Georges Rodenbach chez Mallarmé

La veille de Noël se clôt, au musée Mallarmé de Vulaines-sur-Seine, non loin de Paris, une exposition dédiée à Georges Rodenbach, qui mourut le 24 décembre 1898. Raison de cet hommage ? Le cent cinquantième anniversaire de la naissance de l'auteur de Bruges-la-Morte. On a été trop discret sur cet événement en Belgique. Le prestige de cet écrivain raffiné, mort trop jeune, est bien plus vaste hors de nos frontières qu'au pays. Au Japon, par exemple, sa gloire est considérable : Yukio Mishima chérissait Bruges-la-Morte comme un de ses livres de chevet.

Rodenbach était un ami proche de Mallarmé (d'où l'accueil de cet hommage dans le musée de ce dernier). Il fréquentait beaucoup les Goncourt qui, chose rare, ne furent jamais féroces à son égard. Les éloges que Mallarmé adressa à Rodenbach valent bien ceux dont Mirbeau gratifia Maeterlinck dont on espère que le jubilé, en 2012, sera moins discret : « En lisant ses livres, disait-il, on a l'impression de la sensation fugitive, fixée, piquée, qu'enveloppe et cristallise la phrase sous une forme définitive ».

A l'occasion de l'exposition de Vulaines paraît un ouvrage où quelques rodenbachiens ajustent leurs compétences. Y collaborent Véronique Jago-Antoine, sagace comme à l'accoutumée, Joël Goffin, lui aussi fin limier littéraire, et Paul Gorceix, autorité en matière de littérature fin de siècle. Leur évocation de l'auteur du Carillonneur, grand roman méconnu, tinte comme un concert cristallin dans le ciel brugeois.

L'exposition se tient au 4, quai Stéphane Mallarmé à Vulaines-sur-Seine (tél. : 00-33-1 64 23 73 27) ; Georges Rodenbach ou la légende de Bruges (128 p., 14 euros) est édité par le Conseil général de Seine et Marne.