propre à marquer les cervelles en éveil, qui, plus tard, se trouveront presque en terrain conquis en traduisant la Guerre des Gaules. Il est vrai que jetant sur papier ses mémoires de guerre, l'Imperator s'étend fort longuement sur cet épisode sanglant, qu'il situe sur les bords du «Sabis».

LA SAMBRE

Tout le problème flotte sur ce fameux «flumen» Sabis. En fait, bien des érudits, depuis le Moyen Age - De Bello Gallico a toujours été un succès de librairie - inclinaient à identifier la Sambre sous ce vocable, pour situer le champs de bataille en des endroits fort divers, notamment à Haumont (Nord de la France) et à Presles (Basse-Sambre), sans grande certitude. Le nommé Edgard de Marneffe brouilla les cartes à la fin du XIXe, en affirmant que le Sabis dont parle César n'est pas la Sambre. Celle-ci, dit-il, a pour ancien nom «Samara»; en revanche, le mot Sabis a pour évolution normale, suivant les lois de la phonétique, «Savis», puis «Savus». Or, les graphies anciennes de la Selle, affluent de l'Escaut, dans le Nord français, sont précisément «Save», «Seva», «Savum». Le nom actuel découlerait du diminutif «Savella».

Adoptée comme vérité scolaire, beaucoup ne se satisfont pas de cette explication purement philologique, et doutent ouvertement que cette mince rivière ait été le «flumen latissimum» choisi par les Nerviens pour mettre les légions romaines en difficulté.

Michel Conreur, professeur à l'Athénée de Beaumont, exilé une bonne quinzaine d'années dans la région de Beauraing pour raison professionnelle, a repris dès 1975 son étude assidue du passé antique de Thuin. On lui reconnaît entre autres mérites d'avoir mis au jour, en 1977, l'oppidum du Bois du Grand Bon Dieu, un bois à proximité de chez lui. Son étendue, sa configuration, font de cet oppidum un site préhistorique unique en Belgique. Aux alentours, M. l'enseignant débusque de nombreuses singularités de terrain trahissant la présence d'autant de systèmes de défense. Il repère également les anciennes voies de communication, mettant en évidence un réseau très riche lui permettant de penser que Thuin avait été un lieu de passage très fréquenté. Pour en venir à la conviction que cet oppidum, non pas aux confins du territoire aduatique comme on l'a pensé, occupait une place centrale pour les Nerviens dont il était le chef-lieu avant la conquête romaine.

RENDRE À CÉSAR...

Les recherches de Michel Conreur ont fait l'objet de plusieurs publications. Quatre publications. Dans son dernier livre, «La Bataille du Sabis», l'option est de prêter foi aux nombreuses indications et descriptions fournies par César, bien que l'illustre général ait été souvent pris en flagrant délit d'«arrangement» de la vérité. Mais pourquoi le soupçonner de mensonge s'agissant de simples détails géographiques et topologiques, si précieux pour l'historien?

Ainsi, César affirme être entré avec ses légions par l'ouest, et avoir marché trois jours avant de camper à dix milles du Sabis. Pour M. Conreur, les soldats romains ont marché trois jours pour gagner la région de Binche à partir de l'Escaut, en suivant la vallée de la Haine. Ils se seraient ensuite dirigés vers la vallée de la Sambre, pour gagner le chef-lieu des Nerviens, première tribu décidée à en découdre. Plusieurs gués de la Sambre ont été repérés, entre Thuin et Hourpes; c'est là, selon la formule consacrée, que Romains et Gaulois s'empoignèrent. Cette conviction de M. Conreur vient d'une autre, encore plus solide, que le plateau de Thuin était une place forte exceptionnelle, capitale des Nerviens, qui avaient dû y regrouper leurs forces militaires et leurs populations.

En tout état de cause, le travail de Michel Conreur mérite très certainement une analyse attentive et critique des milieux autorisés, et, si possible, des archéologues.

DENIS GHESQUIÈRE

«Thuin, capitale des Nerviens» (91), «Le site fortifié de Thuin» (92) et «La Bataille du Sabis» peuvent être obtenus en virant 250 francs par livre, frais de port compris, au compte 360-0240008-36 de Michel Conreur.